"LES BEAUX DRAPS" de LOUIS FERDINAND CÉLINE (3eme partie)

Publié le par Zoso

 

LOUIS FERDINAND CÉLINE



LES BEAUX DRAPS

3 eme partie

Le Communisme c’est le grand dada, c’est le grand cheval de bataille du juif.
Une seule façon de nous en sortir : lui secouer sa cavale, sauter dessus nous autres, on peut bien.
Le bluffeur juif, sale con, fainéant, il saura même pas quoi en faire du communisme quand il l’aura. Il salopera, bouzillera tout. Il pourra pas s’en empêcher, c’est sa nature. Justice sociale pour le juif ? Lui le faisan, le Pharaon, le jeteur de poudre, le maquereau-né de l’Univers, l’hystérique satrape rebut de l’Orient, le bâtard de toutes les mystiques, l’incapable de tous les métiers, le parasite de tous les temps, l’imposteur de tous les trafics, le malagauffre tourné canaille ? C’est ça l’homme nouveau ? Ah pardon ! Ça serait drôle, ça serait un miracle, ça serait la première fois au monde qu’on verrait le juif sortir des phrases, des saloperies, des complots, pour se replier au rang commun, au tapin, réguler, correct, marner comme tout le monde, à égalité. Alors ça jamais ! Ça n’existe pas ! C’est tout le contraire de sa nature ! Chié par Moïse il tient son rang de caque supraluxe, copain qu’avec les autres chiés, en Moïse, en l’Éternel ! Il est que pourri, pourrissant. Il a qu’une chose d’authentique au fond de sa substance d’ordure, c’est sa haine pour nous, son mépris, sa rage à nous faire crouler, toujours plus bas en fosse com-[82]mune. Qu’est-ce qu’il attend du communisme ? De nous cintrer encore plus étroit, nous garrotter d’encore plus près dans la prison juive.
Tous ouvriers, oui, mais sous lui ! Et pour quoi faire ? Sas caprices, tiens ! sa fantaisie, son apothéose de faux nègre. Y a du Louverture dans chaque juif, je les expédierais tous là-bas, moi, à Saint-Domingue, Caraïbes, ça serait un bon climat pour eux, ils verraient aux îles ce que ça donne, le communisme entre cousins, puisqu’ils veulent plus de la Palestine.
Si y avait encore un peu de moelle au fond de la carcasse des Français, ça serait le moment d’essayer, absolument entre nous, ici même, le fameux gri-gri communiste, la panacée universelle, avant que les juifs nous l’infligent, sans nous demander notre avis, pour leur triomphe et notre supplice. Ça serait prudence élémentaire, les juifs absolument exclus, autrement c’est la catastrophe, c’est la culbute aux abîmes, au reptilarium Kabalique, aux gouffres de l’arrière-pensée.
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Bouffer du juif1 ça ne suffit pas, je le dis bien, ça tourne en rond, en rigolade, une façon de battre du tambour si on saisit pas leurs ficelles, qu’on les étrangle pas avec. Voilà le travail, voilà l’homme. Tout le reste c’est du rabâchis, ça vous écoeure tous les journaux, dits farouchement antisémites, qu’est-ce qu’ils cherchent au fond ? On se demande. Qu’est-ce qu’ils veulent ? la place des youpins ? Carrer là-dedans leurs chères personnes ? C’est mince comme programme. Celui qui profite d’une idée c’est déjà une sacrée salope, je veux pas croire qu’ils sont ainsi. Dans tous les cas, point de méprise, la façon qu’ils jouent de la trompette, ils peuvent s’essouffler sur ce ton, pendant des décades et des siècles, ça fera pas naître un enthousiasme dans la masse française, avancer la question d’un poil. Le Français d’abord il s’en fout, il pense au charbon, au malheur, à son charbon, à son malheur personnel, à son petit charbon à lui, à rien d’autre, le reste il s’en fout, c’est des idées, il en veut pas. Il a froid, il est gercé. Tous ces journaux préchi-précheurs ils en sont optimistes. Il faut ça pour un journal, c’est la tenue d’ordonnance, c’est la posture traditionnelle, c’est le ronron rotatif. Faut avoir l’air d’être sûr [84] de soi. De voir des étoiles dans la nuit. Quelle crampe par les temps qui courent !... Faut qu’ils déconnent, qu’ils se donnent, faut pas qu’ils se détendent une minute… C’est de la bulle, ça s’évapore… Faut pas qu’ils se marrent, ils se feraient crocher… C’est de la bulle, ça monte… la masse elle regarde, elle regarde tout, mais elle a pas envie de monter, elle redoute de se casser la gueule.
Ils sont cocasses les canards, ils se grattent un petit peu… Ça ne suit pas !... Ils sont emmerdés… Voilà des mois qu’ils essayent de faire tressaillir la viande froide… de Gaulle il en verrait des dures si il arrivait par ici !... Il se doute pas ce que c’est frigide l’enthousiasme français !... Il serait écoeuré en moins de deux… Elle est morte Adèle, elle bouge plus… Qu’est-ce qu’elle veut Adèle ?... de la Patrie ? des bas morceaux ?... de la candeur ?... du naturel ?... de l’ordre moral ?... des anathèmes ?... des souscriptions ?... de la violence ?... ou des papouilles ?... des grands procès ?... des grands poètes ?... Ah ! la vache on la comprend plus… elle fait la queue, elle râle à mort… elle rentre chez elle, elle râle encore… C’est “Revendication” qu’elle a… jusqu’au tréfonds de la molécule de la pinéale du trognon… Rien ne la passionne que de râler… et puis le marché noir… où qu’on a du beurre ? des bernots ? des patates ? au Bureau de Tabac !... que la Buraliste est de Coutance, qu’elle a vu des soldats allemands, pas elle, mais sa nièce, un trop horrible vraiment spectacle, qu’étaient noyés debout dans la mer, qu’arrivaient comme ça jusqu’au bord, à cause de leurs bottes, remplies d’eau.
