Mardi 2 mai 2006

Dans mon dernier article, je me moquais avec une rare mauvaise fois, (Manset a toujours bien précisé qu'il ne délivrait jamais aucun message dans ses chansons (à part " Manteau rouge")) des textes du dernier album de notre Gégé national "Obok". Ne reculant devant aucun coup bas, je promettais même d'aller le voir lors de son prochain concert, engagement d'autant moins difficile à tenir que je suis fan depuis toujours et que Gérard Manset n'a jamais fait le moindre concert de sa vie (pas depuis qu'il est connu en tous cas) !!


Et qu'est-ce que j'apprends en lisant les articles de presse sur "Obok" .... qu'il s'est enfin décidé !!


Gérard Manset va enfin se produire sur scène !!! L'homme invisible de la variété française (aucune photo non plus) sort de sa légendaire réserve. Voilà qui va faire l'effet d'une bombe auprès des inconditionnels.


Et tant qu'on y est, pourquoi ne pas commencer par l'Olympia...



EXTRAITS :



« Je ne vais pas attendre éternellement. J'en ai assez de cette expression morte du studio. Et l'envie de jouer cet album sur scène, dans un an, à l'Olympia peut-être. Physiquement, mentalement, une épreuve difficile. Reste un certain nombre de vérifications à faire, sur ma mémoire par exemple. Mieux vaut que je ne pense pas au public. Le malentendu commence sur l'affiche. Rien que mon nom est déjà déplacé. Mais j'ai déjà résolu la plupart des problèmes. Il n'y aura pas de photos, pas d'enregistrement. La musique vivante, c'est de la musique périssable. On passe un moment, il n'en restera rien. Je n'ai jamais joué en public, sauf comme guitariste d'un groupe, époque minet du Drugstore, vers 1963-64. Une farce. Quelques concerts en province et soirées à Paris, boissons gratuites et 300 balles chacun. Je chantais «Da Doo Ron Ron». »
Obok. « J'ai enlevé le c d'Obock, bourgade en face de Djibouti. Je me suis approprié un Obok fantasmagorique, mon Ubik de Philip K. Dick, le mirage d'Haddock du «Crabe aux pinces d'or», un Obok ad hoc. Quand je voyage, je ne fais que passer. J'essaie d'être le plus transparent possible. Pas seulement à l'étranger. J'avance sous des sortes de masques en permanence. Je ne comprends pas qu'un artiste s'affiche d'une chapelle ou d'une autre. Ou faut-il être Zola. Mon propos, c'est la dilution, la disparition, la non-interférence. Laisser le monde en l'état. »
Musique. « En studio, sur le plan technique, on est dans l'enfer du McDo musical. Je compose à la guitare acoustique, une Gibson ou une Epiphone quelconque. J'ai deux trois phrases en tête et les accords affluent. Ou je me mets au piano, un Gaveau droit. Je ne peux pas composer sur un autre que le mien parce qu'il est un peu tassé, les marteaux amoindris, les fausses notes ne s'entendent pas trop. C'est une obligation absolue pour l'autodidacte, l'unijambiste que je suis. Mes guitares ne sont pas toujours accordées. Je ne veux pas perdre de temps, l'inspiration s'envole très vite. J'écris les partitions chez moi. Tout est ruminé, mûri avant le studio. Quand j'arrive, je suis dans un état de tension très zen. Les musiciens sont prêts. J'enregistre trois ou quatre titres dans la journée. Parfois une seule prise. Sur cet album, j'ai chanté en même temps. Et puis je fais le montage chez moi, ma petite cuisine comme autrefois au studio de Milan. »
Voyage. « Je ne fais que me rafraîchir la tête et humer les senteurs du passé. Je suis amoureux du Mékong comme de l'Amazone. J'avais la fascination des endroits inaccessibles. Le Laos l'était en 1975. Depuis la Thaïlande, je contemplais la rive opposée du Mékong. Chaque matin sur l'embarcadère, on repêchait les cadavres des boat people. Dès la frontière ouverte en 1990, j'ai pris la première navette pour Vientiane. Aujourd'hui, le pays garde un charme presque intact. »
Artiste. « J'ai pris des milliers de photos en voyage. J'ai un matériel considérable que je ne montre pas. Des livres que je ne publie pas et qui reposent, des dizaines de chansons qui dorment. Ça reste dans des malles. La peinture, j'y pense parfois. Un travail de dessin, de fusain, de pastel, d'eau-forte. Mais il me faudrait dix ans de plus à vivre. »

