Je m'aperçois que je n'ai encore jamais écrit sur un spectacle vivant. Pour une fois que je peux vous parler d'une pièce qui va bientôt se jouer, puisque je l'ai vu l'année dernière, faisons nous plaisir. Quand j'ai poussé la porte du théâtre de la Bastille en 2005, je ne connaissais pas du tout Pierre Molinier. C'est donc un peu totalement par hasard que j'ai découvert, dans le cadre du festival d'automne, la superbe adaptation théâtrale de Bruno Geslin, de l'interview de 1972 du photographe-peintre-fétichiste par Pierre Chaveau. "Le vice, c'est n'importe quoi, ça n'existe pas, on a des envies et voilà" Car c'est bien de cela qu'il s'agit, de la passion d'un homme pour ses jambes et si possible gainées de bas ! Molinier a passé une grande partie de son oeuvre à mettre en scène son fantasme d'hermaphrodisme. Dans ses photos-montages, l’artiste est souvent nu, son sexe en érection, portant masque, guêpière, faux-seins, porte-jarretelles, talons hauts et bien sûr, ses indispensables bas. Une fois ceci posé, on peut légitimement s'inquiéter un peu du spectacle qui va nous être proposé. Inquiétude sans fondement, le travail de mise en scène de Bruno Geslin est remarquable. La pièce ressemble en fait vraiment à l'oeuvre de Molinier, sophistiquée sans être intellectualisée, libre sans être vulgaire, osée sans être glauque, sarcastique sans être triviale, sombre sans être triste. Effectivement on rit beaucoup ... et ce n'était pas forcément gagné de faire rire une salle (dont la majorité des spectateurs ne doivent pas connaître le travail de Molinier) aux propos d'un homme, qui demanda à ses parents à la mort de sa soeur (il venait d'avoir 18 ans) de le laisser seul se recueillir dans la pièce, ferma la porte, photographia sa soeur sur son lit de mort, monta sur le lit et se masturba. Il annoncera plus tard tout fier : "J'ai joui sur son ventre et alors le meilleur de moi-même est parti avec elle".
"Les conventions des hommes ça ne tient pas debout. Petit à petit je me suis évadé de tout ce qui pouvait être conventions sociales... J'aurais voulu être une femme mais lesbienne... rejoindre l'androgynie initiale...." Et c'est ce qui frappe enfin, l'étonnante liberté qui habitera cet homme toute sa vie durant. Toute sa vie, jusqu'à sa mort, qu'il choisira de mettre lui même en scène le 3 mars 1976, en se tirant une balle dans la bouche et en écrivant à la craie sur sa porte d'entrée : "Je me donne volontairement la mort et ça me fait bien rigoler"
Il s'agit de "Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée", mis en scène par Bruno Geslin et qui se jouera les 16 et 17 mars 2006 à 20h30, au théâtre Romain Rolland de Villejuif.

La première chose qui frappe, c'est bien sûr le titre. Il n'est pas de Molinier mais d'Henri Michaux. Pourtant, il donne bien le ton ! Nous sommes en plein surréalisme... Fétichisme, érotisme, culte, mystère, tous les ingrédients sont là.
Quoique... les surréalistes l'ont accueilli un temps en leur sein, avant de le rejeter, le considérant comme un peu trop frappé. Molinier n'a effectivement jamais été dans une démarche intellectuelle. Il s'est retrouvé happé par le mouvement surréaliste, sans aucune volonté propre. Et quand celui-ci écrira à Michaux une lettre pour lui dire qu'il vient de retrouver sa fille naturelle, que c'est une prostitué et qu'il va lui acheter un café pour en faire un bordel ... la rupture est consommée. Il est vrai que la mission avouée de Molinier sur cette terre, a toujours été : "Transformer le monde en immense bordel".
Ce qui frappe ensuite c'est l'incroyable interprétation de Pierre Maillet. Un accent bordelais, un rire de fausset insupportable, une voix posée très haut... on se demande s'il n'en fait pas un peu trop ... jusqu'à ce qu'on entende, à la fin du spectacle, l'enregistrement de Pierre Chaveau et que l'on découvre ainsi la vraie voix de Molinier et ... qui bien sûr est extraordinairement identique.
Formidable interprétation de Pierre Maillet donc, que l'on peut aussi retrouver dans une tenue similaire (travesti en femme) en ce moment au théâtre de la bastille dans "Eva Peron" de Copi. Ça lui va comme un gant, ou plutôt comme un bas résille.



"Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée" de Bruno Geslin, avec Pierre Maillet, les 16 et 17 mars 2006 à 20h30, au théâtre Romain Rolland de Villejuif.
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L'évènement de ce début d'année, en matière d'exposition, c'est bien sûr Pierre Bonnard au Musée d'art moderne de la ville de Paris. Depuis deux ans le musée était fermé pour travaux et il rouvre avec une exposition majeure. Autant dire qu'il y a du monde et même en y étant allé en semaine à 11h du matin, 2 semaines seulement après l'ouverture, j'ai fait plus d'1h de queue ! Un petit truc donc, pour mes fidèles lecteurs, pour éviter cette interminable fille d'attente (qui empirera au fur et à mesure que l'on se rapprochera de la date de fin, 7 mai 2006).
Mais puisque vous êtes en bas, profitez-en pour voir la nouvelle accroche. Il y a quelques très belles nouveautés, comme deux Soutine merveilleux que je n'avais jamais vu avant.
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Dieu Pardonne tout ... mais il est bien le seul !
Vous pensiez être enfin allé au cinéma avec "Le secret de Brokeback Mountain". Vous pensiez avoir vu un bon scénario machiavélique avec "Match point" et bien vous n'avez encore rien vu ! Voici "The king", premier long métrage de fiction de James Marsh.
Non, Vincente Minelli n'est pas mort ! Son esprit (on ne peut s'empêcher de penser ici à "Celui par qui le scandale arrive") en tous cas (celui des grandes tragédies greques) a dû sérieusement hanter le réalisateur. Que dire sans rien dévoiler du film ?
Que le scénario est un petit bijou qui ne cherche qu'à vous endormir pour mieux vous réveiller (mais pas brutalement à la manière de "Twenty nine palms", tout en douceur, de façon insidieuse, ce qui vous laisse d'autant plus KO debout quand la salle se rallume...)
Quant au titre ... Elvis est bien le King ... mais après ? Si quelqu'un à une idée sur la signification du titre, surtout n'hésitez pas, les commentaires c'est en dessous.
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