1 J’entends par juif, tout homme qui compte parmi ses grands-parents un juif, un seul !
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Ça dépasse pas ça. C’est triste. Les journaux de choc ils se ravalent, ils s’arrachent les touffes, de malaise, de se voir comme ça en quarantaine, déprisés par les masses françaises. Comme ils sont assez crânouilleux ça les fait pas réfléchir ces sourciers de la politique, ils sont pas capables. Ils ont un dada, ils s’y tiennent, ils sont là-haut, ils caracolent, ils voient pas ce qui se passe aux pavés. Qu’ils vont tout prendre dans la gueule en affreuses tornades un de ces jours. Faut pas être un grand astrologue pour présager des choses pareilles. Dans le mou, dans le vide, ils continuent, toute leur carrière en dépend, les juifs par-ci ! [85] les loges par-là !... Mais ça l’intéresse pas le public !... Comme on dirait de moins en moins ! Ils bravent alors l’adversité, ils hurlent à contre courant, ils ameutent le souscripteur… « Le mouvement prend de plus en plus d’ampleur… passionne de plus en plus nos foules… les villes, les campagnes… nos masses entrent en effervescence ! elles exigent la mort des maçons !... des youpins ! de leurs créatures ! qu’ont mis la France dans cet état ! Dans cette position trop atroce !... Dans ces draps infâmes !... »
Mais c’est pas vrai ! les arracheurs ! les masses elles demandent rien du tout, elles gueuleraient plutôt « Vivent les Juifs ! » qui savent bien mieux promettre la Lune. Ça fait rien, qu’ils disent nos apôtres, faut pas rester sur des échecs, faut pas avoir l’âme de vaincu, un journal c’est fait pour tourner, c’est une feuille d’espoir qui se vend, qui ne fait de mal à personne, hurlons Noël, il arrivera ! C’est du Coué à la petite semaine. Ça serait peut-être honnête de se rendre compte…
Le peuple il est pas anti-juif, il est judéophage, il veut bouffer que du bourgeois, du bourgeois qu’il connaît bien, son idéal, son modèle, son patron direct, qu’est du même chef-lieu de canton, du même bled, du même village, qui parle son patois si possible, son frère français qu’a réussi, il est fratrophage, le Français, pas mangeur de juif pour un sou. Le juif il est pas en question, l’antisémitisme c’est un blase, l’invention canaille des bourgeois et de leurs suppôts pour dériver le pauvre peuple, ses trop légitimes fureurs sur un innocent. Mais le peuple ne marchera pas, il sait trop bien à quoi s’en tenir ! il est éclairé ! « Le Juif est un homme méritant, c’est un homme à épargner, c’est un homme persécuté par le capitalisme nazi, un homme qu’on essaye de salir avec ses balivernes racistes, l’anti-juif c’est un cagoulard, un ennemi du prolétariat, un fasciste larbin des patrons, des gros, des trusts, des Wendel. »
Et puis voilà, et puis c’est tout.
On retourne à la question des ronds. La grande question des temps qui courent. Le juif il est mystérieux, il a des façons étrangères, il est international, il joue la misère, il a [86] son pognon pas visible, il a plus ou moins un accent, et donc du prestige, tandis qu’Arsène le frère de lait qu’a réussi comme passementier, “Jerseys, macramés en tous genres” qu’est né dans la rue des Bézives, trois maisons après la Poste, parlez-moi de celui-là comme salope ! qui se carre à présent en bagnole, qu’a sa villa à la mer, qu’a une bonne pour ses deux enfants, voilà un qu’est intolérable ! la vraie charogne à abolir ! Moi j’y vois pas d’inconvénient. Vous en voulez du communisme ? Youp ! Laridon ! Servez chaud ! Vous serez fatigués avant moi ! Je vais pas défendre Arsène bourgeois, crougnotteux, dégueulasse, néo-youtre, tartufe, bas “peutt-peutt”. Jamais ! Effacez-moi cette infection ! Son exemple empoisonne tout. Ça devrait être fait depuis longtemps. Ni Caliban, ni Ariel, c’est un fumier où rien ne pousse. Aryen pourri vaut pas mieux que juif, peut-être un peu mois.
Tout ça nous avance pas bezef… que faire du Lion populaire ? On sait plus comment le travailler… On voudrait le doper un petit peu, lui redonner un peu de fringance, de l’appétit pour les grandes choses, le goût des hauts sentiments… Il renâcle, il veut pas de vos salades, ce qu’il veut c’est bouffer du bourgeois, c’est ça qui lui dit, qui l’incite… Ça le rend tout mélancolique qu’on l’empêche de déjeuner… Il en veut pas de vos bagatelles le Lion populaire ! de vos pâles persils, de vos bulles d’idées, il veut de la barbaque et de la chaude,
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du capital bourgeois replet, des fines paupiettes, de dodues couennes… Oh ! Il est canaille… Il veut bouffer même le vison, les mules en croco à Médéme à 1 225 francs la paire. Il veut tout ça, il veut tout, c’est promis depuis Mai 36.
Personne qu’a pu le remettre en train ni pour la guerre, ni pour la paix. Il est envieux, il est sournois, il bave, il est des plus mauvais en cage, il fait plus honneur à personne, il est plus montrable. C’est une bête devenue impossible. Il veut dévorer son bourgeois. Mais donnez-lui donc nom de Dieu ! Voilà 12 siècles que ça mijote ! C’est le moment ou jamais ! Voulez-vous donc des catastrophes ? Le juif a préparé la chose, tant pis pour vous, tant pis pour nous ! Le goût lui passera peut-être au populo de la bourgeoisie si il [87] peut s’en mettre jusque là… à tant et plus et davantage ! Il verra ce que c’est le bonheur !
C’est comme ça chez les confiseurs, on interdit pas aux demoiselles, aux nouvelles vendeuses de goûter à leur marchandise. Au contraire on les encourage. « Mais prenez-en ! prenez-en donc ! Tapez dans tous ces beaux bocaux ! Régalez-vous en bien !... » Au bout de huit jours elles en veulent plus, elles sont guéries pour l’existence. Elles savent ce que c’est que les bonbons.
Le bourgeois malgré sa prétention, il est pas toute l’Histoire du Monde, il est qu’un moment à passer. Faudra bien qu’on le mange comme le reste, du jour qu’il sera vraiment mûr. Faut pas qu’il demande des impossibles, des prolongations arbitraires, des délais indus. Y a des temps comme ça fatidiques, des heures qui sonnent au cadran. À vingt ans on marie ses filles, à 1942 ans la société croque ses bourgeois. Ils sont à l’engrais depuis une paye. Ils sont même déjà en conserve. C’est un service qu’on va leur rendre. Ils souffriraient en insistant. Ils commencent à manquer de tout.
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Pour le peuple le Communisme c’est le moyen, l’astuce d’accéder bourgeois illico, à la foire d’empoigne. Sauter dans les privilèges, tranquille, Baptiste une fois pour toutes.
