AUSCHWITZ, AUSCHWITZ, AUSCHWITZ.... Enfin, une indication. Un panneau affiche "Museum Auschwitz". Ils appelent ça un musée... Une autre forme de négation ? C'est étrange à dire, mais la vue des fils de fer barbelé vous rassure. Enfin des miradors, ne peut-on s'empêcher de penser. On est au bon endroit ! Avec la notion de musée on pouvait espérer voir certaines parties du camp conservées absolument intacte, comme au moment de sa libération. Il n'en est rien. Tout est propre, vide, clinique. Du coup, il faut venir avec sa culture de la Shoah et son imagination. On s'étonne moins de la propagation des thèses révisionistes. Auschwitz, l'été, peut vite prendre des allures de camp de vacances... Deuxièmement, la première pensée des Russes qui ont libéré le camp et des rescapés, n'a probablement pas été de tout laisser en état pour les générations futures. Les quelques photos prises lors de l'ouverture des "Canada" sont beaucoup plus impressionnantes que les vitrines actuelles. Sans doute n'était-il pas possible de les préserver de la vermine et du pourrissement. Première raison, avant d'être un camp d'extermination, Auschwitz était un camp de concentration pour prisonnier de guerre, fonction qu'il conservera partiellement jusqu'à la fin. Deuxième raison, les Allemands étaient extrêmement peu nombreux par rapport aux 100 000 prisonniers. Le camp était régit par les Kapos, généralement prisonniers de droit commun. Les nazis entraient le moins possible dans le camp et pendant tout le temps que dura l'épidémie de typhoïde de juillet 42, ils n'y mirent même plus du tout les pieds. Il fallait pourtant éviter toute révolte massive qui aurait inévitablement conduit à la libération du camp . C'est pourquoi ils ont toujours cherché à faire croire aux déportés, puis aux prisonniers, qu'il étaient là pour travailler et qu'il y avait un avenir à rester docile et obéissant. Pour ce faire ils ont multiplié les fausses pistes, "Arbeit macht frei", obligation d'écrire aux familles pour demander des colis, punitions graduées pour faire croire à un semblant d'humanité, pendaisons publiques... Les chambres à gaz et les crématoriums devaient restés des fonctions extrêmement cloisonnées du camp. Tout a été montré ? Finalement pas grand chose. Mis à part les témoignages, presque rien n'est parvenu jusqu'à nous. Du fonctionnement du camp, ne subsiste que quelques photos volées, qui n'indiquent presque rien. Le film officiel de la libération (celui en vente à la boutique souvenir !) est plus atterrant encore. Le cameraman russe nous assène sans autre forme de procès, qu'il n'a pas filmé la libération du camp. Les images dont nous disposons ne sont que des reconstitutions (ils avaient tout d'abord fait jouer à quelques survivants une fausse scène d'allégresse qui s'était avérée vraiment trop décalée par rapport à la réalité. Finalement ils ont retourné une scène plus plosible, mais qui n'est tout de même qu'une reconstitution faite plusieurs jours après).
Que dire sur Auschwitz qui n'ait été dit 100 fois ?
Tout a été dit et montré plus encore.
Une des villes les plus connue au monde. Et pourtant, la première chose qui choque c'est la négation du camp de concentration par les autochtones. Le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau n'existe tout simplement pas. Il est impossible à trouver par ses propres moyens. Quelque soit la route que vous empruntiez, vous arrivez à OSWIECIM, vrai nom polonais de la ville, mais de camp, pas de trace. D'indications, pas plus... Pas de panneaux, pas de plans.
Comment peut-on vivre à Auschwitz en 2005 ? Tout simplement en niant l'existence du principal camp de concentration et d'extermination nazi.
Peine perdue. Les touristes insistent. Ils demandent leur chemin. Personne ne parle polonais, les polonais ne parlent que leur langue, mais tout le monde se comprend. Il suffit de dire : "Auschwitz ?" (c'est le nom allemand de la ville), pour être redirigé sur le bon chemin.
Tout a été dit et montré plus encore.
C'est d'ailleurs la limite du camp d'Auschwitz. On ne peut leur reprocher d'avoir fait dans le spectaculaire. c'est même franchement aseptisé.