François Armanet  Nouvel Observateur




Génie. Sombre. Fascinant. Cinglé. Solitaire. Culte. Insaisissable. Voilà des qualificatifs qui reviennent dans les milliers de pages Internet consacrées à Gérard Manset, où un site propose même des « Méditations sur des versets de Gérard Manset ». Cela en dit long sur la vénération dont est l'objet cet artiste parfois difficile à comprendre. Dix-huit albums en quarante ans de carrière, un tous les quatre ans depuis 1985, jamais de scène, jamais de télé : Gérard Manset voyage en solitaire. « Je suis à des années-lumière d'un Gainsbourg, personnage fascinant mais pour lequel je n'ai pas la plus grande estime sur le plan artistique, dit-il. J'étais programmé comme ça et je ne suis pas mécontent d'être une sorte d'anachronisme de l'Histoire. » Gérard Manset vient d'enregistrer un nouvel album, « Obok ». Si les ambiances sont toujours graves (il chante les enfants-soldats d'Afrique, son amour pour sa fille, et finit par avouer qu'il aimerait connaître la fortune et la gloire), il se démarque des précédents par un souffle résolument rock comme le pratique Neil Young. « Neil Young, il ne comprend rien au mon-de, il s'en fout lui aussi, il porte un Levi's et puis basta. Mes musiciens sont des types hors norme, difficiles à gérer. Ce ne sont pas des mercenaires qui vont jouer avec tout le monde. Cela fait toute la différence. » Manset ne fréquente aucun des chanteurs de sa génération. Vit entre sa maison de Saint-Cloud et ses voyages. « J'ai été longtemps associé à une sorte de show-biz d'auteurs- compositeurs qui n'était pas ma famille, dit-il. Je n'avais rien contre Yves Duteil, mais... Je serais plutôt de la famille des Malraux, à marcher dans la rue en me grattant la tête. J'aurais pu vendre des centaines de milliers d'albums si j'avais fait de la scène, de la télé. J'ai fait mon deuil de tout cela. Ne pas faciliter la tâche à l'auditeur, c'était mon choix. »

 

« Dans les années 70, quand on achetait un album, on l'écoutait. Aujourd'hui, on le passe en regardant la télé, en surfant sur Internet. En concert, le public est captif. Quand je leur balancerai "Fauvette", je saurai qu'ils ont entendu. »

Une autre condition : « Je ne veux pas voir le public. Ce n'est pas le regard des gens qui me gêne, c'est le malentendu. Quand Brel chante Amsterdam, c'est très douloureux. Je ne trouve pas très sain que l'on regarde cela. Je tiens à rester à distance. »

 

Sacha Reins le point





Vous avez l’intention de faire enfin de la scène. Toutes ces années sans faire de concerts, ça ne vous a pas manqué ?
Si, évidemment.

N’avez-vous pas peur du trac, maintenant ?
Je ne crois pas que j’aurais le trac. Ce serait plutôt vis-à-vis de moi-même : je n’ai pas changé d’opinion, je trouve toujours cela très déplacé et je ne sais pas comment je supporterais l’épreuve. Ce n’est pas tellement lié au public ou le fait de crever la bulle et de passer sur scène ; c’est après, le lendemain, le surlendemain, me dire que j’ai accompli cette sorte de compromission, comme si j’avais été me baigner dans quelque chose de pas très propre. Mais je voudrais préciser, parce que je suis une espèce de traumatisé du malentendu : quand je dis pas très propre, c’est que dans cette salle, sur 2000 personnes, il y en aurait la plus grande part qui ne me connaîtrait pas. Ils viendraient voir quelqu’un d’autre, d’autres titres. Ils seraient peut-être enthousiastes, comme ils vont voir Souchon ou Bashung ; or je ne suis pas Souchon ou Bashung. Je n’ai pas envie qu’on vienne voir un énième artiste de variétés. Le malentendu serait là et je m’y serais baigné.

C’est la crainte que l’on puisse vous prendre pour un artiste de variétés.
Justement – j’y reviens – c’est ça l’ouverture de Nana : une sorte de Brigitte Bardot dénuée de toute forme de talent si ce n’est son physique ; au début, on est près des quolibets et, dix pages plus tard, tous sont conquis, avec les yeux qui leur sortent de la tête. Eh bien voilà : c’est ça le spectacle ; moi je ne suis pas dans ce registre. Ou j’aimerais ne pas y être.