La Cité future pour Popu c’est son pavillon personnel avec 500 mètres de terrain, clos soigneusement sur quatre faces, canalisé si possible, et que personne vienne l’emmerder. Tout ça enregistré devant notaire. C’est un rêve de ménagère, un rêve de peuple décadent, un rêve de femme. Quand les femmes dominent à ce point, que tous les hommes rêvent comme elles, on peut dire que les jeux sont faits, que grandeur est morte, que ce pays tourné gonzesse, dans la guerre comme dans la paix, peut plus se défendre qu’en petites manières, que les mâles ont plus qu’à entrer faire leur office de casseurs, saillir toutes ces mièvreries, abolir toutes ces prévoyances.
Ça sera-t-y des jaunes ? des blancs ? des noirs ? des purs ? des compliqués ? Est-ce qu’on périra dans la noce ? C’est bien possible, c’est même probable.
Toujours est-il que ça sera des hommes et des butors, des dominants qu’iront pas demander aux grand’mères comment faut rêver dans la vie, qui seront disposés comme des ours.
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Plus con que le Français ? Vraiment n’est-ce pas, c’est impossible ? Et surtout l’intellectuel ? Littéralement enragé dès qu’il s’agit de déconner dans le sens juif. Un snob masochiste. Et y a pas de race ! Et y a pas de juif ! Et moi par-ci ! Je sais ceci ! Et peutt-peutti ! Et peutt-peutta ! Je sais cela ! Je suis un as du scepticisme ! Ah ! Gobineau quel jobard ! Ce Montandon, quel farceur ! Et le Michelet, quel vendu ! Et que je t’embarque tout détonant en pleine déconophonerie buse ! phénoménal époustouflant à cent mille bords canonnant de cent mille bourdes ! et toujours à contre cause, contre les siens, contre son sang, et toujours pour la gloire du juif, son apothéose, son génie, sa prééminence hors de doute. Toujours un petit juif là dans le coin, tapi, goguenard, qui se tâtonne… épie le goye en ébullition… maintenant rassuré se rapproche… voyant l’objet si bien en feu… passe la main sur ce joli con !... l’encourage, l’asticote, caresse, lui lisse le poil, l’envers… l’endroit… jubile… Ah ! le bon aryen toujours le même, toujours semblables à lui-même, toujours prêt à faire jouir son juif ! Ah ! qu’il est franc ! Ah ! qu’il est voué ! Ah qu’il est juteux à la mort ! Et qu’il se remet en action, le joli con, requinqué de si chaude étreinte, d’humanitaire compréhension.
« Ah ! Nom de Dieu ! Y en a pas de race ! Y a pas de juif non plus, Bordel sang ! Qu’est-ce que c’est qu’un juif ? [90] Quel bobard ! Quelle crasse abomination ! Quelle saloperie des fascistes ! C’est pas la honte de notre époque de voir des dinausaures [sic] pareils ? du sang des victimes dégouttants ! tout englués de coeur d’apôtres ! foulant, broyant, écartelant la substance même de vérité ! la chair lumineuse et musique ! »
Le petit juif s’il en boit ! Il se tient plus de violente extase, il en part tout seul dans son froc ! de voir comme ça, le si brave homme si bien disant ! si bel d’enthousiasme ! si épris ! à plus reconnaître de ferveur ! que ça le transpose, l’enivre fol ! d’être positif qu’y a plus de races ! Ferré là-dessus, inépuisable, qu’il est dans le triomphe de baver ! qu’il peut aller tire-larigo [sic] ! carafouille à perdre l’âme…
« Moi ! voyez-vous ! moi ! moi ! moi ! moi je dis que ! que ! que ! et patati et patata ! La race-ci !... la race-là ! la race qua ! qua ! qua ! qua !... n’a pas ! n’a pas ! n’a pas ! n’a pas !... » qu’il est une race à lui tout seul, une race de « moi ! moi ! moi ! moi ! moi ! »… Dix-huit millions de cons dans un seul.
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Tout ça bien sûr je vous comprends, c’est très joli, c’est distingué, ça fait rare, ça fait raffiné, de se chercher, de se trouver une race, de mettre en valeur sa lignée, l’esprit, les beautés de l’ethnie. Hé ! hé ! Voilà qui nous sort du commun ! qui vous parfume fort son d’Hozier ! Nous taquinons l’élevage de luxe ! la haute sélection ! le grand club ! où allons-nous ?... Ceci nous éloigne des misères…
Que trouvez-vous en “la française”, en cette façon, de si précieux à préserver ? Le Monde serait-il appauvri de quelque beauté essentielle si elle venait à disparaître ? Tout et bel et bien engloutie sous les copulations d’afro-asiates ? Peut-être…
Hélas, que j’ai honte d’avouer… Que vois-je ?... Que sens-je ?... Point de grand chose à pavoiser, propice à bouillonner la foule… Ce n’est rien… c’est même un ton, un petit sourire de gaîté, tintante à la source, toute furtive, espiègle aux mousses, filante au gué…
Ô bonheur de qui l’admire, l’écoute et se tait ! ne ternit la joie si fragile de se montrer riante à vous, fantastique et frêle comme l’enfance, éternelle, féerique au coeur… C’est la précieuse magie qui monte du sol et des choses et des hommes qui sont nés de là…
Venez ici… Venez là… écoutez ci…
[92] Assommez croassante bêtise ! mégère impostière Furie ! Virago vinassière puante !
Venez ici… entendez là… alouette filante aux cieux ! Gai ! Gai ! plus haut ! droit à l’azur ! et preste et vive d’un fin trait ! tout enchantante votre jour… libre vaillante allègre fragile… emportée de joie… furtive aux étoiles là-haut… blêmes au matin… Voici de gentille gaîté ! plus légère que toute !... mieux de chez nous… qu’à toutes je préfère… point crispée comme la godon… éclatante comme l’italienne… gaîté d’abord ! Gaîté c’est tout !... Je veux des chants et des danses… Je ne me soucie de raison… Qu’ai-je faire d’intelligence, de pertinence ? de dessein ? n’en ai point ! L’Univers non plus… César chagrin ne me froisse parlant aux autres de nous ! « Ils promettent, ils rient, tout est dit. » Tant pis !
Que me fout Mr Ben Montaigne préchi-précha, madré rabbin ?... Il n’est point la joie que je cherche, fraîche, coquine, espiègle, émue… Combien à lui je préfère… Couperin du “Coucou”… Christine des virelais… Gervaise des branles !... Je voudrais mourir de rire, mais légèrement… Bellay m’est plus cher que Racine pour deux trois vers… Je veux bien larmoyer un peu mais en dansant... Je suis de la “troupe volage”… Les sanglots d’Iphigénie m’ennuient… Hermione est obscène et s’écoute…
Sombres histoires de cul.
