"LES BEAUX DRAPS" de LOUIS FERDINAND CÉLINE (1ere partie)

Publié le par Zoso

LOUIS FERDINAND CÉLINE



LES BEAUX DRAPS

1ere partie

NOUVELLES ÉDITIONS FRANÇAISES
PARIS
Une Production Cigale

À LA CORDE SANS PENDU


Ça y est ! Il paraît que tout change qu’on est maintenant dans les façons, la Rédemption, les bonnes manières, la vraie vertu. Faudra surveiller son langage. Y a des décrets aussi pour ça. Je suis passé en Correctionnelle, faut pas que ça recommence ! Surtout ne dénommons personne ! Rien que des idées générales ! Madame de Broussol en a bien ! née Plumier ! Sardines à l’huile ! pudibondes ! pas à l’eau ! Pernod ! Ah ! Ah ! Je me comprends ! C’est l’astuce ! Parfaitement seul ! Je me donnerai pas ! Je mouille plus du tout, je m’hermétise, je suis bourrelé de mots secrets. Je m’occulte. Et encore tout à fait prudent ! Tout devient des plus épineux. Y a des censeurs, des délateurs dans tous les coins… Je sais plus où me mettre… Châtions, châtions nos expressions !...
La France est bourrique, c’est plein la Commandatur des personnes qui viennent dénoncer… Elles vont au Parquet ensuite… le lendemain elles retournent rue de Rivoli… Au nom de la Patrie toujours ! donner le copain, la copine… comme ça ne perdant pas une minute… Le Fiel est Roi ! Regardez la gueule du trèpe, c’est du long cauchemar en figures. C’est tout obscène par le visage. Parties honteuses remontées au jour. Châtions, châtions nos expressions ! Il n’est que temps Bordel de merde ! On se méfie jamais assez ! Restaurons le respect des chastes, le pleur des [8] vierges, la bave des blèches. Ça va nous redonner la Lorraine ! le Palatinat ! la Pologne ! que sais-je ? l’esprit invincible ! le triomphe ! la gloire de nos armées tordues ! l’esprit sacrifesse ! Ils vont remonter de la Lozère nos petits pioupious, de langue châtiée, avec la duchesse d’Israël, tous les ministres ex-les plus forts, la vraie anisette d’avant guerre, tout ce qu’il y a de terrible “comme avant” !... Ils vont vous retourner tout le bastringue, bouter le Hanovre, puis Munster ! eccetera !... On jonctionnera avec les Russes ! On leur fera un Napoléon ! On ramènera le Kremlin en pots ! Tant mieux ! Tant mieux ! Bougre de Dieu ! Hourra pour nous ! pour la frite ! On déterrera le Charlemagne ! on le rapportera dans un taxi ! Il va nous sauver la vertu, la circonspection, le menuet !
Y en avait pas beaucoup de mon temps des discrétions d’approches et de forme… Bien sûr, ça marchait pas si fort. Nous ne dépassâmes pas Ostende. On peut dire merde et être vainqueur, on peut dire zut et se faire étendre. C’est ça l’atroce ! Y a des preuves et pas des menues. Moi j’ai fait la retraite comme bien d’autres, j’ai pourchassé l’Armée Française de Bezons jusqu’à La Rochelle, j’ai jamais pu la rattraper. Ce fut une course à l’échalote comme on en a pas vu souvent. Je suis parti de Courbevoie au poil, le 13 au matin. Je voulais tout voir ! Cinquième colonne ! Vous m’entendez ! Pris entre deux feux ! Entre les feux et les derrières pour être plus exact !
Je sais pas comment disent les décrets dans des cas semblables. Je suis parti avec des petites filles, je raconterai tout ça bien plus tard, à tête reposée, des “moins de dix jours” et leur grand’mère, dans une toute petite ambulance. J’ai bien protégé leur jeunesse au pire des plus affreux périls. (On dira tout ça sur ma tombe).
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Croyez-moi si vous voulez, on pouvait pas aller plus vite, on a bien fait tout ce qu’on a pu, pour rattraper l’Armée Française, des routes et des routes, des zigs zags, des traites en bolides, toujours elle nous a fait du poivre, jamais elle s’est fait rattraper, l’Armée Française. Y avait du vertige dans ses roues. Ô la retraite à moteur ! Oh ! la prudence priorisée ! Oh ! les gendarmes redevenus hommes ! à la grelottine sauve-qui-peut !
[9] J’ai vu des tanks de 40 tonnes bousculer nos orphelins, nous bazarder dans les colzas pour foncer plus vite au couvert, la foire au cul, orageante ferraille à panique. Charge aux pantoufles ! La tripotée 71 suivie de 40 ans de honte fut un fait d’armes munificient à côté de la dernière voltige. C’est pas des choses qui s’inventent. C’est pas de la vilaine perfidie. On était quinze millions pour voir. Y avait plus besoin de Paris-Soir. Il était déjà en Espagne, lui, qui prétendait tout le contraire ! Il nous avait abandonnés !... Que c’était tout cuit pour Berlin ! Quelle déconvenue ! Il était pas sincère sans doute. Pourtant on était libre alors… Oh ! ça recommencera jamais ! À présent c’est une autre époque ! Y a des bons usages, des sincères, de la vraie vertu, des tickets…
La tricherie est presque impossible, on rédempte et on se sent du Code. Je me sens renouveau rien qu’à me relire. J’ai dix ans.
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Hé ! qu’as-tu fait de ton fusil ?
Il est resté au champ d’Honneur !
Ça devient curieux les soldats quand ça veut plus du tout mourir. Y a quelque chose qui se passe. L’entrain manque. Voyez ces jolis officiers emporter leur armoire à glace… déménager leur plus précieux bien… la petite amie… en torpédo priorisante… on les reverra pas de sitôt… le grand jour des décorations… Un jour de gloire comme les autres… La Terre tourne quand même nom de Dieu !... On nous refera ça au cinéma !... Les Champions du monde de la guerre !... On retournera ça tout autrement !... Vous savez la jolie nageuse qui reculbute sur son tremplin… rejaillit là-haut à l’envers… On refera ça pour l’Armée Française… De Saint-Jean-Pied-de-Port à Narvick… Tout à l’envers… Et ça se passera parfaitement ! Et tout le monde sera bien content. Les vaincus seront de l’autre côté… C’est tout ce qu’on demande… c’est déjà fait !...
— Vous avez pas vu un petit peu… tous les prisonniers qu’on promène ?... qui passent en camion ?...
— De la viande ! Je vous dis ! Des malheureux ! Du bétail !
L’esprit est pour nous !... C’est le principal !
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Regardez-moi ces Ritals… regardez-moi si ça se défend ! à Bardia et puis ailleurs… en plein désert… coupés de tout… contre 200 000 enragés… blockhaus par blockhaus… 25 jours… Je vous demande franchement… Qui dit mieux ? Ils auront peut-être des revers mais faudra drôlement qu’ils se hâtent pour nous surclasser en pétoche… Faudrait qu’ils retraitent depuis Modane jusqu’au Tibre et bien au-delà, faudrait qu’ils arrivent en Sicile à 60 à l’heure, exorbités de panique avec quinze millions de vieillards, femmes, enfants aux trousses, en une foire encore jamais vue, les couches-culottes trempées à tordre de jactance fondue.
