- Je viens de finir un livre étonnant !
L'action se passe dans un futur lointain. Il n'y a que quelques milliers de personnes qui habitent seuls de vastes domaines. Il n'y a pas de ville. Ces descendants de l'humanité actuelle ne se rencontrent jamais. Ils communiquent entre eux par un système de visio-conférence. Tout rapport physique est même absolument tabou, tout simplement inimaginable, insupportable. Les naissances sont contrôlées génétiquement. Aucun rapport sexuel n'a jamais lieu. L'idée même de sexualité a disparu...
Malgré une écriture assez modeste, ce roman soulève des interrogations essentielles. Comment évoluent les normes sociales ? Comment les dynamiques démographiques, technologiques, socio-économiques et culturelles déterminent-elles l’évolution des civilisations humaines ?
- Des dynamiques démographiques et culturelles ? Hou, la, la... mais ça parle pas tout de même un peu de double pénétration ???
- Ben, non.
- C'est pas l'histoire d'un type déprimé qui porte un regard désabusé sur le monde ??
- Euh... pas plus que ça...
- Qu'est-ce qui lui est arrivé à Houellebecq ???
- Qui ça ??
- Houellebecq !! T'es con ou quoi ? Tu me parles bien du dernier roman de Michel Houellebecq, "La possibilité d'une île" ?
- Ben non. Je te parles d'un roman d'Asimov de 1957, "Face aux feux du soleil" !
Plaisanterie mise à part, c'est vrai que ça ressemble beaucoup ! Tout du moins sur la partie anticipation qui semble bien être ce qui intéresse désormais Houellebecq.
Peut-on lui reprocher de se renouveler un peu (même si "Les particules élémentaires" parlaient déjà d'eugénisme) ? Peut-on lui reprocher de ne pas parler que d'employés moyens, comptables ou informaticiens dans une tour à La Défense ? Certes non...
Alors c'est quoi le problème ? Le battage médiatique autour de la sortie de son dernier roman ?
Je m'en tape, je l'ai juste vu une fois à la télé. J'ai vaguement aperçu le papier des Inrocks criant au génie mais que penser de l'article d'un magazine qui a obtenu la quasi exclusivité de lecture ?
Son invraisemblable arrogance ? " J'ai décidé d'arrêter d'être faussement modeste, parce que ça se voit de trop. Mon livre est le meilleur de la rentrée, c'est normal qu'il écrase les autres. Je comprends le sentiment de haine et de jalousie qu'il suscite" (de mémoire, d'après l'interview d'Ardisson dans "Tout le monde en parle")
C'est plutôt risible... surtout quand on l'a lu ! D'un autre côté, je ne me suis pas tapé les 700 autres livres de la rentrée, mais si c'est le meilleur, ça ne donne pas très envie.
Bon, alors quoi ?
Rien de spécial en fait. C'est juste que la mayonnaise ne prend pas. Il a beau mélanger énergiquement tous les éléments, ça veut pas s'amalgamer.
Du point de vue anticipation, on a donc lu mieux (même si Asimov c'est limite niais et très mal fichu). Je ne saurais trop vous conseiller le cycle des robots et de Fondation, pour découvrir une vraie vision osée de ce que pourrait devenir l'humanité.
Sociologiquement, "Extension du domaine de la lutte" était tout de même beaucoup plus intéressant. On sent bien que Houellebecq parle de lui et qu'il ne s'est pas foulé en transposant avec un humoriste.
Toute la partie sur les sectes est chiante à mourir. Houellebecq s'est tapé quelques réunions chez des tarés, il transpose de nouveau... Mais ce n'est absolument pas incisif, ni méchant, ni drôle. On ne retrouve pas le recul et l'ironie qui le caractérise, il se contente d'être descriptif.
La fin se veut poético-allégorique, je la trouve juste ennuyeuse. Simplement décevante... Il ne se passe plus rien et c'est voulu ainsi. L'auteur aime les fins méditatives !