Mr Montaigne n’est point lyrique et c’est un grand crime à mes yeux, il fabrique ses sournois Talmuds, ses gros manuels du “Parfait Juivre”, à crougnotter dans la tiédeur, dans la dégonflerie captieuse, à cent mille bonnes raisons pour une… L’Horreur !...
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Le grand besoin d’être touché… tout divinement allégé… de soi perclus, gris et souci !... emporté tout vif !... à la ronde ! sur les nuées qui passent volages !... N’en parlons plus !
Je n’ai point besoin de sermons, mais de délivrance légère et tous ceux de mon sang de même… point ne vaut vivre sans caprices… frivoles et déraisonnants… Méchant qui nous tance ! Danser nous voulons ! Nul de nous bien apte à raison… mais gentiment bien prompt a rire et danser de même… à musique de notre essor… L’enthousiasme [93] tient à peu de chose… au jet d’une alouette au ciel… à la joie menue qu’elle éprouve… là-haut, tout là-haut pour nous… gaîté vole, vive apeurée… de lourdes hontes survenues… morfondues…
Ah ! remportez-nous ces torrents ! Ces avalanches de sagesse !... Las !... nous noyons dessous Sçavoir [sic] !...
Tout cela nous gâche et nous tue…
Que notre gaîté s’éteigne et les dieux mêmes seront contrits…
Las ! les cieux seront lors plus lourds…
Nous voulons vivre sans connaître… Nous voulons bien mourir de rire… le plus frivolement… si possible…
Que nous hante encore le Destin ?... âpres raisons aigres marmonnent…
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Gaîté seulement nous sauvera, non point l’usine ! ni plan de ceci, ni cela, ni grognonnages de balourds, ni stratagèmes de ruffians mâtinés cuistres, rafistolages en béton de “Toureifèles” en fourniments, Trusts en Concerns, grands [sic] calamités tayloriques, délires Pyramides, puants mastodontes à fatras, écrasant nos vies statistiques sous Déluges-fontes-agglomérés, délectations paranoïdes. Mort à tous fours et cheminées !
Choyons, fêtons notre musique, nôtre ! qui nous fera voguer jolis par-dessus les horreurs du Temps d’un bel et frais et preste essor ! à notre guise ! notre caprice ! fifres ! clarinettes ! grêle tambour ! Embrassons-nous ! À gros bedons point de mercy ! À grimaces aigres : sacrifices ! médecine de chiens !
Il faudra bien solder la danse ! me damne ! les musiciens de notre choix ! Qui payera ? Les riches bien sûr ! Ils sont venus jusque sur nous du fond des siècles, tout exprès pour nous régaler, nous égayer de leurs largesses ! En doutiez-vous ?
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Ah ! retrouvons notre gaîté ! où se cache-t-elle ? Dessous les sous ? Partageons-les ! Ah ! l’Univers sera surpris lorsqu’il apprendra que Français partagent pécune ! Cela ne s’était jamais vu ! Ah ! retrouvons notre gaîté ! Ah ! volons tous au sacrifice ! Ah ! Plus de mines morfondues ! gai ! gai ! polkons ! tous au partage !... Pourquoi le peuple a-t-il perdu ses francs rires et couplets ? Les ronds ! les ronds ! question résolue ! Harpagon pendu !
Ah ! certes bien chaud partisan de justice sociale. Il faut faire régner la justice, et tout de suite et pas dans dix ans ! Nom de Dieu ! Ça va assainir l’atmosphère, purger les rancunes ! Il faut faire régner la justice, la vengeance des opprimés, non parce que ça leur fait plaisir, mais parce que c’est la guérison, le baume des jaloux, des envieux, des enragés de pognon, de tout le monde en somme aujourd’hui, de la société tout entière qu’a plus une idée hors du pèze, le bourgeois pour qu’il se barre pas, le pauvre pour lui calotter.
C’est la maladie unanime, faut opérer ça d’un seul coup ! inciser l’abcès long et large ! que ça dégorge qu’on en parle plus !
Tant qu’on aura pas ouvert Pognon, on a rien fait de sérieux, méchants cautères sur pourriture, marché noir et compagnie, tralalas foireux, clarinettes…
[96] C’est pas de discours qu’il s’agit, ni d’ordre moral, ni de Police, d’élections non plus, c’est Gros Sous qu’il faut opérer, vider sa poche, débrider, amener tout ça au soleil. C’est de l’hygiène sans patchouli, nettoyer le cul de la Sociale, après elle pourra se faire coquette. Telle quelle c’est une infection, une hideur bien décourageante, que c’est même plus à en rire, que c’est vraiment plus rien du tout.
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La Révolution moyenneuse ?
Comment l’allez vous faire belle face ?
Je décrète salaire national 100 francs par jour maximum et les revenus tout pareillement pour les bourgeois qui restent encore, bribes de rentes, ainsi je n’affame personne en attendant l’ordre nouveau. Personne peut gagner plus de 100 balles, dictateur compris, salaire national, la livre nationale. Tout le surplus passe à l’État. Cure radicale des jaloux. 100 francs pour le célibataire, 150 pour les ménages, 200 francs avec trois enfants, 25 francs en sus à partir du troisième môme. Le grand salaire maxima : 300 francs par jour pour le Père Gigogne. Ça sera une extrême exception, la moyenne 70-100 balles.
Forcément y en a qui fument, qui trouvent que c’est pas juste du tout, les ceusses qui gagnent pas leurs cent francs… Pardon ! pardon ! Tout est prévu ! 50 francs salaire minimum, 75 marié, 100 francs les pères de famille avec trois enfants au moins. J’ai pensé à eux.
Plus de chômage bien entendu. Comment vous supprimez ça ?
Je nationalise les Banques, les mines, les chemins de fer, les assurances, l’Industrie, les grands magasins… C’est tout ? Je kolkozifie l’agriculture à partir de tant d’hectares, les lignes de navigation, je ramasse le blé, les froments, [98] l’élevage des génisses, et les cocottes avec leurs oeufs, je trouve du boulot pour tout le monde. Et ceux qui veulent pas travailler ? je les fous en prison, si ils sont malades je les soigne.
Comme ça y aura plus d’histoires, faut que tout le monde y passe, les poètes je m’en occupe aussi, je leur ferai faire des films amusants, des jolis dessins animés, que ça relèvera le niveau des âmes, il en a besoin. Une fois qu’on est sorti de la tripe, de l’obsession de la boyasse, tous les petits espoirs sont permis.