Pourquoi ne pas avoir gardé intacte une partie du camp ?
Premièrement il est difficile de montrer ce qui n'est plus. (voir l'article sur le mémorial aux juifs assassinés d'Europe). Comment exposer ceux que l'on a fait disparaitre ?
Alors que reste t-il d'Auschwitz aujourd'hui ?
Un camp militaire (Auschwitz 1 est une ancienne caserne polonaise) transformé en camp pour prisonnier. On imagine bien des conditions de vie difficiles mais rien d'atroce. Tous les bâtiments sont en dur, avec chauffage, sanitaires, paillasses... Ils sont au trois-quart fermés. Ceux qui se visitent servent de lieu d'exposition. Certains sont dédiés aux déportés d'un pays (Français, Belges...), d'autres sont consacrés à une thématique précise : preuves de l'extermination, conditions de vie...
De quelles preuves disposons nous ?
A peu près aucune ! Seul la présence du four crématoire (entièrement reconstruit (partiellement d'après les pièces retrouvées sur place) puisque les nazis l'ont détruit à l'explosif avant de quitter le camp) témoigne d'une volonté de destruction massive. Les monceaux de vêtements, lunettes, valises, cheveux, entassés derrières des vitrines témoignent juste de la présence en ces lieux de dizaines de millier de personne. Toutes ces salles de "preuves" sentent finalement la mauvaise mise en scène. Pourquoi ne pas avoir conservé les lieux tels quel ? (les entrepôts où les objets confisqués aux morts et aux détenus étaient entreposés, s'appelaient le "Canada". A l'époque, pour les polonais, le Canada était considéré comme le pays de l'espoir et de l'avenir. Tous voulaient émigrer vers ce pays, considéré comme un paradis terrestre. Par extension, les entrepôts où toutes les "richesses" du camp s'entassaient, fut surnommé "Canada" par les prisonniers qui régissaient le camp (Kapo). Le terme fut repris par les allemands.)
Les preuves concernant les conditions de détention, sont encore moins efficaces. Une potence (reconstituée, pas d'origine) pour les éxécutions publiques, un "mur de la mort" pour les éxécutions par fusillade, une prison avec des salles différentes en fonction de la punition. Tout semble en contradiction avec la raison d'être d'un camp d'extermination. Pourquoi prendre la peine de réunir une peloton d'éxécution dans un camp ayant pour fonction d'exterminer une partie de l'humanité et ayant pour se faire des chambres à gaz ? Pourquoi graduer des peines, en un lieu où les nazis tiraient sur les prisonniers juste pour s'amuser ou parce qu'il ne travaillaient pas assez vite ?
Tout a été dit et montré plus encore.
Qu'est-ce qui est montré exactement à Auschwitz ? Un monument à la gloire du martyre polonais ? Quelque chose dans le genre en tous cas. Tout ce qui est mis en avant concerne les polonais, pas les juifs. Evidemment, du point de vue de la nationalité, c'est la Pologne qui a payé le plus lourd tribu à la folie nazi. Mais pas parce que les déportés étaient polonais, parce qu'ils étaient juifs (87% des morts sont juifs, 6% des morts sont des polonais non juifs). Ici, seule la nationalité polonaise est mise en exergue. Le sacrifice du prêtre Maximilian Kolbe en est un parfait exemple. Bien entendu, ce prêtre polonais a offert sa vie pour sauver celle d'un autre prisonnier, mais pour ce geste remarquable, combien de catholiques, polonais ou autres, responsables ou simples pratiquants, ont regardé les rafles de juifs avec un sentiment de satisfaction ? (pour éviter tout début de polémique, je précise que je suis d'origine catholique et polonaise, et pas juive).
Au final, Auschwitz est toujours un outil de propagande. J'ai visité ce camp il y a 15 ans. L'angle d'attaque de notre guide était alors légèrement différent. L'ambiance aussi. C'était en hiver, la Pologne faisait encore partie du bloc communiste, nous étions pratiquement seuls. La Shoah était présentée comme l'aboutissement ultime et logique de la société libérale dans laquelle nous vivions. Auschwitz comme symbole du capitalisme ! Rien que ça... Le guide s'en donnait à coeur joie pour culpabiliser les adolescents que nous étions alors. Ni le lieu ni notre piètre culture ne nous permettait de le contredire. Cette année, j'aurais volontier polémiqué avec ma guide, mais sortie de sa récitation, il n'y avait vraiment rien à en tirer.
