On va faire très vite parce que ça n'en vaut vraiment pas la peine !
Berlin est la ville des musées, alors PRECIPITEZ vous ailleurs.
Ce musée est nul. Son seul intérêt serait d'avoir des panneaux d'explications traduis en français, mais même pas. Les traductions ont dû être faites par quelqu'un qui parle le français comme moi je parle l'allemand, c'est donc totalement incompréhensible ou presque.
Aucune explication, sur le pourquoi du mur !!! Mais absolument aucune (je me suis renseigné à l'accueil). Aucune explication sur la construction du mur, rien du tout...
Alors de quoi parle-t-on ?
De tous les moyens inventés pour franchir l'obstacle : souterrains, ULM, passeport des Nations Unies (ça n'existe pas), voitures aménagées, égouts............. et de rien d'autre ! On en parle pendant des dizaines de salles... et ça devient très vite chiant.
En plus, l'exposition date des années 70, aucune mise à jour, l'installation et les textes datent terriblement. C'est vraiment pitoyable !!
La palme d'or revenant aux dernières salles, où, n'ayant sans doute plus rien à nous dire sur les tentatives de franchissement du mur en saut à la perche, on nous explique la vie de Gandhi, l'histoire de Solidarnosc, etc ...... Une dizaine de salle sur l'histoire des peuples en lutte !! Un état de l'industrie du béton armé en Allemagne de l'est m'aurait semblé tout aussi approprié, voir plus.
Vous l'aurez compris, fuyez ce lieu... et allez plutôt voir ce qu'il y a d'intéressant à Berlin, cet article faisant partie d'une longue série sur cette ville.
L'exposition AFRICA REMIX se terminant bientôt à Paris, (si vous l'avez raté, elle sera bientôt présentée à Tokyo !) voici l'occasion de revenir sur un état possible de "l'art contemporain d'un continent".
Loin d'en finir avec "les idées préconçues et les mythes sur l'Afrique" (dixit le commissaire principal), j'y ai surtout vu deux thèmes récurents :
- l'opposition envers les anciennes puissances coloniales
- la récupération (objets, idées)
Deux thèmes qui me semblent pourtant assez emblématiques d'une "carte postale" africaine. Même lorsque sont présentées les installations vidéos (très nombreuses) on ne peut s'empêcher de penser qu'il s'agit de récupération (de l'art occidental à la mode). L'Afrique serait passée directement de l'artisanat "boites de conserves détournées" à Nam June Paik... Même si j'aime beaucoup la récup, je trouve que ça manque un peu de peinture et qu'il n'y a aucune référence aux arts premiers.
L'expo démarre avec "Obstacle" de Mounir Fatmi.
Cette oeuvre symbolise t-elle la difficulté des artistes africains pour s'exprimer, ou la difficulté qui attend le public à pénéter l'exposition et à se débarasser de ses préjugés ?
Difficile de savoir, le commissaire semble avoir détourné l'installation qui était présentée de façon très différente à Düsseldorf et sous un autre nom :
"Homme sans cheval"
Puis, "le salon du philanthrope victorien" d'Ynka Shonibare.
Un salon de l'époque victoriene, est recouvert de tissu africain à motif de joueur de foot. Cette oeuvre se joue des symboles identitaires. La bourgeoisie anglaise s'est construite sur la colonisation, le tissu "wax", tellement africain, a été en fait introduit en Afrique par les colons au 18ème siècle, les joueurs de football africains font gagner des équipes étrangères... Et pour lui donner raison, je n'ai pas l'impression qu'il y ait beaucoup d'artistes vivant en Afrique dans cette exposition (ils sont tous à Londres, Paris, New-York) et ont donc pour référence l'art occidental. La boucle est bouclée...
Avec Samuel Fosso, nous restons dans les clichés, même s'il s'agit évidemment ici d'en jouer : "Le chef (celui qui a vendu l'Afrique aux colons)"

Voici Mobutu, ou un chef africain ayant pris part à la traite négrière.
Hassan Mussa, "Great nude america"
=
Un hommage appuyé à la peinture occidentale. J'aime vraiment beaucoup ce tableau (et en plus pour une fois c'est de la peinture) mais où est l'Afrique ?
Avec "Folle", Myriam Mihindou

exprime la difficulté à "franchir le pas". Dans cette vidéo, une femme hésite à franchir une frontière. Encore une symbolique du déracinement.
Avec "Boulangerie africaine", Meschac Gaba
nous renvoie à notre propre vision de l'exotisme. Si la baguette de pain est chez nous le symbole du produit commun et pas cher, elle peut aussi être ailleurs, le symbole d'un certain luxe et de l'exotisme.
Avec Romuald Hazoumé et son oeuvre "Bidon Armé"
voici une des rares références à l'art primitif : masques et totem.
Willie Bester "For those left behind"
réalisé en métal recyclé, une référence explicite aux années de l'apartheid.
Encore et toujours de la récup, avec "Chair" ( détail à gauche) et "Eiffel tower" de Gonçalo mabunda
Ou comment tourner en dérision le symbole de l'arrogance et de la poudre aux yeux française (la tour Eiffel) en rappelant qui leur a vendu les armes et que le pouvoir en Afrique s'assoit (le trône du chef) sur les faits guerriers. Derrière "Eiffel Tower" vous pouvez apercevoir "The townshipwall" d'Antonio Olé, assemblage de tôles ondulées, portes et fenêtres .
Une installation plus énigmatique d'Ingrid Mwangi "Down by the river"
Un corps qui flotte dans de l'eau rougie, de la terre batue en forme de pierre tombale, un texte décrivant le sang qui coule vers la rivière, une lampe qui tangue...