C’est pas encore pour demain !... On peut dormir sur nos lauriers !... On est pénards dans un sens.
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C’est drôle à présent c’est la mode d’accabler en tout les civils, c’est les puants, c’est les galeux, c’est eux les infects responsables, les lâches charognards de débâcle. C’est eux, c’est eux, c’est rien que leur pied. Qu’ils s’expliquent un peu ! qu’ils se disculpent ! Pourquoi ils ont eu peur comme ça ?... Pourquoi ils furent pas héroïque ?...
Faudrait peut-être d’abord s’entendre… Qui c’est qui doit défendre la France ? les civils ou les militaires ? Les tanks 20 tonnes ou les vieillards ? Les tordus, les gnières en bas âges, les lardons morveux, les prudents affectés spéciaux, ou les régiments mitrailleurs ? Ah ! C’est pas bien net dans les propos… On arrive pas à bien comprendre. Y a de la confusion, de l’équivoque, on dit pas toute la vérité…
Elle coûtait cher l’Armée Française, 400 milliards pour se sauver, 8 mois de belotes, un mois de déroute… Des impôts en n’en plus finir… Ils ont eu raison les civils de se tailler par tous les moyens. Ils ne voulaient pas mourir non plus. Ils avaient rien à faire en ligne qu’à encombrer les batailles, si bataille il y avait eu… C’était aux militaires d’y être, de ralentir l’envahisseur, de rester mourir là, sur place, la poitrine cambrée face aux Huns, et pas le derrière en escampette. Si ils avaient été moins vite, y aurait eu moins d’embouteillage. On peut comprendre ces choses-là [13] sans passer par l’École de Guerre. L’Armée qui fuit c’est pas convenable, ça propage des vents de panique. De Meuse à Loire c’était qu’un pouet, une foire unanime. Qui qu’a fait la plus grosse diarrhée ? les civils ou les militaires ? C’est pas une raison de pavoiser, d’afficher des souverains mépris, Scipion merde-au-cul-s’en-va-juge ? C’est tout le monde qu’a été malade, malade de bidon, de la jactance, malade de la peur de mourir. Les partout monuments aux morts on fait beaucoup de tort à la guerre. Tout un pays devenu cabot, jocrisses-paysans, tartufes-tanks, qui voulait pas mourir en scène. Au flan oui ! pour reluire ? présent ! Exécuter ?... ! Maldonne !...
Toutes les danseuses qui ratent leurs danses prétendent que c’est leur tutu. Tous les militaires qui flageolent gueulent partout qu’ils sont trop trahis. C’est le coeur qui trahit là de même, c’est jamais que lui qui trahit l’homme. Ils voulaient bien tous jouer la pièce, passer sous les Arcs de Brandebourg, se faire porter dans les Triomphes, couper les bacchantes du vilain, mais pas crever pour la Nation. Ils la connaissent bien la Nation. C’est tout du fumier et consorts. C’est tout des ennemis personnels ! Pardon alors et l’après-guerre ? Qui va en jouir si ce n’est pas nous ? Les canailles démerdes ! Y a que les cons qui clabent ! L’après-guerre c’est le moment le meilleur ! Tout le monde veut en être ! Personne veut du sacrifice. Tout le monde veut du bénéfice. Nougat cent pour cent. Bien sûr y a eu des morts quand même ! des vraies victimes de l’imprudence. C’est rien à côté des millions, des absolus martyrs de l’autre, les calanchés du coeur nature, ceux de 14 à 18. Merde ! On peut dire qu’on les a eus ! Même les carcans de la foutue cerise qu’on peut regretter, honteux de tout, 800 000 qu’on en a butés.
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En somme ça va pas brillamment… Nous voici en draps fort douteux… pourtant c’est pas faute d’optimisme… on en a eu de rudes bâfrées, des avalanches, des vrais cyclones, et les optimistes les meilleurs, tonitruant à toute radio, extatiques en presse, roucouladiers en chansons, foudroyants en Correctionnelle.
Si c’était par la force des mots on serait sûrement Rois du Monde. Personne pourrait nous surpasser question de gueule et d’assurance. Champions du monde en forfanterie, ahuris de publicité, de fatuité stupéfiante, Hercules aux jactances.
Pour le solide : la Maginot ! le Répondant : le Génie de la Race ! Cocorico ! Cocorico ! Le vin flamboye ! On est pas saouls mais on est sûrs ! En file par quatre ! Et que ça recommence !
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Tout de même y a une grosse différence entre 14 et aujourd’hui. L’homme il était encore nature, à présent c’est un tout retors. Le troufion à moustagache il y allait “comptant bon argent” maintenant il est roué comme potence, rusé pitre et sournois et vache, il bluffe, il envoye des défis, il emmerde la terre, il installe, mais pour raquer il est plus là. Il a plus l’âme en face des trous. C’est un ventriloque, c’est du vent. C’est un escroc comme tout le monde. Il est crapule et de naissance, c’est le tartufe prolétarien, la plus pire espèce dégueulasse, le fruit de la civilisation. Il joue le pauvre damné, il l’est plus, il est putain et meneur, donneur fainéant, hypocrite. Le frère suçon du bourgeois. Il se goure de toutes les arnaques, on lui a fait la théorie, il sait pas encore les détails, mais il sait que tout est pourri, qu’il a pas besoin de se tâter, qu’il sera jamais assez canaille pour damer là-dessus le dirigeant, qu’il aura toujours du retard pour se farcir après tant d’autres. C’est de l’opportunisme de voyou, du “tout prendre” et plus rien donner. L’anarchisme à la petite semaine. C’est de la bonne friponnerie moyenne, celle qu’envoye les autres à la guerre, qui fait reculer les bataillons, qui fait du nombril le centre du monde, la retraite des vieux une rigolade, l’ypérite pour tous un bienfait.
[16] Au nom de quoi il se ferait buter le soldat des batailles ? Il veut bien faire le Jacques encore, il a du goût pour la scène, les bravos du cirque, comme tous les dégénérés, mais pour mourir, alors pardon ! il se refuse absolument ! C’est pas dans le contrat d’affranchi. Monsieur se barre à vitesse folle. Que le théâtre brûle il s’en balotte ! C’est pas son business !
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Et puis d’abord c’est général, les chefs veulent pas mourir non plus. Vous remarquerez que les grands despotes, les présidents, les forts ténors, les rois, les princesses, tout ça se déhotte, fonce au couvert, dès que l’aventure tourne aigre, vacille… Foudres d’escampette. Pas un qui paye de sa personne. Sauver la viande c’est le suprême serre. Pendant les plus farouches exhortes, pendant qu’ils affolent au massacre, ils quittent pas leur “Shell” du regard. C’est leur vraie Madone !