Toute cette mise en scène du martyre polonais finit par être un peu pesante. Voir aussi à ce sujet l'exemplaire affaire du carmel d'Auschwitz, où huit religieuses catholiques polonaises de Poznan prennent possession de l'ancien théatre du camp.
Tout a été dit et montré plus encore.
Tout a été dit, certainement. Beaucoup de conneries et de contre-vérités aussi.
Alors, il faut faire un véritable effort d'imagination et surtout ne pas manquer de se rendre dans le camp d'Auschwitz II, Auschwitz-Birkenau. "Auschwitz" est en fait un complexe regroupant une multitude de camps, 50 dans toute l'Europe et trois dans la ville d'Oswiecim.
Le premier occupe donc les bâtiments de l'ex-caserne et voit sa construction débuter le 4 mai 1940, c'est Auschwitz I. Le deuxième est exclusivement un camp de travail, Buna-Monowitz (ou Monovice), appelé aussi Auschwitz III. Il est construit à partir de février 1941 et sert à fournir de la main d'oeuvre à une énorme usine chimique d'IG-Farben. Peu de temps après, Himler décide de construire un camp pour 100 000 prisonniers de guerre. Les travaux d'Auschwitz-Birkenau, Auschwitz II, débutent le 28 septembre 1941. C'est ici que vont périr 95 % des 1 100 000 êtres humains que les historiens estiment désormais avoir disparus à Auschwitz.
Le camp d'Auschwitz-Birkenau, est lui absolument gigantesque. Là encore un certain effort d'imagination est demandé, puisque les barraquements en bois ont été partiellement incendiés par les nazis et que le camp est donc détruit à 80%. Mais cette fois le "vide" laissé par les barraquements rasés, aide plutôt à appréhender la démesure de l'horreur.
Là aussi, aucun vestige n'a été conservé. Les barraquements sont vides, certains sont ouverts et tentent de témoigner tant bien que mal des conditions de vies.
Les crématoriums, ont aussi été détruits, mais, contrairement à Auschwitz I, laissés tels quels. (Pourquoi ne pas avoir reconstitué un crématorium ?)
Je n'ai pas testé tous les guides, mais ceux que j'ai pu suivre n'étaient vraiment pas très compétents. Un discours appris par coeur, impossible de sortir des questions bateaux. Essayez de passer de groupe en groupe, les guides ne suivant pas le même itinéraire, vous en apprendrez ainsi un peu plus. Le guide n'est pas obligatoire du tout, ça dépend uniquement de votre culture sur la question de la Shoah.
En "visitant" Auschwitz je n'avais pris quasiment aucune photo. Premièrement j'ai trouvé qu'il n'y avait rien à photographier, ensuite on ne peut s'empêcher d'éprouver un sentiment de malaise à l'idée de "consommer" Auschwitz comme une énième étape touristique. Ce qui m'a alors le plus marqué, c'était les portraits des prisonniers (pris par les nazis dans les premiers temps, dans un but anthropométrique, mais ils ont vite arrêté ! ) accrochés au murs des barraquements d'Auschwitz I. Leurs regards fixes étaient obsédants. Impossible de ne pas se dire "c'est moi qu'ils regardent, ils ont des chose à dire". Et puis je les trouvais beaux. Incroyablement beaux et dignes. Savaient-ils ce qui les attendait ? Comment peut-on être aussi digne dans de pareils circonstances ? J'ai alors pensé, voilà, je ne vais ramener que ça. Je ferai un article sans texte, juste avec les photos de ces hommes, tués par d'autres hommes. Et puis, comme vous pouvez le constater, je n'ai pu m'empêcher d'écrire...
Je terminerai tout de même avec eux, en silence...


Quelques expositions temporaires, dont une,
Une dernière salle sert d'espace d'exposition à 



VOUS AVEZ DIT