L'installation vidéo de Zineb Sedira "Father, Mother and I"
Très émouvante, décroche le pompon dans la catégorie "culpabilité" ! Quand c'est pas la faute aux colonisateurs et aux dictateurs, c'est nos enfants qui viennent pas nous voir ! "Et pourtant c'est pour vous qu'on a fait tout ça !!" On comprend qu'elle fasse cette tête-là...
Beaucoup plus connue, voici Jane Alexander avec "African adventure"
Encore un questionnement sur l'identité, la quête, la métamorphose... assez dérangeant.
The room of tears de Bili Bidjocka
Une salle blanche dont le sol est recouvert d’eau et de pierres. Encore une installation qui ne fonctionnait pas (Certaines pierres devant déclencher des textes et des sons). Des portraits qui pleurent, un immense miroir dans lequel notre image se reflète, des spectateurs acteurs qui sautent de pierre en pierre, un enfant qui rate une pierre et pose le pied dans l'eau : PLOUF !
Dilomprizulike "Waiting for bus"
Le comble de la carte postale sur l'Afrique, des gens en train d'attendre interminablement un bus. Et c'est évidemment de la totale récup.
Ingrid Mwangi, l'artiste à qui l'on doit l'installation "Down by the river" nous propose ici deux photos de son ventre.
Deux empreintes de cartes : l’Afrique, blanchie sur une peau noire, "Bright dark continent", l’Allemagne, bronzée sur une peau claire, "Burn out country". Se sentirait-elle trop allemande en Afrique et trop africaine en Allemagne ?
Donc une expo extrêmement riche et intéressante (limite trop ? Mais on ne va pas s'en plaindre) et qui donne à penser (c'est le principal).
Je trouve tout de même que l'on ressent plus l'impossibilité de se détacher de la culture occidentale (colonialiste ?) et des clichés que le contraire. Vous voulez un cliché suplémentaire ? Aucune installation ne fonctionnait lors de ma visite ! Alors, les africains ne savent décidément rien construire tout seul, ou les musées occidentaux ne savent-ils pas préserver une oeuvre ?
Encore quelques interrogations...
N'y a-t-il vraiment qu'une seule thématique en Afrique (colonisation, déracinement, pouvoir) ? Vraiment rien sur le paludisme, le SIDA, la faim, la cosmogonie... ?
Ces oeuvres ne sont-elles pas avant tout destinées à un public occidental ? Fait par des artistes vivant en occident avec une culture occidentale ?
Si vous avez aimé l'art africain contemporain, il y a une vie après AFRICA REMIX, voici le site d'un passionné :
http://jeanmichelneher.blog.lemonde.fr/jeanmichelneher/
L’avis de Simon Njami, commissaire principal :
"Il était grand temps de créer une exposition qui ne constitue pas seulement le récapitulatif de la discussion sur l'art contemporain africain des dix dernières années. L'objectif était de mettre sur pied une exposition qui s'abstient de toute idéologie et met en évidence la motivation profonde de la créativité africaine. Un second objectif était de mettre fin à toute une série d'idées préconçues et mythes sur l'Afrique. C'est pour autant que je sache, la première fois qu'une exposition de cette envergure se consacre à l'Afrique dans son ensemble et non seulement à ses cotés sombres, au cœur de l'obscurité, mais tient compte de ses aspects géographiques et historiques. C'est également une exposition qui pose des questions : qu'est ce que l'art contemporain africain que peut-on en dire et en montrer, après tant d'expériences que l'on a faites en Europe ?
Existe-t-il une définition tant soit peu valable ? répond-elle aux conceptions occidentales ou en est- elle très éloignée ? A quel point de vue ? Nous ne prétendons pas pouvoir répondre à toutes les questions mais nous voulons du moins, poser des questions qui n'ont jamais été posées. Nous voudrions nous concentrer pleinement sur le charme d'un ouvrage présenté dans le cadre d'un concept d'exposition qui fournit un aperçu de ce que l'Afrique pourrait être aujourd'hui. Comment pourrait être l'art africain de demain et quels sont les liens qui nous manquent entre l'ancienne Afrique et celle d'aujourd'hui. Nous n'avons aucune notion précise du résultat. Mais une chose est certaine : nous avons tenté de nous libérer de nombreux pièges qui ont marqué notre vue de l'Afrique en général."
Installation d'une rare intelligence et sobriété, comme tout ce qui touche à la question juive, la mémoire de l'Holocauste, en Allemagne en 2005.
Dans un des espaces laissés libres du musée juif de Berlin, le "Memory void", Menashe Kadishman a déposé des milliers de visages découpés dans l'acier.
L'installation est vraiment déroutante de simplicité. Les pièces d'aciers ont été jetées sur le sol et sont donc bancales. Les spectateurs sont invités à marcher sur les visages qui produisent alors d'atroces bruits métalliques, que l'on ne peut s'empêcher de comparer à des cris.
Le spectateur hésite..... puis marche sur les visages d'aciers.
Le premier pas est craintif.
L'équilibre est précaire.
Vous progressez lentement.
Et l'expression "métal hurlant" prend soudain tout son sens
Aucune date de fin pour cette installation ne semble avoir été prévue.
C'est parfait ainsi.
Cet article fait partie d'une série consacrée à l'Allemagne et plus précisément à la question du souvenir de la Shoah à Berlin en 2005, avec un autre article sur le musée juif.