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Faut pas du grand communisme, ils comprendraient rien, il faut du communisme Labiche, du communisme petit bourgeois, avec le pavillon permis, héréditaire et bien de famille, insaisissable dans tous les cas, et le jardin de cinq cents mètres, et l’assurance contre tout. Tout le monde petit propriétaire. Le bien Loucheur obligatoire. Toujours les 100 francs maxima, les maridas à 125, les grosses mémères à 150. Ça fera des discussions affreuses, du bignolage perte d’ouïes, un paradis pour ménagères, on arrêtera plus de jaboter à propos des profiteurs qu’ont des 4 et 5 enfants, mais ça aura plus de conséquences, ça pourra pas soulever les masses des différences de 25 francs.
Votons mesquin, voyons médiocre, nous serons sûrs de pas nous tromper. Voyons le malade tel qu’il se trouve, point comme les apôtres l’imaginent, avide de grandes transformations. Il est avide de petit confort.
Quand il ira mieux ça se verra, on pourra lui faire des projets, des grandes symphonies d’aventures, nous n’en sommes pas nom de Dieu ! Si on le surpasse il va en crever, il va s’écrouler dans son froc, il va débiner en lambeaux, il va se barrer en jujube, il tient déjà plus lerche en l’air… Il est vérolé d’envie comme le bourgeois d’avarice. C’est le même microbe, même tréponème.
[100] C’est ça qui leur donne des abcès, qui les torture, les grimace.
Les opérer tous les deux, ensemble, d’un même bistouri, c’est Providence et charité, c’est la résurrection sociale.
Ils sont trop laids à regarder, tels quels, convulsant dans leur merde, il faut agir, c’est un devoir, c’est l’honnêteté du chirurgien, une toute simple, fort nette incision, presque pas sanglante, une collection fleur à peau, archi-mûre… un petit drain… quelques pansements… et puis c’est tout… huit à dix jours…
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Moi j’aime pas les amateurs, les velléitaires. Faut pas entreprendre un boulot ou bien alors il faut le finir, faut pas en laisser en route, que tout le monde se foute de votre gueule…
Si on fait la révolution c’est pas pour la faire à moitié, il faut que tout le monde soye content, avec précaution, douceur, mais avec la conscience des choses, qu’on a rien escamoté, qu’on a bien fait tout son possible.
Quel est l’autre grand rêve du Français ? 99 Français sur 100 ? C’est d’être et de mourir fonctionnaire, avec une retraite assurée, quelque chose de modeste mais de certain, la dignité dans la vie.
Et pourquoi pas leur faire plaisir ? Moi j’y vois pas d’inconvénient. C’est un idéal communiste, l’indépendance assurée par la dépendance de tout le monde. C’est la fin du “chacun pour soi”, du “tous contre un”, de “l’un contre tous”. Vous dites : Ils fouteront plus grand’chose. Oh ! C’est à voir… On en reparlera… Je trouve ça parfaitement légitime que le bonhomme il veuille être tranquille pour la fin de ses jours. C’est normal… et la sécurité de l’emploi… c’est le rêve de chacun. Je vois pas ce que ça donne d’être inquiet, j’ai été bien inquiet moi-même, j’en ai t’y mangé de la vache ! Je crois que je suis un champion de la chose, j’ai tout de même ça en horreur. Je vois pas à quoi [102] ça peut servir pour le relèvement de la Sociale, la marche agréable du Progrès, de se casser le cul effroyable, d’en chier comme trente-six voleurs, sans fin ni trêve, les consumations par l’angoisse que c’est du crématoire de vie.
C’est toujours des douillets nantis, des fils bien dotés d’archevêques qui vous parlent des beautés de l’angoisse, je leur en filerai de la voiture, moi ! de la sérieuse voiture à bras, et poil, certificat d’étude ! à l’âge de 12 ans ! je te leur passerai le goût de souffrir !
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Le juif il veut bien tout ce qu’on veut, toujours d’accord avec vous, à une condition :
Que ce soit toujours lui qui commande.
Il est pour la démocratie, le progrès, toutes les lumières, du moment que ça va dans son sens.
Grandes étiquettes et crapuleries.
La formule lui est bien égal, il se débrouille toujours, pourvu que ce soit lui qui commande, en définitive, par personnes interposées, par missions occultes, par les banques, par le suffrage universel, par les semi-juifs, par les maçons, par les mariages dynastiques, tout ce qu’on voudra, et les Soviets, pourvu que ce soit lui qui commande.
Il fabrique aussi bien son beurre dans les monarchies nordiques que dans les Kominterns kalmouks ou dans les Loges du Mexique. Il est à son aise partout pourvu que ce soit lui qui commande, abandonne jamais les ficelles.
Il chante la chanson qu’on voudra, dansera sur toutes les musiques, gigottant [sic] avec les singes, hurlant avec les pauvres loups, zigzaguant avec les serpents, imitant tous les animaux, toutes les races, tous les passeports, pourvu que ce soit lui qui commande.
C’est un mimétique, un putain, il serait dissous depuis longtemps à force de passer dans les autres, s’il avait pas [104] l’avidité, mais son avidité le sauve, il a fatigué toutes les races, tous les hommes, tous les animaux, la Terre est maintenant sur le flanc, rendue par ses tripatouillages, il est pas encore rassasié, il emmerde toujours l’Univers, le Ciel, le Bon Dieu, les Étoiles, il veut tout, il veut davantage, il veut la Lune, il veut nos os, il veut nos tripes en bigoudis pour installer au Sabbat, pour pavoiser au Carnaval. Il est fol, à lier complètement, c’est qu’un absurde sale con, un faux sapajou hystérique, un imposteur de ménagerie, un emmerdant trémousseux, crochu hybridon à complots. Il nous escorte c’est le malheur, c’est le monstre qui colle, l’Horreur chez soi, il est monté dans la nef à la place d’un vrai animal.
Il veut plus jamais nous quitter du moment que c’est lui qui commande.
On le vire de la barre ?... on peut plus… on en a marre d’intervenir… Il hurle trop fort quand on le bouscule… Il a fatigué tout son monde… Il faut que ce soit lui qui commande…
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Le juif il a peur de rien… Il a peur seulement que d’une chose : du Communisme sans les juifs.
Le bonheur sans Marx et ses fils… Ça alors c’est la fin du monde…
C’est le renversement des vapeurs. C’est l’explosion du Soleil. C’est le suicide du haricot.