Reste tout de même une excellente trame de fond, la vieillesse, la mort, la décrépitude. Le sujet ne me touche pas vraiment, mais c'est enfin là, que l'auteur réussit à être émouvant et méchant à la fois.
Pourquoi ne s'est-il pas contenté de ce sujet ? Il faut parfois savoir rester modeste... Houellebecq trouvait "Plateforme" raté, malgré le succès du livre. Juste un récit, alors qu'il aspire à un peu plus d'éternité. Il a voulu tout compliqué, je trouve qu'il a juste un peu tout gaché.
Pour finir avec le Houellebecq que j'aime, une petite phrase prise au détour du livre :
" En désespoir de cause je finis par parler de moi, c'est à dire d'Esther, c'était à peu près la seule chose qui me paraissait digne d'être signalée dans ma vie dernièrement ; j'avais acheté un nouveau système d'arrosage automatique, aussi, mais je ne me sentais pas capable de tenir très longtemps sur le sujet."
A quoi ça tient une collection, une oeuvre ? Ainsi, pour Dubuffet, l’art brut désigne “des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythme, façons d’écritures, etc.) de leur propre fonds et non des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode“ Rainer va tout d'abord tenter d'expérimenter différentes techniques pour éprouver certains états de démence, prise d'alcool, de drogue (principalement LSD), hypnose. Il essaye de retrouver "la valeur expressive des gestes schizophrènes, tels que faire des grimaces" et cette recherche aboutira au début des années 70 à la série des "Face farces". Rainer pratique aussi depuis toujours les "recouvrements". Il retravaille soit ses propres oeuvres, soit des productions d'autres artistes. Il s'agit souvent d'oeuvres qu'on lui confie dans ce sens, mais parfois, il achète des éditions originales très rares qu'il recouvre de la même façon. Est-ce une façon de questionner la valeur de l'oeuvre ou la notion d'achèvement ? Lassé de travailler sur sa propre représentation, il trouve matière à dialogue avec les 69 "têtes de caractère" sculptées par Franz Xaver Messerschmidt autour de 1770. Il prend des photos, puis les recouvre. Le fil rouge des trois expositions du moment à la Maison rouge, semble être le dérangeant rapport que peut entretenir le spectateur avec les oeuvres présentées. Chaque fois on ne peut s'empêcher d'éprouver un sentiment d'attirance mêlé de répulsion. Logiquement, Rainer en vient à dessiner sur les créations d'art brut qu'il achète. Puis au milieu des années 1990, il boucle la boucle, en invitant des aliénés à intervenir à leur tour sur ses oeuvres. pour aller plus loin dans la découverte de l'art brut, voici un site très complet sur la question http://www.abcd-artbrut.org. Et ici une galerie d'art brut : http://artelier.hautetfort.com/. Deux autres expositions à la MAISON ROUGE, jusqu'au 9 octobre 2005 : "Le méta Jardin" de Gerda Steiner et Jörg Lenzlinger
et surtout à ne pas manquer, "ÉÉN" de Berlinde De Bruyckere
Parfois à pas grand chose. C'est en cherchant à habiller les murs blancs de son atelier, qu'Arnulf Rainer commence sa collection d'art brut qui influencera considérablement son travail. La Maison rouge expose donc jusqu'au 9 octobre 2005 une partie de cette collection, mise en parallèle avec l'oeuvre de Rainer. Le problème de la mise en parallèle, c'est que les oeuvres ne se rencontrent jamais, cela aurait pourtant parfois pu être pertinent.
Cette exposition est la seule du moment (voir le "Meta jardin" et "Eén" ) à respecter la vocation d'origine de la fondation, présenter l'art contemporain par le biais de collections privées. Elle démarre étrangement par les oeuvres de Rainer (qui occupent une bonne moitié de la présentation), je préfère quant à moi commencer par sa collection, puisque, la première question que l'on se pose, est évidemment, c'est quoi "l'art brut" ?