Pas si cul de se faire étendre !
De la promesse ! du microphone ! c’est dans le bon jeu ! Tout ce qu’on voudra ! du parfait texte ! Tant que ça pourra ! Pour eux aussi tout est théâtre… Ça fait une fringante ribambelle du Ras Tafari à Reynaud… Combien qui se sont trouvés pâlots sur le moment de payer la note ? Comptez un peu sur vos petits doigts. Et sans doute que c’est pas fini.
Le spectacle est permanent… Qui voulez-vous croire ? Quel tréteau ?
Regardez un petit peu chez nous si Reynaud nous avait causé de la façon belle et suivante :
« Nous vaincrons ! chers patriotes, j’en suis foutrement convaincu ! parce que nous « sommes nous les plus [18] forts ! Tambour ! Tambour ! Bordel sang ! J’en suis tellement « persuadé que je reste avec vous, mes amours ! On la défendra la terre France ! Avec tous « nos os s’il le faut ! La plus merveilleuse, la plus chouette, la plus eccetéra et tout ! Pas un « branquignol qui flageole ! C’est vaincre ou mourir ! On s’embrasse ! On embraye tel quel ! « Et c’est entendu ! C’est moi le patron ! C’est moi l’exemple ! Du sang d’Achille ! Brasier « des coeurs ! Ralliez-vous à mon microphone ! Si un recule vingt centimètres de la Somme au « Rhin je me brûle la pipette ! Illico ! Ici même à mon Louis XIV ! Je survis pas à la honte ! « Je me bute au bureau ! Vous entendez tous, nom de Dieu ! Vous repasserez tous sur mon « cadavre !... C’est plus la peine d’exister dans une France de soldats pourris !... De chiens « croulés ! foireux ! immondes ! partout sous les jupes !... J’en veux plus ! J’ai dit ! Moi le « ministre de la guerre ! Et pour une fois c’est pas du pour de rire ! Sonnez clairons ! Roulez « tambours ! »
Ça ça en serait des Épinals ! Des fresques à reboumer l’Héroïsme ! On serait heureux dans les Manuels !...
Hélas c’est plus ainsi qu’on cause quand on est de Croisade aujourd’hui !
“Shell and Safety !”… and “Safety first !”
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« C’est le mensonge qui nous fit tant de mal ! »
Ô Sophie ! Ce crime ! Ils en ont tous vécu les tantes ! prospérés ! engraissés, bouffis ! reluis à l’extase ! C’est à présent qu’ils se dégoûtent ? Mais ils peuvent pas vivre d’autre chose ! Ils sont foutrement incapables de vendre autre chose que du puant ! leurs lecteurs en voudraient jamais ! Le goût est fait !
De quelles volées d’étrivières faudra-t-il labourer ces chiens pour les guérir des gognos juifs ? pour les redresser à la hauteur d’homme ? À leur affaire qu’au fond des boîtes ! Fouinant, rampants unanimes ! Je veux parler des journaux et des lecteurs et des romans, des radios, du reste. Tout pourri juif et contre youtre, charlatans, canailles et consorts, à la grande curée du cheptel, chiens maçons et lopes associés. Tartufes paysans à triangles, tartufes notaires, grands auteurs.
Mains dans les mains, échanges académiques de merdes, stylisées. Brossage des tatanes en tous genres. « Qui fit une fois les chaussures fera toujours les chaussures. » Que surviennent demain les Tartares, les Valaques, les Ostrogoth, qu’importe le poil, les pointures, les valets seront toujours là ! Y aura qu’à siffler qu’ils accourent avec leur petit matériel :
[20] Adjectifs, raisons en tous genres, brios dialectiques et crachats.
Tout ce qui ne ment pas est honni, traqué, chassé, vomis de haut, haï à mort. C’est le grand secret que l’on cache comment l’on pourrit jour par jour, de plus en plus ingénieusement.
Je vous le dis bande de bâtards, vous êtes plus bons qu’à l’enfer ! Chiures de mensonges ! Critiques d’art ! et ça commence un tout petit peu ! C’est ma gentille consolation. Vous aurez pas besoin de tickets ! Y aura de la torture pour tout le monde ! juifs et larbins ! laboureurs traîtres ! aryens félons ! bicots à lèpre ! tordus mondains ! tous dans le même tas ! la même charogne ! à petit feu !... à grands volcans ! à trombes de vérité ! glaciales à tout pulvériser… à menus linceuls… poudres pâles… souffle de rien…
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En somme la guerre continue, on la fait désormais sans risques, sans armes ni bagages, y en a plus, dans le fond des cinémas… Sur la Meuse y avait plus personne mais au “Tarapout” c’est complet. La guerre des loufes. Ça vesse dans le noir. Ça papillone aux pissotières. C’est suffisant. Héroïsme français cent pour cent. Courage de voyous, de métis, courage de juifs, qui ont plus rien dans le tronc que des fiels, du profit retourné, des rages vaseuses de gonzesses. Qui paye finalement, je vous demande, ces foireuses esclandres ? Les prisonniers tiens c’est fatal ! De ça alors le petit Français s’en fout, pourvu qu’il joue sa comédie. “Le petit cresson, le petit duraille, le petit os terrible client.”
— Dis donc ! Dis donc ! Dis donc ! Hortense ! Ah ! dis donc ! si t’avais vu ça !...
— Quoi donc ? Quoi donc ? mon petit Mimile ?
— Sur le boulevard Magenta !...
— Alors ?... Alors ?...
— Dis donc, un Fritz !
— Ah ! Qui qui nous en débarrassera !...
— Je passe derrière… Dis donc que j’y fais : Vive de Gaulle ! Grosse vache ! Vive de Gaulle !
— Ça alors, dis donc Mimile ! T’es pirate et tout, je veux ! mais alors là, pardon quand même…
— Je les emmerde je te dis ! Je les emmerde !...
— Mimile tu me fais peur !...
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Pourquoi ils se gêneraient les Anglais ? Ils auraient bien tort ! Les Français ils sont tout consentants, ils sont enthousiastes d’être battus, écrabouillés, dépecés vifs… Ça leur fait plaisir… Dakar… Dunkerque… Libreville… Mers-el-Kebir… Fouilly-les-Oies !... Ils peuvent bien prendre tout ce qu’ils veulent ! Vivent les Grandes Banques ! Et vive le Roi ! Les Antilles !... les Indes !… Mendoza !... Pays femelle vénère raclée… l’amour bien cruel… couler toute la flotte française !... On leur fait cadeau !... les Canaries… la Pucelle… Terre-Neuve… Canada !... Ils veulent pas de la Corse ?... Mais voyons !... Ça n’a vraiment pas d’importance !... Pas de géographie !... de la jouissance !... Napoléon ! Fachoda !...