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Je vois venir les “jeunes redresseurs”… comme ci… comme ça bureaucrates, pleins de virulences et d’entregent, prêchi-prêcheurs… pleins de bonne foi, de pétulance… Qu’ils ont du Travail plein la gueule, et du flan aussi… Le Travail-salut ! le Travail-fétiche ! Travail-panacée-des-tordus ! Le Travail remède la France ! Travail toutes les sauces !... Les masses au Travail ! bordel foutre ! Les pères au travail ! Dieu au travail ! l’Europe au travail ! Le Bagne pour tous ! Les fils au travail ! Mémères au boulot ! Faut que ça fume ! La grande ivresse des emmerdeurs ! L’intention est excellente… mais faut penser aux “pas abstraits”, à ceux qui vont trimer la chose… ceux qui sont pas dans les bureaux en train de se griser de statistiques, d’épures prometteuses… Ceux qui vont les exécuter les hauts projets miroboliques, qui vont se farcir les mornes tâches au fond des abîmes de charbon… qui vont s’ahurir à la mort autour des chignolles tréfileuses dans le bacchanal âcre des fabriques, toute la vie dans le relent d’huile chaude. C’est pas marrant le tangible…
Pardon !... Pardon !... faut réfléchir !... faut se demander où ça nous mène ?... si tout ça c’est pas l’imposture, une façon de se débarrasser… On dit que la machine rend méchant… le contraire serait une rude surprise. C’est anti-humain au possible de foutre comme ça [107] dans les rivets, les générations montantes, les mitoyennes, les fléchissantes, dans les enfers de quincaille pendant des jours, des années, toute la vie… sans issue probable… sans musique… l’hôpital à la fin de vos jours.
Qui va là-dedans pour son plaisir ? Sûrement pas nos chers visionnaires, nos gentils ardents redresseurs, tout épargnés par leur culture, leur bel acquit, leur position.
L’usine c’est un mal comme les chiots, c’est pas plus beau, pas moins utile, c’est une triste nécessité de la condition matérielle.
Entendu, ne chichitons pas, acceptons vaillamment l’usine, mais pour dire que c’est rigolo, que c’est des hautes heures qu’on y passe, que c’est le bonheur d’être ouvrier, alors pardon ! l’abject abus ! l’imposture ! l’outrant culot ! l’assassinat désinvolte ! Ça vaut d’appeler les chiots un trône, c’est le même genre d’esprit, de l’abus sale.
Bien sûr on peut pas supprimer, l’usine dès lors étant admise, combien d’heures faut-il y passer dans votre baratin tourbillant pour que le boulot soye accompli ? toutes les goupilles dans leurs trous, que vous emmerdiez plus personne ? et que le tâcheron pourtant crève pas, que ça tourne pas à sa torture, au broye-homme, au vide-moelle ?...
Ah ! C’est la question si ardue… toute délicate au possible. S’il m’est permis de risquer un mot d’expérience, sur le tas, et puis comme médecin, des années, un peu partout sous les latitudes, il me semble à tout bien peser que 35 heures c’est maximum par bonhomme et par semaine au tarabustage des usines, sans tourner complètement bourrique.
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Y pas que le vacarme des machines, partout où sévit la contrainte c’est du kif au même, entreprises, bureaux, magasins, la jacasserie des clientes c’est aussi casse-crâne écoeurant qu’une essoreuse-broyeuse à bennes, partout où on obnubile l’homme pour en faire un aide-matériel, un pompeur à bénéfices, tout de suite c’est l’Enfer qui commence, 35 heures c’est déjà joli. La preuve c’est qu’on voit pas beaucoup des jeunes effrénés volontaires s’offrir à la conduite des tours, des fraiseuses racleuses chez Citron ou [108] chez Robot C°, pas plus que de commis éperdus mourant d’adonner leur jeunesse à l’étalage chez Potin. Ça n’existe pas. L’instinct les détourne.
Attention à forcer l’instinct ! C’est ça qui nous rend impossible ! Malheureux indurés canailles, qu’on sait plus par quel bout nous prendre, culs-de-jatte sur tabourets d’horreurs, chevillés aux cent mille chignolles, tordus complotiques à binocles, myopes de régularité, monotones à dégueuler. Taupes de jour.
Il faudrait rapprendre à danser. La France est demeurée heureuse jusqu’au rigodon. On dansera jamais en usine, on chantera plus jamais non plus. Si on chante plus on trépasse, on cesse de faire des enfants, on s’enferme au cinéma pour oublier qu’on existe, on se met en caveau d’illusions, tout noir, qu’est déjà de la mort, avec des fantômes plein l’écran, on est déjà bien sages crounis, ratatinés dans les fauteuils, on achète son petit permis avant de pénétrer, son permis de renoncer à tout, à la porte, décédés sournois, de s’avachir en fosse commune, capitonnée, féerique, moite.
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La France elle a des ennuis.
Elle va crever d’à peu près tout, des juifs, des maçons, de l’Angleterre, de la défaite militaire, de bisbille celtique éperdue, de prétentions cacochymes, de la haine des uns pour les autres, de l’égoïsme capitaliste, et coetera et couetera… Elle va crever qu’elle manque d’essence, de coton, de cuivre et de froment…
Elle va périr enfin surtout qu’elle produit plus assez d’enfants, c’est l’oeuf de Colomb par le fait : plus d’enfant, plus de France… Au taux actuel c’est des plus simples, dans 20 ans y aura plus de jeunesse… y aura plus chez nous que des vieillards, des emphysémateux à bosses… La question sera donc résolue en même temps que les autres… France éternelle aura vécu… de tours de vache en discours, de folles saignées en clarinettes… Pas besoin de se casser la tête… Les problèmes d’asile de vieillards c’est du ressort de l’Économat, y a plus besoin de Premier Ministre… des suppositoires… du tilleul… On est donc au bout du rouleau. C’est de la pénurie vitale… C’est la poule qui ne veut plus pondre… Ah ! la déprimante conjecture ! De quoi morfondre bien des Sénats ! Bien sûr y a le Code de la famille ! Mais qu’il est étique et râleux ! chafoin ! Je crois pas qu’il fasse bander personne…
[110] Et c’est pourtant de ça qu’il s’agit… Beaucoup de papier, peu d’enthousiasme. Faut se mettre à la portée du monde… Vous parlez d’un fringant passé !... Tout en catastrophes écoeurantes… Verduns pour rien… Gloire pour les prunes… Impôts pour les youtres, les anglais… la Ceinture française tous les jours… jamais pour nous les chaussures !... toujours pour les autres !… Salut ! Vous avez dégoûté la bête. Vous parlez d’un joli présent… Vous parlez d’un jouissant avenir… que du boulot, des sacrifices, des charogneries à perte de vue… C’est pas un programme bandochant… Vous vous rendez compte ? On en a sué 400 milliards pour parvenir où nous en sommes… sur les genoux… en bas d’une autre côte… C’était aussi un grand projet bien patronné par toute l’élite, la fine fleur des hautes maçonneries… à quel renfort de zimboum ! boum !...