Avec le premier tirage de l’album est joint un petit livret avec Neuf alternatives à Obok, textes sur chacune de ces chansons…
J’étais relativement frustré parce que j’écris un certain nombre d’ouvrages que pour diverses raisons je ne mets pas en circulation – je vois des éditeurs et ça se ne fait pas, ou alors je ne veux plus. Pour Le Langage oublié, j’avais deux ou trois cents pages que je n’ai pas mises en forme. Cette fois-ci, je me suis dit que c’était l’occasion d’aller  plus loin que ces textes de chansons qui peuvent sembler abscons ou laisser sur sa faim. Là, les gens qui aiment ce que je fais vont acheter le CD et on leur donne ce texte.

Vous vient-il couramment ce genre d’inspiration avec les chansons ?
Oui, mais c’était fugitif. Il se trouve que, là j’ai voulu le saisir. Mais ce n’était pas prémédité. J’ai vu que, sur un titre, Fauvette, on allait partir sur des interprétations qui n’avaient rien à voir. C’était au téléphone et, tout de suite après avoir raccroché, j’ai écrit cette espèce d’explication comme si je continuais la conversation. Et, pour Pacte avec mon sang, le titre m’est venu presque d’une volée, peut-être en trois quarts d’heure ou une heure. Et le synopsis me venait en même temps – c’est exactement la vision que j’avais à ce moment-là, à quelques bricoles près.

Il semble qu’à chacun de vos albums, il y ait des chansons qui restent sur l’établi, qui ne sortent finalement pas…
Ici, il y avait notamment un texte difficilement recevable, sinon avec une très longue explication. Je l’ai regretté mais j’ai un peu marre de ces luttes perdues d’avance – préciser, déciller les yeux des gens, les secouer. J’ai un peu passé l’âge… Et puis c’est le rôle de la littérature, pas de la musique.

C’est ce que dans un texte vous appelez "cette manie d’expliquer, cette hérésie de la transparence"…
Je n’aime pas être mis en cause et je n’aime pas avoir à justifier des choses qui pour moi relèvent du domaine de la poésie, de l’expression naturelle et viscérale, qui ne viennent pas de moi mais d’ailleurs et dont, probablement, je ne suis pas responsable, qui sont à prendre dans leur entier, sans aucune restriction, pour monnaie comptant. La vérité absolue. C’est tout. Si on commence à demander au Villon de La Ballade des pendus pourquoi il y a des pendus qui sont comme des fruits sur un arbre… On ne fait pas une explication de texte sur La Ballade des pendus. Je n’ai rien contre le dépiautage, le décorticage, mais encore faut-il que ce soit fait en stricte neutralité. Or aujourd’hui cette neutralité n’existe plus."


Bertrand  Dicale RFI Musique





A priori il s'est même entouré d'un petit nombre de musiciens pour "Obok", dans l'idée de le jouer sur scène !


Non, vraiment il a l'air décidé...


Je me souviens pourtant d'une interview où Gégé parlait de la promotion idéale (il s'agissait alors de passer à la télévision). Pour Manset, la promo parfaite, c'est annoncer sa venue à la télé (pour tout de même vendre et qu'on parle de son album) mais ne pas y venir...


Je ne voudrais pas être un oiseau de mauvais augure mais il ne semble pas impossible qu'il se contente de cette annonce tonitruante...


A SUIVRE....

 

Dimanche 23 avril 2006

La première chose qui m'est venue à l'esprit, en écoutant "OBOK" le dernier album de notre Gégé national, c'est que j'étais totalement passé à côté du précédent "Le langage oublié" ...


Certes, ce n'est pas toujours facile de rentrer dans un album de Gérard Manset. Mais là, deux ans après je suis toujours à la porte et c'est donc avec une petite inquiétude que j'ai glissé le dernier opus dans ma platine disque.



Pendant que démarrait "L'enfant soldat", deux bonnes nouvelles s'offraient à moi.


Premièrement, une dédicace du livret de l'édition limitée  nous apprenait que Manset n'est pas l'ours qu'on nous a tant décrit. Il aime ses fans et le leur prouve à travers ces quelques mots : " Ces neuf alternatives à Obok sont destinées tout particulièrement aux fidèles d'entre les fidèles. Merci à ceux qui sont présents depuis "Animal on est mal" en passant par "Orion", "Y'a une route"..."

Merci Gégé, ceci me va droit au coeur. Pour la peine je viendrais te voir en concert la prochaine fois... (pour être tout à fait honnête, je n'étais pas né lors de la sortie d"'Animal on est mal", mais je me suis bien rattrapé depuis.)