Il suffit que ça leur fasse plaisir ! On se trouve vengés dans notre honneur ! Vive la Reine ! Vive Madame Simpson ! abolir nos cathédrales !... Vive Dieu l’Anglais !... Nous envoyer les choléras, le bouton d’Alep, la fièvre aphteuse, le chancre mou ! Ça nous vengera bien notre honneur !... pourvu que ça emmerde les Allemands !... On souffrira tout ! Ah ! on reluira tant et plus !... C’est du dépit féminin, ça se raisonne plus !... C’est érotique… Si ils voulaient nous bombarder ! c’est ça qui nous ferait bien jouir. Oh ! l’extase alors ! cette transe ! On serait tout heureux comme à Londres !... On irait faire [23] nos queues en cave… C’est ça qui nous vengerait l’Honneur !... Et si ils nous mettait les gaz ?... Du coup alors on se tiendrait plus ! Quelles folles délices ! Quelle jubilation jusqu’aux anges ! C’est là vraiment qu’ils nous aimeraient !... C’est ça qu’emmerderait les Allemands !... On leur ferait des trous dans leurs masques… Ils sauraient pas ce qui leur arrive !... Oh, alors ! alors ça pardon !
Ça serait pas la moitié d’un sport !...
On rigolerait de jour et nuit !...
On serait morts pour la Chambre des Lords de rire sous les gaz hilarants !...
C’est autre chose que des Colonies.
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Il n’est de bosco ni tordu
Qui n’ait un peu le diable au cul
(Dicton)
Washington aimait pas les juifs, mais Roosevelt lui il les aime bien, il est leur homme cent pour cent, il a rien à leur refuser. Il entraîne tout dans la guerre, l’U.S.A., le Continent, la Lune.
Il s’en fout énormément, il jouit, il est d’âge, il s’amuse. Après moi le déluge ! C’est du Louis XV. Ce sera pas long. Je donne pas 20 ans à Broadway que les chèvres y paissent. Vous allez voir cette musique !… Ils se doutent pas les Français comme ça se présente l’Amérique. Ils se font des illusions. 40 millions de blancs bien ivrognes, sous commandement juif, parfaitement dégénérés, d’âme tout au moins, effroyables, et puis 300 millions de métis, en grande partie négroïdes, qui ne demandent qu’à tout abolir. Plus la haine des Jaunes !
On n’a qu’un tout petit peu ouvrir les portes de la Catastrophe vous allez voir cette Corrida ! C’est Carthage en beaucoup plus brute, plus arrogant, plus pourri. Ce genre d’anarchie éperdue ! Le monde sauvé par les frères Marx ! Nous sommes aux dessins animés ! Y aurait de quoi rire en d’autres temps ! Mais comme on se trouve y a de quoi se la mordre ! aux étoiles ! 36 ! 48 ! Toute la boutique ! démocratons ! 36 chandelles !
Félix-le-Canard avec nous !
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La population blanche
en régression
aux Etats-Unis
New-York, le 1er février.
Il résulte d’une étude du bureau des statistiques américain qu’entre 1939 et 1940 les tendances du peuplement des États-Unis se sont complètement bouleversées.
Le dernier recensement démontre que la population blanche de l’Amérique tend à diminuer de 5% tandis qu’au cours de la même période l’augmentation de la population a été de 7 % parmi les hommes de couleur.
les Nouveaux-Temps, 2 février 1941.
Il est prédit que dans cent ans les blancs habiteront à New-York un quartier réservé : les nègres iront voir au Nouvel-Harlem les “pâles” danser la polka.
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Trêve d’Hypocrisie !
Les Français, ils rêvent Ministères…
À quel Ministère ils rêvent ?
Président du conseil. de Gaulle.
Guerre. Reynaud.
Affaires Étrangères. Eden Anthony.
Finances. Personne.
Intérieur. Mandel.
Marine. n’importe quel juif.
Air. le petit sou.
Justice. Marchandeau.
Santé, Famille. le sirop des Vosges Yéyé.
Voies et Transports. Y en a plus.
de la Misère. le Père Noël.
P.T.T. Sainte-Odile.
Informations. Geneviève Tabouis.
Quel est le plus grand politique que la France ait jamais connu depuis Louis XIV ?... Raymond Poincaré ! Celui-là, ils connaissaient nos droits. Il plaidait le dossier de la France l’un dans l’autre tous les huit jours. Avec lui ça périmait pas. Jamais il perdait notre cause, il gagnait toujours.
Si il était vivant ça se serait pas passé comme ça.
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Comme c’est vilain les hypocrites ! Pourquoi ils disent les Français qu’ils ont pas voulu la guerre ? Ils l’ont bel et bien voulue. Ils ont tous été derrière Daladier au moment de la Déclaration, tout autant que derrière Clemenceau, et puis après derrière Mandel et puis encore derrière Reynaud et puis derrière n’importe qui !... Cocorico ! 800 000 affectés spéciaux ! Et tous les écrivains avec ! et tous les journalistes avec ! Voici la simple vérité.
Ils en voulaient pas de la guerre ? C’était bien simple, bien facile, ils avaient qu’à écrire une lettre chacun à leur député, qu’ils en voulaient pas de cette guerre, qu’ils en voulaient à aucun prix, sauf “casus belli” par l’Allemagne. Jamais on l’aurait déclarée.
Ça leur coûtait chacun un franc. C’était vraiment de la bonne dépense et de la bonne démocratie. Je crois qu’on l’a sentie venir cette guerre, qu’on a été des plus prévenus, cent fois, mille fois plus qu’en 14 ! en toute connaissance de la cause ! À l’heure actuelle on serait pépères, dans la bonne vie, heureux et tout. La connerie a été donc faite, sciemment, délibérément, par une bande de cons.
On aurait pas eu de prisonniers. On serait derrière notre belle armée, toujours redoutée, redoutable, derrière notre la Maginot intacte, on attendrait de faire les arbitres, on serait les caïds de l’Europe, adulés, respectés, pelotés, tout.
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Tous les Français sont de gaulistes [sic] à de rares loustiques exceptions. De Gaulle ! ils se pâment. Y a six mois ils entraient en crise quand on leur parlait des Anglais. Ils voulaient tous les refoutre à l’eau. Y en avait plus que pour Ferdonnet. À présent c’est tout pour Albion, par Albion, sous Albion… Qu’est-ce qu’on risque ? Au fond c’est plus qu’une bande de singes, des velléitaires jacassiers, des revendicateurs gâteux. Ils savent plus ce qu’ils veulent sauf se plaindre. Gueuler ! Et c’est marre ! Ça finit par tomber du ciel ! Revendiquez ! Nom de Dieu ! C’est la loi ! Le plus grand condé du monde ! La bonne jérémiade hébraïque comment qu’ils l’ont adoptée ! Vous voulez plus des Anglais ? Râlez !...
Vous voulez plus des patrons ? Râlez !
Vous voulez refaire la Pologne ? Râlez !
La Palestine ? Le Kamtchatka ? Le Bois de Boulogne et la Perse ?
Râlez de plus en plus fort !
En voulez-vous des Pommes de Terre ? de la Lune et du Patchouli ? du triporteur ? de la langouste ? Vous cassez pas la tête… Râlez !