Quelles pâmoisons ventriloques !...
Quels sacrés jurements au bonheur ! quelles culotissimes assurances ! Et de quels hommes ? Presque les mêmes… les bulles encore au coin de la gueule… C’est donc le tout à recommencer ?...
Minute ! Vous permettez qu’on se gratte… qu’on se demande où ça va conduire votre nouvelle enfourcherie de dada… qu’on se demande dans votre aventure qu’est-ce qu’on va lui faire au têtard ? C’est ça qui nous intéresse… Quels tours de fumiers tout ça couve ?… Des championnats de la maigreur ?... Va-t-on battre les Russes… les Berbères… au Grand Steeple de la Privation ?...
Prévenez-nous tout de suite…
Faut vous faire encore des enfants ?
Ça vous suffit pas les vieillards ? Ah ! Ça va mal ! Mieux vaut l’admettre. La confiance se cache, les enfants aussi, ils restent au fond des entrailles.
L’entrain à la vie n’est plus là.
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Ça se voit en tout, dans nos grimaces, nos façons gercées…
Crédit est mort une fois pour toutes.
Pas de sécurité pas de famille ! Plus de légèreté, plus de grâce, dans les mouvements, dans les coeurs…
Sans enfants plus de gaîté.
[111] Comment rendre la confiance à tous ces gens sourcilleux, revêches au déduit, noués de partout ?...
Je crois par un autre code de la Famille, mais alors beaucoup plus vivace, plus ample, bien plus généreux, pas un code de ratatinés discutailleux préservatifs. Mais non ! Mais non ! Un vrai code, qui comprendrait tout, bêtes, biens et gens, enfants et vieillards de France dans la même famille, les juifs exclus bien entendu, une seule famille, un seul papa, dictateur respecté. Une famille donc respectable où y aura plus du tout de bâtards, de cendrillons, de poil de carotte, de bagnes d’enfants, “d’Assistance”, où la soupe serait la même pour tous, où y aurait pas d’enfants de riches, des tout dodus et les petits maigres, des qui s’amusent, d’autres qui la pilent. Ça va vraiment plus une société bâtie comme la nôtre, faut mieux qu’elle s’efface, c’est comme une chienne qu’est trop vicieuse, c’est normal qu’on s’en débarrasse.
Tout le monde à la même école ! Les familles réunies, en somme, toutes les familles dans une seule, avec égalité des ressources, de droit, de fraternité, tout le monde au salaire national, dans les 150 francs par jour, maximum, le Dictateur 200 points pour lui faire spécialement honneur, encore qu’il soit bien entendu qu’on ira pour sa livre “extra” le taper plus souvent qu’à son tour, question de bien lui rappeler la vie, qu’il en chiera comme un voleur, que c’est le rôle des pères de famille.
Faut recréer tout ? alors parfait ! Mais faut pas se perdre dans les prostates, faut recommencer tout de l’enfance, par l’enfance, pour tous les enfants. C’est par là que le racisme commence et le vrai communisme aussi, à l’enfance et pas ailleurs, par la gentillesse unanime, l’envie que toute la famille soit belle, saine, vivace, aryenne, pure, rédemptrice, allégrante de beauté, de force, pas seulement votre petite famille, vos deux, trois, quatre mômes à vous, mais toute la famille bien française, le juif en l’air bien entendu, viré dans ses Palestines, au Diable, dans la Lune.
On se fout des enfants des autres ! Ça suffit bien d’élever les siens ! Chacun voit midi à sa porte ! Il faut que ça cesse ce genre hideux, une fois pour toutes ! que ça [112] devienne incompréhensible cet égoïsme ès berceau. Il faut que les enfants des autres vous deviennent presque aussi chers, aussi précieux que les vôtres, que vous pensiez aussi à eux, comme des enfants d’une même famille, la vôtre, la France toute entière. C’est ça le bonheur d’un pays, le vrai bouleversement social, c’est des papas mamans partout. Le reste c’est que des emmerdements, des abracadabrantes combines, des fourbis chinois, des pitreries d’orgueil, hagard, absolument contre nature, qui peuvent finir qu’en catastrophes.
Racisme c’est famille, famille c’est égalité, c’est tous pour un et un pour tous. C’est les petits gnières qu’ont pas de dents que les autres font manger la soupe. Au sort commun pas de bâtard, pas de réprouvés, pas de puants, dans la même nation, la même race, pas de gâtés non plus, de petits maîtres. Plus d’exploitation de l’homme par l’homme. Plus de damnés de la terre. C’est fini. Plus de fainéants, plus de maquereaux non plus, plus de caïds, plus d’hommes à deux, trois estomacs.
Le marxisme est bien emmerdé, on lui secoue son atout majeur : le coeur froid des hommes.
C’est la famille qui réchauffe tout, c’est plus le pognon qui l’unit, c’est la race, c’est plus le pognon qui la divise, y en a plus. C’est tout le pays familialement recréé à 100 francs par jour.
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La maîtresse richissime d’un de nos présidents du conseil, actuellement en prison, fut paraît-il à l’origine, à l’inspiration des “décrets de pudeur” récemment promulgués.
Outre ! Décrets d’offusquerie ! de protection soi-disant de la morale et des familles !
Bouffre ! que voici la tartuferie dans tout son odieux faux-fuyant ! sa dégueulasserie bourrique ! toujours cavetante aux Parquets ! (comme les communistes) pour dériver les griefs, détourner la foudre sur quelques piteux qu’en peuvent mais…
Ah ! le fameux tableau de chasse ! comme ça va relever les familles quand on aura cintré trois cloches, trois plumiteux en mal de terme, qu’auront ressorti les filles de Loth, et puis deux, trois petits maniaques qui se font du mal au martinet !... Malheur ! Ça leur fera des belles cuisses aux familles françaises !