Deuxièmement, cette même dédicace, nous annonce donc neuf alternatives, qui sont des textes explicatifs sur chacune des chansons de l'album. Et là, forcément, on ne peut se retenir de crier "Chouette !" (oui, parfois je suis assez expansif) enfin quelques explications ! Il faut dire à tous ceux qui ne sont pas familiers des textes du Gégé, qu'ils sont parfois brumeux voir peu explicites ("Camion bâché" ça parle bien du Paris-Dakar ?? Non ??).



Me voilà donc à chaque morceau en train de décortiquer d'un oeil leste le commentaire de chacun des textes que mon oreille, forcément devenue inattentive, tente d'appréhender (Si vous êtes comme moi et que vous ne savez pas faire deux choses en même temps, je vous conseille plutôt d'écouter d'abord et de lire ensuite, on y gagne certainement beaucoup !). Et là, se fut parfois une cruelle déception !


Prenons par exemple mon morceau préféré à la première écoute

"Ne les réveillez pas".

"Ne les réveillez pas

Ils sont dans leur sommeil

Comme de petits oeufs

Comme de jeunes abeilles

De simples arbrisseaux

Poussant près des fontaines

D'où naissent toutes les eaux

Toutes les rivières idem

Ne les réveillez pas

Ils sont dans leur sommeil

Un ongle de Mica"....



A première vue, difficile de savoir de quoi ça parle. Que faut-il donc laisser dormir et ne surtout pas réveiller ? Les fascistes, les staliniens, les supporters du PSG ? A coup sûr, c'est quelque chose de grave mais quoi ?

Gégé lui même nous donne la réponse :


"On était tous pompettes ; un peu... Cela se passait chez Fabien. Appartement en haut de la rue St Jacques. Fallait remonter Maubert. (...) Ce soir là j'étais reparti le dernier. dans le vestibule je devais chercher ma veste et mon écharpe (...) Réjane m'avait fait signe. C'était près de la cuisine, une petite pièce en recoin. (...) Elle a ouvert cette porte, a allumé.


Très bref.


J'ai eu le temps d'imprimer, de constater... Une sorte de cube fermé, de surface d'à peine six mètres carrés ou le petit frère et la petite soeur dormaient en chiots, affalés dans leur songe, tétine, pour l'un, couverture de doudoune pour l'autre. (...)

J'étais sonné.

Époustouflant, cette intrusion d'une brève seconde au paradis des songes.(...)

Je me suis retrouvé sur le boulevard. On ne sait comment les choses se passent, comment le miracle revient pour titiller... C'est dans le taxi que la phrase m'est venue, j'ai demandé un stylo... A peine rentré, crevé et incrédule, j'ai aligné les vingt-cinq lignes : dans la chambre lilas... ne les réveillez pas... "





Gégé... Non... Mon Gégé...


Me dis pas que "Camion bâché" ça parle vraiment du Paris-Dakar ?

 

Dimanche 16 avril 2006


D'après l'article L123-1 du Code de la propriété intellectuelle, « L'auteur jouit, sa vie durant, du droit exclusif d'exploiter son œuvre sous quelque forme que ce soit et d'en tirer un profit pécuniaire. Au décès de l'auteur, ce droit persiste au bénéfice de ses ayants droit pendant l'année civile en cours et les soixante-dix années qui suivent. »


Il nous reste donc 25 ans à attendre pour voir les pamphlets de Céline publiés de nouveau dans leurs intégralités ...



En effet, à l'exception de "Mea culpa" (texte anti-communiste donc moins sensible), Louis Ferdinand Céline s'est toujours opposé à leur réédition et ses ayants droits ont depuis lors, respecté cette volonté. Bien sûr, tous ces ouvrages sont trouvables à prix d'or sur le net ou dans des librairies spécialisées. Autant je peux comprendre la volonté de l'écrivain de ne pas en rajouter dans le scandale, mais 45 ans après sa mort...



LOUIS FERDINAND CELINE

 

 

 

"J'ai interdit la réédition des pamphlets et, sans relâche, intenté des procès à tous ceux qui, pour des raisons plus ou moins avouables, les ont clandestinement fait paraître, en France comme à l'étranger.
Ces pamphlets ont existé dans un certain contexte historique, à une époque particulière, et ne nous ont apporté à Louis et à moi que du malheur. Ils n'ont de nos jours plus de raison d'être.
Encore maintenant, de par justement leur qualité littéraire, ils peuvent, auprès de certains esprits, détenir un pouvoir maléfique que j'ai, à tout prix, voulu éviter.
J'ai conscience à long terme de mon impuissance et je sais que, tôt ou tard, ils vont resurgir en toute légalité, mais je ne serai plus là et ça ne dépendra plus de ma volonté."