Pour finir la révolution faudrait qu’on leur offre le moulin, la petite crécelle à prières, et que c’est tout écrit dessus, les doléances en noir sur blanc, les espoirs, les exi-[29]gences… comme au Congrès du Lama… Ils tourneraient ça tout en marchant, en processionnant pour que ça tombe… Chacun son petit moulin d’éternelle revendication… ça ferait un barouf effroyable, on pourrait plus penser qu’à eux…
« Je suis l’Homme conscient !... j’ai des droits !... j’ai des droits !... » Rrrrrrrr ! Rrrrrr ! Rrrrr !... « Je suis opprimé !... Je veux tout !... » Rrooouuuu !... RrOOOUUUU !...
Ça serait définitif tel quel… On serait apaisé dans un sens. On pourrait plus placer un mot.
Le Rroooouuuu… éteindrait tout.
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C’est la présence des Allemands qu’est insupportable. Ils sont bien polis, bien convenables. Ils se tiennent comme des boys-scouts. Pourtant on peut pas les piffer… Pourquoi je vous demande ? Ils ont humilié personne… Ils ont repoussé l’armée française qui ne demandait qu’à foutre le camp. Ah ! Si c’était une armée juive, alors comment qu’on l’adulerait !
Supposez une armée youpine, qui vienne mettons d’un peu plus loin… Y aurait rien de trop splendide pour elle ! Que des extases à plus finir ! C’est ça qui manque aux Français la férule du Juif, il veut plus en connaître une autre. Il veut en mourir et content, je vais vous dire comment tout à l’heure. Il est maudit, il est voué. Tout le reste c’est que des paroles.
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Le bourgeois ce qui voit dans de Gaulle, c’est la “Royal Dutch”, ses belles “Suez”. Il se dit voilà un homme placé aux sources de la Vie ! C’est le général de la Fortune ! Il nous remettra tout comme avant. Il nous foutra tout ça aux ordres ! On retouchera ses coupons ! On réaura son plein d’essence, on ressortira les dimanches, on reira aux gueuletons, on rira chier sous les bosquets dans la douceur des airs angevine, et ça sera l’orgueil qui remontera jusqu’aux cieux, de la belle odeur des toutes mieux nourries tripes au monde, chevalières aux Légions d’Honneur.
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Parlons du fameux “rapprochement” tout de suite devenu un alibi, un boeuf magnifique pour les juifs et les francs-maçons.
Tous les autres sont éliminés, à quelques individus près, inoffensifs pauvres maniaques, dont moi-même, agitant marottes et pamphlets, mirlitons, grelots. Aux Youpins seuls les choses sérieuses.
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Parlons des enseignes “maisons juives”. Je connais des goyes qui l’arborent. Leur succès est éclatant. Leur chiffre d’affaires double ! triple ! Triomphe !
À nous les rutabagas ! les graisses de chevaux de bois ! les yeux ronds !
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Si l’on “rapprochait” vraiment il faudrait travailler ensemble, sans fraude, sans chichis, sous discipline, méthodiquement, recréer l’Europe.
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Finie la drôlerie anarchique, les alibis admirables, irréfutables, esbourriffants, magiques, merveilleux à tout sabouler, saloper, rien foutre : “L’occupation… les exactions… les coeurs meurtris… les justes colères… la mort dans l’âme, etc…”
Tartufe patriote c’est quelqu’un !
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La présence des Allemands les vexe ?
Et la présence des juifs alors ?
Plus de juifs que jamais dans les rues, plus de juifs que jamais dans la presse, plus de juifs que jamais au Barreau, plus de juifs que jamais en Sorbonne, plus de juifs que jamais en Médecine, plus de juifs que jamais au Théâtre, à l’Opéra, au Français, dans l’industrie, dans les Banques. Paris, la France plus que jamais, livrés aux maçons et aux juifs plus insolents que jamais. Plus de Loges que jamais en coulisse, et plus actives que jamais. Tout ça plus décidé que jamais à ne jamais céder un pouce de ses Fermes, de ses Privilèges de traite des blancs par guerre et paix jusqu’au dernier soubresaut du dernier paumé d’indigène. Et les Français sont bien contents, parfaitement d’accord, enthousiastes.
Une telle connerie dépasse l’homme. Une hébétude si fantastique démasque un instinct de mort, une pesanteur au charnier, une perversion mutilante que rien ne saurait expliquer sinon que les temps sont venus, que le Diable nous appréhende, que le Destin s’accomplit.
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Comment c’est fait l’opinion ? C’est bien simple, c’est fait à Paris. Un Parisien comment c’est fait ? C’est bien simple ça vient de la campagne. Ça vous arrive un beau matin, en petite valise, wagon pommes. Voici l’homme sur le pavé. Le Juif est là qui l’attend, avec sa presse, sa radio. Il va rendre Bidasse parisien, Bidasse éberlué est tout mûr. En avant les génials slogans ! Tout trou du cul de vache au village voici Bidasse promu quelqu’un sur l’asphalte de la Ville Lumière, passé l’objet d’une affection, d’une sollicitude passionnée de toutes les minutes. Il a un “goût” qu’on lui décrète, un flair ! une délicatesse !
Un génie personnel inné ! que c’est le joyau de la planète ! qu’on lui affirme, qu’on lui déclare, par éditions extra-spéciales, en immenses titres, à feux de Bengale, à tout néon ! qu’il en est bouleversé d’autor, déluré, cascadeur et tout. En huit jours il se reconnaît plus. Un vertige d’intelligence ! Le chef-d’oeuvre des 22 siècles ! C’est lui l’unique et pas un autre ! Tout des sauvages partout ailleurs ! Des gens qui n’existent pas… des pays de minables et d’affreux, des queues-dans-le-dos !... “Sa Pomme” est d’avis ! positif ! Avantageux comme Boccador ! Apothéose des quintessences, Français moyen, chouchou des dons rarissimes, le Prince des forces et des astuces ! l’on-ne-fait-pas-mieux-de-Dol-à-Pékin ! C’est plus que de [35] le faire boire un peu, de l’étourdir au cinéma, de le faire passer aux Folies, qu’il se déprave éperdu Grand Luxe, qu’il se damne aux nénés-sortilèges, aux mirages de hautes priaperies, le voilà tout gâteux à fondre, déconnant le nord pour midi, la droite pour la gauche… Il a oublié son clocheton, son pissenlit, sa chèvre borgne, il est perdu. Rupture des labours. Paysan renié par ses vaches. Même pauvre à bouffer du rat, c’est lui le plus fort armé du monde ! délirant à plein univers ! il défie la Terre ! l’Amérique ! il lance des cartels au Zénith ! il a des canons pour la Lune ! il la traverse aller et retour !