Inventé par Jean Dubuffet en 1945, le concept d'art brut, recouvre l'art fabriqué par des non-professionnels en dehors des normes esthétiques convenues. C'est un art spontané, sans référence à l'histoire de l'art, sans démarche intellectuelle et sans prétention culturelle. La seule influence subit, doit être celle d'une impérieuse nécessité intérieure.
On peut voir que Rainer a une vision beaucoup plus large de l'art brut. Sa collection, contient beaucoup d'oeuvres issues d'hôpitaux pratiquant l'art thérapie (principalement du centre du Dr Navratil à l'hôpital de Klosterneuburg). Mais aussi des oeuvres d'enfant, de prisonniers, des commandes... Quant au travail d'Arnulf Rainer, il ne s'apparente évidemment pas à de l'art brut. Il s'agit d'une appropriation de cet art et principalement, de l'expression de la folie.
La collection d'art brut m'a intéressé, tout simplement parce que je n'en avais jamais vu. Mais après, je ne sais trop quoi en penser... Elle a au moins la qualité de reposer la sempiternelle question : qu'est-ce que de l'art ?
L'oeuvre de Rainer est-elle beaucoup plus troublante et pose beaucoup plus de questions.
En créant se META JARDIN, fait des objets les plus divers et avariés possibles, les suisses Gerda Steiner et Jörg Lenzlinger souhaitaient contrariés l'art et lieu qui les accueille. On peut se demander si l'opération a réussi, les spectateurs eux, ne semblant pas plus que ça perturbés par ce joyeux désordre.
Venez donc faire un tour au jardin...
Sensibles aux questions écologiques, les artistes présentent un jardin futuriste teinté d'une pointe d'ironie. Il s'agit d'une improbable récupération et accumulation de plantes vivantes (mauvaises herbes de l'Orangerie de Versailles ou plantes sophistiquées), de fils électriques, de parapluies percés, d'écrans d'ordinateurs, de cristaux roses, de dinosaures en plastique, de boules de noël, poupée d'enfant...

N'ayez pas peur d'empiéter sur les bordures en gravier ou de déplacer des lianes qui encombrent le passage, vous êtes ici en plein "work in progress" (ça fait tellement chic ! ). L'oeuvre est proposée aux temps, aux vents, aux visiteurs, et une partie de l'intérêt réside justement dans le changement inévitable qu'elle va subire pendant la durée de l'exposition.
"Quelles sont les stratégies qui se développent ? Comment poussent tous ces éléments ? Ensemble ? Les uns contre les autres ? Quelle densité supporte la vie ?"
Rien n'est donc prévu. Avec un été aussi chaud que 2003, tout aurait pu cramer en une semaine. Alors que là, la faune est plutôt luxuriante et prend le pas sur la matière plastique.
Le jardin parait classique dans sa forme. Un banc, un lac, une grotte, des plantes, une fontaine, des allées pour s'y promener... Mais tout est très décalé. La grotte n'est pas en pierre mais en écrans d'ordinateurs, le lac est de l'huile de vidange, la plupart des plantes sont en plastique...
Il y a donc beaucoup de surprises qu'il faut prendre le temps de dénicher, comme dans une chasse aux oeufs de pâques.
Finalement, cette installation, pensée tout spécialement pour le patio de la maison rouge, constitue juste une agréable pause-promenade entre les deux autres très intéressantes expositions du moment. Elle ne provoque pas grande réfléxion sur l'écologie, la nature qui reprend ses droits (voyez plutot à ce sujet "Chassez le naturel..."), le recyclage... Si l'oeuvre se veut dérangeante, ce n'est pas totalement réussi. Certes, elle joue bien sur l'oposition attirant/repoussant, qui semble bien être le fil rouge de ces trois expos, mais après ?
Concentrez-vous donc sur "ÉÉN" de Berlinde De Bruyckere
et sur la collection d'art brut d'Arnulf Rainer,
jusqu'au 09 octobre 2005 à la MAISON ROUGE, Paris 12è.

