Lucette Destouche
s

 




Céline n'a quant à lui jamais renié ses pamphlets ni ses tendances antisémites :



"Albert Zbinden : "Disons le mot, vous avez été antisémite."



L.F. Céline : "Exactement. Dans la mesure où je supposais que les sémites nous poussaient dans la guerre. Sans ça je n'ai évidemment rien - je ne me trouve nulle part en conflit avec les sémites ; il n'y a pas de raison. Mais autant qu'ils constituaient une secte, comme les Templiers, ou les Jansénistes, j'étais aussi formel que Louis XIV. Il avait des raisons pour révoquer l'édit de Nantes, et Louis XV pour chasser les Jésuites... Alors voilà, n'est-ce pas : je me suis pris pour Louis XV ou pour Louis XIV, c'est évidemment une erreur profonde. Alors que je n'avais qu'à rester ce que je suis et tout simplement me taire. Là j'ai péché par orgueil, je l'avoue, par vanité, par bêtise. Je n'avais qu'à me taire... Ce sont des problèmes qui me dépassaient beaucoup. Je suis né à l'époque où on parlait encore de l'affaire Dreyfus. Tout ça c'est une vraie bêtise dont je fais les frais."


Entretien avec Albert Zbinden, 1957




Moi qui suis fan de Céline depuis la première heure, j'ai toujours pensé que l'on avait beaucoup fantasmé sur ses écrits antisémites (qu'au demeurant à peu près personne n'a jamais lu). Que Céline soit fasciste, anti-communiste, antisémite, anti-bourgeois, anti-tout-ce-que-vous-voudrez, cela ma toujours paru évident. Globalement, il n'aime pas l'humanité et peu de personnages trouvent grâce à ses yeux dans ses romans. Je pensais donc qu'il n'aimait pas les juifs plus par habitude vicérale de détester à peu près tout, que par conviction profondémement réfléchi... J'étais loin du compte. Quelle invraissemblable logorrhée délétère ! Quelle incompréhensible haine ! Quel incroyable aveuglement...



"Ce sont les esprits pervers qui rendent la vie insupportable. Ils trouvent des intentions partout. Moi je me sens devenir si pervers que ça me tourne en folie raciste. Et pas qu’un petit peu ! Raciste 100 pour 100 ! autant que communiste, sans les Juifs ! À l’heure où nous sommes, dans les circonstances si tragiques, l’indifférence n’est plus de mise. Il faut choisir, il faut opter pour un genre de perversion, ça suffit plus de se dire méchant, il faut avoir une foi terrible, une intolérance atroce, y a pas beaucoup de choix, c’est l’aryenne ou la maçonnique, juive ou anti-juive. Ça va nous donner vingt ans de rigolade. Je ressens, tellement je suis drôle, des choses encore bien plus perverses. Des véritablessadismes. Je me sens très ami d’Hitler, très ami de tous les Allemands, je trouve que ce sont des frères, qu’ils ont bien raison d’être si racistes. Ça me ferait énormément de peine si jamais ils étaient battus. Je trouve que nos vrais ennemis c’est les Juifs et les francs-maçons. Que la guerre qui vient c’est la guerre des Juifs et des francs-maçons, que c’est pas du tout la nôtre. Que c’est un crime qu’on nous oblige à porter les armes contre des personnes de notre race, qui nous demandent rien, que c’est juste pour faire plaisir aux détrousseurs du ghetto. Que c’est bien la dégringolade au dernier cran de dégueulasserie."


extrait de "L'ÉCOLE DES CADAVRES"

LOUIS FERDINAND CÉLINE

 


Bref, j'ai tout de même été assez surpris...


 
Je pense donc qu'il est temps, aujourd'hui, de laisser chacun seul juge du contenu de ces pamphlets.


Voici donc le texte intégral en ligne de...


Mea Culpa (1936)

Bagatelles pour un massacre (1937)

L'École des cadavres (1938)

Les beaux draps (1941)

A l'agité du bocal (1948)


PENSÉE DU JOUR

"C'est sur ce quai-là, au 18, que mes bons parents firent de bien tristes affaires pendant l'hiver 92, ça nous remet loin. C'était un magasin de "Modes, fleurs et plumes". Y avait en tout comme modèles que trois chapeaux, dans une seule vitrine, on me l'a souvent raconté. La Seine a gelé cette année-là. Je suis né en mai. C'est moi le printemps."

LFC


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Gérad MANSET

Les pamphlets de Louis Ferdinand Céline
Un homme qui dort

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