Il est plus comparable à rien, il est plus montrable, plus sortable, plus écoutable sans rougir. Voici l’homme fou à ligoter, citoyen grisé de conneries qu’a perdu tout sens du ridicule. Il sait plus ce qu’il fait, ce qu’il ne fait pas. Il a plus que des velléités, des ébauches, des bribes, il sait plus rien entreprendre, il comprend plus rien. Il a perdu ses racines. Il est l’homme des publicités, rincé, délavé, chiffe crâneuse. Il va où sa connerie le pousse, où le juif lui souffle les slogans.
Pour tenir la France en haleine, c’est pas fort : faites reluire Bidasse, mariole, hargneux, ricanier. La faraude opinion française c’est la laide Symbiose Bidasse-Youtre.
Bidasse de plus en plus décevant, fourbu, branlé, équivoque.
Voici longtemps que ça fonctionne, que Tabarin attend Bidasse pour lui monter le bourrichon, lui en mettre plein les carreaux, pour l’hypnotiser à mort, à son débarquer de la campagne. Déjà en 1580, Tabarin sur le pont Neuf attendait les gars.
La France crève de ses croquants snobs, mobiliers bois de rose, “trousers”, vernos sur “oeils de perdrix”.
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Essayez de comprendre ce qu’ils veulent ? Ils veulent quoi ?... Ils en savent rien ! Les radicaux ? La monarchie ? Le retour “comme avant” ? La Sociale ? Les Phalanstères ? La guerre civile électorale ? Alexandre Dumas Dictateur ? Le Comité Mascuraud ? Léon Blum ? Reynaud ? Les Jésuites ? La Proportionnelle ? Les Jeux de Loto ? Le grand Mogol ? Ils veulent quoi ? Ils savent pas eux-mêmes… Ils ont tout salopé, pourri, dégueulé à tort et à travers, tout ce qu’ils toucheront sera de même, dégueulasse, ordure en deux jours.
Ils veulent rester carnes, débraillés, pagayeux, biberonneux, c’est tout. Ils ont pas un autre programme. Ils veulent revendiquer partout, en tout et sur tout et puis c’est marre. C’est des débris qu’ont des droits. Un pays ça finit en “droits”, en droit suprêmes, en droits à rien, en droits à tout, en droits de jaloux, en droits de famine, en droits de vent.
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À nous deux !
RASTIGNAC
Mais faut pas oublier l’Élite ! Elle existe ! Bordel ! Elle existe ! D’où qu’elle vient celle-là ? Elle vient de son village de même. Elle arrive se faire consacrer… Humer l’atmosphère parisienne… la sophistication des choses, l’astuce, l’entendu raffiné… l’élégance qui s’improvise pas… Comment c’est la consécration ? C’est la maîtrise de faire : peutt ! peutt !... C’est pas si simple que ça a l’air… C’est toute une carrière, des épreuves… Faut d’abord aller à l’école. Sauter dans le bachot…
La navigation commence !... Passer les éliminatoires… S’y reconnaître en géographie… en algèbre… en agronomie… se faire injecter les Pandectes… La Science Politique… Apprendre au poil l’Histoire de France bien juive et maçonne et pourrie, bien faisandée, bien contrefaite… Sortir de tout ça licencié… Déjà bien vache en petites lumières, babillard du pour et du contre… Le rudiment de la muflerie… le scepticisme élémentaire… le coeur déjà pas très vaillant de race épargnante et salope, se le racornir encore un peu… se le ratatiner forme bourse qu’il tinte vraiment plus que pour les sous… grâce à l’instruction frigidante, rationnelle et papyracée… Voici l’adolescent d’élite au point pour les cent mille profits, bien défendu contre sa jeunesse, contre les emballements de son âge… [38] ayant bien retenu la morale de papa-maman… l’horreur des spontanéités… le déshonneur du sacrifice…
Voici l’adolescent d’élite à point pour les cent mille profits… petit wagon pommes première classe… villageois snob montaignisé… cent fois plus avide que son père qu’était pourtant un fameux crabe… qui laissait pas grand’chose sur l’os… Voici fiston reniflant la ville… Dents longues, ficelle, yeux faux-fuyants. Il va entrer dans les relations, il va fréquenter les salons, la Loge des “Hirsutes réunis” (affiliée Brith-Brith), deux, trois bars en vogue. C’est lancé ! Là alors c’est du vrai peutt ! peutt ! la Mode, la Couture, les Artistes ! Ah ! vraiment des gens de vertige ! qu’ont le coeur qui bat plus du tout sauf un petit peu pour la “Persic” et deux, trois “toc” pour la partouze quand c’est la fête d’un grand Fermier qu’on n’enfile que des Agentes de Change ! Oh, c’est le plain-pied du Sublime ! on fonce au sein du raffinement ! avec tout confort capiteux, parfums ambrés, chochottes menues, menottes d’Orfèvres ! Hammam, Ambassades, eau chaude, poils d’S.D.N… On suce des secrets redoutables… Quels prolongements ! Il en reste tout miraut le pote… Il sait plus où mettre son affaire… Il parle plus de sa sous-préfecture… Il bulle quand il pense au grand monde… aux portes d’Or que ça lui ouvre… à sa culture évasive… à la façon qu’il s’affranchit… qu’il
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surpasse à présent papa… Il pense plus qu’International… les “critériums de la valeur”… “l’abjection des crasseux profanes”…
Trusts des cerveaux !... Barbares qui conçoivent mal les choses ! petits cassis vils purotins… trusts des esprits… Le sien tout de suite !... Et les affres de Mr Benda ? Du coup alors il participe ! pour le juif jamais trop de voeux, jamais trop de tendres alarmes, de révérences, de genoux fléchis… Encore deux trois devoirs en Loge… quelques bonnes notes du Vénérable… fiston débouche en pleine élite… Il escalade deux trois salons… mais faut pas qu’il s’en trouve ébaubi !... Penaud qu’il oublie son “peutt ! peutt !” au moment convenable !... Catastrophe ! défrise les génies qu’il fréquente !... les princesses de la distinction… Sarah Barbizol-Cudégonde née Schwob-Arzincourt et l’éblouissant Durand-Kahn qui est Montaigne actuel en [39] Sorbonne… qu’est si sceptique qu’il en dort plus… qu’est un tel trésor casuistique qu’il fait de la merde mangeant du pain !... Que tout le monde en reste ébloui… Que ça fait des thèses mémorables dès qu’une seule lui sort au derrière… Voilà comment ça marche l’élite !... Le petit pote faut pas qu’il s’endorme, il serait dépecé par la meute… On fréquente ou on ne fréquente pas ! Ah ! Ah ! Attention ! C’est du “peutt peutt !” ou la mort ! Peutt ! Peutt ! en mépris mi-dégoût avec un quart sourire blasé pour tout ce qui n’est pas merde juive… C’est tout plein de nuances tout ça aussi… faut pas abuser des babines… On est à la cour à Mammon, à la cour du grand Caca d’or ! On décourage les importuns… Le courtisan joue les babines. Certes ! pas trop n’en faut !... à bon escient !... C’est la fonction, le privilège, la fière défense du Tabouret. Il serait éminent aux Finances, de tout premier ordre aux Phosphates, bouleversant aux élevages de Porcs, de haute puissance dans les Betteraves, il serait Michel-Ange en culottes, ça lui servirait pas grand’chose si il sait pas faire les “peutt ! peutt !” Ô l’impitoyable exclusive, l’ordalie féroce !
Et comme ça se fait les peutt ! peutt !? Ça se fait en relevant les babines à propos de rien et de tout. C’est une façon de chier par la bouche sur n’importe quoi on vous présente… peutt ! peutt !... du moment que c’est pas timbré youp, de précieux caca sémitique. Mais alors attention les cuivres ! les superlatifs ! toute la pompe ! si c’est du théâtre d’intentions… du fin sel de yite cabaret… négroïde frondeur contre aryen, à sens unique… du journal qui ne veut rien dire mais qu’est plein de soupirs qu’en disent long… et de photos de vrais amis… On se comprend !... Bravo le bon juif provençal ! tout rond et l’acceng ! dix-huit fois ! vingt-cinq fois français ! et quel talent ! Deux cent cinquante fois plus que vous !... Le serre au Goncourt qu’arrive pile ! mais voyons !... Conseil de réforme assuré ! naturellement ! Et le ballet à l’Opéra ?... Et le dernier bon ton de vaseline !... Ah ! C’est le roman de l’Exilé… C’est le ragot ministériel… C’est Tout-Vichy… Oh ! mais les basses… Attention !... [40] flairez l’embûche ! Gafez ! Reniflez de très loin !... Téléphonez rue Cadet… au nouveau maçon S.V.P. de l’autre côté du Petit Palais… Renseignez-vous et allez-y ! C’est la raillerie, le scepticisme, l’arétin mépris supérieur… qui vous efface d’une seule babine tout ce qui n’est relent youpin, mijotant fumier de Secret…
Certain ? alors allez-y carrément ! Relevez, retroussez babines !... Prononcez-vous gaillardement !... Relevez ! relevez ! peutt ! peutt ! babines !... Vous êtes dans le ton ! la voie royale ! vous allez franchir d’un seul coup trois échelons, trois marches du temple ! les douze cercueils de votre Loge ! Votre avenir est presque juif ! Suffit pour ça d’une seule babine ! placée au moment optima !... On vous épie… on vous surveille… cent fois reprenez l’exercice, cent fois que dis-je ? mille, cent fois mille ! et rebabine ! rebabinez !
C’est tout l’enjeu de votre vie ! Vous êtes pas de race larbine pour rien… ça serait malheureux à votre âge ! Allez-y ! blasé… averti… fripez le nez un tout petit peu… comme ça… les narines… culturel… qu’est au courant du fin des choses… sceptique en somme… même agacé… dodelinez s’il le faut… dédaignez beaucoup… dédaignez !... le malfrin baveux… l’essoufflé truand juste français… votre double… Ah ! l’enflure, où qu’il s’avance ?
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Il est né ici simplement ? Il est pas marié à Rachel ? Il est pas degré bleu quelque part ? Ah ! le crime ! alors pardon ! étranglez-moi ça ! Une corde ! Ratatinez-moi ce cochon ! Tout ce qu’il peut tenter l’incongru mais c’est de l’ordure ! et puis pas même ! C’est même pas la peine de regarder ! C’est tout cuit ! C’est de la fiente d’avance ! À l’hallali mes sournois frères ! curée ! curée ! Vous gênez pas ! La Veuve arme nos bras vengeurs ! Hurlez d’horreur ! Et tous ensemble ! Ravagez-moi cette engeance ! que rien vous arrête ! Faites-en de la gadouille ! Une bouze verte ! C’est que votre frère à esquinter ? C’est là votre devoir de Français ou vous comprendrez jamais rien ! C’est ça le vrai patriotisme et la libération humaine ! Deux pierres d’un coup ! Dix pierres d’un coup ! le tombereau ! Qu’il en ressorte plus ! Ah ! surtout point de méprise ! L’oeil et le bon ! Une bonne carrière tient qu’à un fil ! Allez pas écrire [41] que ça vaut si c’est pas un homme des occultes !... Vous seriez puant pour toujours !... Ostracisé tout net à mort ! Sans pardon possible ! Ça c’est bien plus grave que de l’inceste ! « A trouvé de l’indigène fort bon » ! Je dis pas meilleur que du juif ! C’est proprement impensable !... C’est du crime pas imaginable !... C’est du hors la nature française… Ils pourraient jamais s’y résoudre. Ils en crèveraient là net sur place… d’horreur, d’oubli de dénigrement… Pas éreinter son frère de race ?... Mais ça se serait jamais connu ! Ça serait vraiment la fin de la France !... Oh ! Attention pour les babines ! Oh ! que ce soit correct et prompt ! indubitable, tout répulsif. Ah ! relisez donc mes critiques. Vous allez vous régaler encore ce coup-ci, pour ne citer que mon petit cas… peutt ! peutt !... et peutt ! peutt ! enragé !...
Ça c’est du chaud travail d’ensemble !... des vraies leçons exactes pour tout le monde !... Ce qu’il faut dire… et ne dire pas… apprécier… mordre… salir… conchier… Y a qu’à prendre le ton et puis suivre… Alors vous voguerez sur les velours, plein les nougats, distendu, pétant de réussite ! Ça vous empêchera pas d’être nul, mais vous aurez l’autorité, et personne vous doublera plus. Vous entrerez au conseil d’Ordre. Prenez-moi au mot, petite tête. C’est vous qui jugerez tous les autres, une fois pour toutes et tout caïd, vous serez du côté du vainqueur, en politique, art, ou finance, un éminent de la babine, un vrai redouté peutt-peutteux. Vous ferez la pluie et le beau temps au “Tatersaal” comme au “Croissant”.
« Que sçouais-je ? » Je sçouais que c’est « juivre ou mourir ! »… d’instinct alors et intraitable ! dès que vous reniflerez du français ! Vous êtes au point ? C’est admirable !
À vous les places superchoisies, les postes d’élite, les téléphones supersecrets, les indéracinables planques, les gâteaux, les vraies toisons d’or, que vous arriviez de vos Brouzarches, de vos Conches-sur-Eure, des fonds de vos Creuses, encore plein de paille au cul et fouasse, la nuque encore tout élastique, le front tout prêt des siècles de joug, ça fait rien, vous serez reconnu maître, rude chef d’élite et [42] transcendant, de la façon que vous ferez peutt ! peutt ! Que tout ce qu’est aryen vous excède que tout ce qu’est pas juif vous empourpre de honte et d’horreur, que c’est instantané chez vous, qu’on a pas besoin de vous prier, qu’on a jamais pu vous surprendre d’avoir autre chose que des renvois dès que vous reniflez que c’est pas juif. La difficulté vous stimule, même dans le folklore, vous retrouverez immédiatement tout plein de youpins.
C’est le diable si vous êtes pas poète avec des facultés comme ça ! Quel avenir mon joli garçon ! Quel peutt-peutteux considérable ! Écrivez à la N.R.F. ! Une sérosité pâle vous sourd, une mucosité blême exsude, s’étend fragile sur deux cents pages. L’effort divin est accompli ! Un immense écrivain de plus !...
Le coeur bien ralenti s’arrête. C’est plus qu’un petit cuir bien prudent, avec sa petite poche pour ses fiches. Comme çà vous aurez plus d’ennuis. Vous aurez plus d’ennuis. Vous aurez plus qu’à enregistrer de nouveaux triomphes, vous taire, de condés en condés, épouser l’héritière convenante, la mieux affiliée, vous faire saluer au restaurant.
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Voguez, voguez petit bonhomme ! vous aurez tous les vents pour vous ! Bordel pavoisez votre toile, épanouie arrogante aux mers ! Sans vous émoustillez bien sûr, cela ferait du tort à votre peutt-peutt… Vous n’auriez plus l’air britannique… Le flegme ! Le flegme du puissant !... En plein calme comme il vous est dû… comme il vous sied à ravir… nonchalamment à la coupée… laissez venir…
Vous convolerez calmement… vous copulerez calmement… vous irez gentiment au Sphynx… vous aurez des petits enfants calmes sans imprévu… sans avatars… toujours tout ça grâce au peutt-peutt… en sillon juif…
Vous en serez de la vraie élite, choyé, gavé, préservé, tout… C’est l’essentiel dès que l’on songe, que l’on réfléchit un petit peutt !...
La vie est courte, crevante, féroce, pourquoi hors peutt-peutt s’emmerder ? À quoi ça ressemble je vous le demande ! malheur aux ignares voilà tout ! Se casser le cul pour des clopinettes ? pour des rédemptions fantastiques ? [43] des croisades à dormir debout ? quand c’est si facile de se défendre, de parvenir par la babine à port sûr, ravissant, fameux…
Certes faut être fumier de très bonne heure, faut que la famille s’en occupe, autrement ça se développe moins bien, c’est une question de premier âge, en plus d’heureuse hérédité, la bonne étoile c’est d’être bien né, sous des parents qui comprennent. Ça s’ensemence la vermine, ça se cultive tiède, à l’ombre, ça prolifère, c’est heureux, plus heureux foutrement que l’aigle qui croise là-haut dans les tempêtes.
La vermine quel avenir immense ! raisonnable ! coup sûr ! Les aigles il en reste presque plus !
Par Hiram bordel ! la Terre tourne ! Elle contient plus de mauvais que de bon ! Les jeux sont faits !
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Je connais le plus honnête homme de France. Il se donne un mal ! Il se dépense ! Il est maître d’école à Surcy, à Surcy-sur-Loing. Il est heureux qu’au sacrifice, inépuisable en charité. C’est un saint laïque on peut le dire, même pour sa famille il regarde, pourvu que l’étranger soit secouru, les victimes des oppressions, les persécutés politiques, les martyrs de la Lumière. Il se donne un mal ! Il se dépense ! Pour les paysans qui l’entourent c’est un modèle d’abnégation, d’effort sans cesse vers le bien, vers le mieux de la communauté.
Secrétaire à la Mairie, il ne connaît ni dimanche ni fête. Toujours sur la brèche. Et un libre d’esprit s’il en fut, pas haineux pour le curé, respectueux des ferveurs sincères. Faut le voir à la tâche ! Finie l’école… à la Mairie !... en bicyclette et sous la pluie… été comme hiver !... vingt-cinq, trente lettres à répondre !... L’État civil à mettre à jour… Tenir encore trois gros registres… Les examens à faire passer… et les réponses aux Inspecteurs… C’est lui qui fait tout pour le Maire… toutes les réceptions… la paperasse… Et tout ça on peut dire à l’oeil… C’est l’abnégation en personne… Excellent tout dévoué papa, pourtant il prive presque ses enfants pour jamais refuser aux collectes… Secours de ci… au Secours de là… que ça n’en finit vraiment pas… À chaque collecte [45] on le tape… Il est bonnard à tous les coups… Tout son petit argent de poche y passe… Il fume plus depuis quinze ans… Il attend pas que les autres se fendent… Ah ! pardon ! pas lui !... Au sacrifice toujours premier !... C’est pour les héros de la mer Jaune… pour les bridés du Kamtchatka… les bouleversés de la Louisiane… les encampés de la Calédonie… les mutins mormons d’Hanoï… les arménites radicaux de Smyrne… les empalés coptes de Boston… les Polichinels caves d’Ostende… n’importe où pourvu que ça souffre ! Y a toujours des persécutés qui se font sacrifier quelque part sur cette Boue ronde, il attend que ça pour saigner mon brave ami dans son coeur d’or… Il peut plus donner ? Il se démanche ! Il emmerde le Ciel et la Terre pour qu’on extraye son prisonnier, un coolie vert dynamiteur qu’est le bas martyr des nippons… Il peut plus dormir il décolle… Il est partout pour ce petit-là… Il saute à la Préfecture... Il va réveiller sa Loge… Il sort du lit son Vénérable… Il prive sa famille de 35 francs… on peut bien le dire du nécessaire… pour faire qu’un saut à Paris… le temps de relancer un autre preux… qu’est là-bas au fond des bureaux… qu’est tout aussi embrasé que lui question la tyrannie nippone… Ils vont entreprendre une action… Il faudra encore 500 balles… Il faut des tracts !… Il faut ce qu’il faut !… On prendra sur la nourriture… il compte plus ses kilos perdus… Il rentre au bercail… il repasse à l’action… prélude par une série de causeries… qui le font très mal voir des notables… Il va se faire révoquer un jour… Il court à la paille… En classe il souffre pour ne rien dire… Tout de même il est plein d’allusions surtout pendant l’Histoire de France…
Il leur fait voir que c’est pas rose aux mômes de la ferme à Bouchut d’être comme ça là, d’ânonner sur les preuves de 4 et 4, 8… et les turpitudes de Louis XVI pendant que peut-être




La 2eme partie du pamphlet de Céline "LES BEAUX DRAPS"

se trouve ICI

 

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moi 21/12/2010 01:15



Pareil ! Lu tous les romans de Céline et désespérais de jamais pouvoir lire les pamphlets !!!


Merci merci merci !


Céline est le génie de la littérature du 20e siècle !



laurent 27/07/2007 04:27

je suis carrement emu d enfin trouve ces titres la je ne pensais pas les trouve !! j ai lu toute son oeuvre :) JE peut t aider si tu veut approfondire ta connaissance sur LFC mon prof que j avais a l institut national de formation des libraires david alliot est un grand specialiste sur celine a ecrit plusieurs livres sur lui contact l ecole pour avoir ses coordonnes:)

Marie B. 05/04/2006 13:03

La première oui, mais pour le reste il va me falloir plus de temps...Ce qu'il y a c'est cette manière d'écrire, je dévore...

zoso 04/04/2006 23:03

La suite arrive, ainsi que les autres pamphlets....

Zoso 04/04/2006 23:44

Tu n'as tout de même pas déjà tout lu ?

Marie B. 04/04/2006 20:07

J'ai cliqué sur ICI, pour la deuxième partie, ça n'a pas fonctionné...buuuu