Madame, j’aurais des choses à dire si vous étiez encore en Cour, mais vous n’êtes plus aux faveurs… vous en entendriez des belles… mais vous n’êtes plus au pouvoir… C’est pas mon genre l’hallali, j’ai pas beaucoup l’habitude d’agresser les faibles, les déchus, quand je veux me faire les poignes sur le Blum je le prends en pleine force, en plein triomphe populaire, de même pour les autres et Mandel. J’attends pas qu’ils soyent en prison. Je fais pas [114] ça confidentiellement dans un petit journal asthmatique. Je me perds pas dans les faux-fuyants, les paraboles allusives.
C’est comme pour devenir pro-allemand, j’attends pas que la Commandatur pavoise au Crillon.
Demain si le Daladier revenait (c’est pas impossible croyez-le) je vous affirme que je le rengueulerais et pas pour de rire. D’abord y a un compte entre nous, c’est lui qui m’a fait condamner… Pour le moment il est tabou, il est par terre, ça va, j’attends…
Y a un temps pour tout que je dis…
J’aime pas les salopes.
C’est sous Dreyfus, Lecache, Kéril, qu’il fallait hurler « vive l’Allemagne » ! À présent c’est de la table d’hôte…
Mais revenons à nos familles… Vous leur vouliez du bien Madame ? Avec tout le respect que je vous dois, vous vous foutez d’elles et bellement ! C’est pas en expurgeant les livres que vous augmenterez leur confort. D’abord je vais vous dire une bonne chose, les familles elles lisent jamais rien, quelque fois le Paris-Soir et encore… C’est pas les livres qui les corrompent… Ce qui les corrompt c’est votre exemple, c’est l’exemple de vos privilèges, c’est votre astucieuse réussite de foutre rien avec des rentes, d’être bien heureuse dans votre nougat, toute parasite et pépère. La voilà la folle indécence, l’obscénité en personne ! Voilà le fléau Madame, c’est pas dans les livres, c’est dans votre existence même.
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Je vous vois qu’une façon de les aider les familles qui vous sont précieuses, c’est de leur verser tout votre pognon, tous les attributs de la fortune. C’est ça qui les soulagera bien, c’est pas les déplacements de virgules, les nitoucheries effarées, les trémoussements autour du pot… Si vous attaquez le problème alors allez-y carrément ! amenez vos ronds ! là ! sur la table ! tous vos ronds ! on verra de cy que vous êtes sincère, que c’est pas du cinéma, que les familles vous tiennent à coeur.
Parce que si c’est pour la musique, nous aussi on peut composer… des folies-bouffes… des pastourelles… Racine, lui, travaillait en verses pour les jeunes filles de la Maintenon…
Ah ! Méfions-nous de ces maîtresses !... elles vous ont un goût des Beaux-Arts… un penchant, le caprice, le don, de s’occuper des familles !…
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Oh ! C’est pas que je vienne dire du mal des Beaux-Arts et de leur enseignement. Je trouve rien de plus essentiel. « Donnez-moi le privilège d’écrire les chansons d’un peuple et je serai bien au-dessus de celui qui fait les Lois. »
Voici le précieux adage tout à méditer.
Vous dites : « Le peuple a aucun goût ! Il aime que le faux, les ordures… »
Où qu’il aurait pris son goût ? Pas à l’école, on l’apprend pas. On se désintéresse du goût, de l’enthousiasme, de la passion, des seules choses utiles dans la vie… On apprend rien à l’école que des sottises raisonnantes, anémiantes, médiocrisantes, l’air de tourner con râbacheur. Regardez les petits enfants, les premières années… ils sont tout charme, tout poésie, tout espiègle guilleretterie… À partir de dix, douze ans, finie la magie de primesaut ! mués louches sournois butés cancers, petits drôles plus approchables, assommants, pervers grimaciers, garçons et filles, ragoteux, crispés, stupides, comme papa maman. Une faillite ! Presque déjà parfait vieillard à l’âge de douze ans ! Une culbute des étoiles en nos décombres et nos fanges !
Un désastre de féerie.
Quelle raison ? La puberté ? Elle a bon dos ! Non ! Parce que dressés tout de suite en force, sonnés d’emblée dès l’école, la grande mutilante de jeunesse, l’école leur aura coupé les ailes au lieu de leur ouvrir toutes grandes et [116] plus grandes encore ! L’école n’élève personne aux nues, elle mutile, elle châtre. Elle ne crée pas des hommes ailés, des âmes qui dansent, elle fabrique des sous-hommes rampants qui s’intéressent plus qu’à quatre pattes, de boutiffes en égouts secrets, de boîtes à ordures en eaux grasses.
Ah ! C’est vraiment le plus grand crime d’enfermer les enfants comme ça pendant des cinq ou dix années pour leur apprendre que des choses viles, des règles pour mieux s’ahurir, se trivialiser à toutes forces, s’utiliser l’enthousiasme aux choses qui s’achètent, se vendent, se mangent, se combinent, s’installent, dilatent, jubilent Capital, qu’on roule avec, qu’on trafique, qu’on goupille, chignolle, lamine, brase, en cent enfers mécanisés, qu’on accumule dans ces dépôts pour les refiler à bénéfices… à la grouillerie des brutes d’achat.
Quelle atroce farce ! Saisir les enfants à leurs jeux, les empêtrer minutieusement pas examens impeccables de notions toujours plus utiles, tourner en plomb leur vif argent, leur river après les quatre pattes, que la bête gambade plus jamais, qu’elle reste prosaïque à toujours, fardée à hurler à mort, sous chape effroyable, à désirer toutes les guerres pour se dépêtrer comme elle peut d’une existence qui n’en est plus, qu’est une espèce de survie d’une joie trépassée depuis longtemps, enterrée toute vive à l’école.
Parce que si ça doit continuer notre existence pareille et même, telle qu’elle se déroule aujourd’hui, sur cette boue ronde, je vois pas beaucoup à quoi ça rime… Des catastrophes
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comme distractions… des hécatombes comme dessert… ça peut encourager personne… On pourrait peut-être aviser, varier un peu nos usages… se demander par où ça pèche… À moins qu’on aime l’atrocité… les grands Beaux-Arts de catastrophe…
C’est important les Beaux-Arts, c’est pas moi qu’en dirais du mal… C’est la manière de s’en servir, c’est là qu’est le hic… Ça serait peut-être même une façon de rénover de fond en comble l’Europe et ses tristes vilains penchants, de lui retrouver un petit peu une âme, une raison d’être, un enchantement, une gaîté surtout, c’est ça qui lui manque le plus, une gaîté pour commencer, puis une mélodie bien à elle, une ivresse, un enthousiasme, un [117] racisme d’âme et de corps, qui serait l’ornement de la Terre, la fontaine des plus hautes féeries ! Ah, nom de Dieu y en a besoin !
Pas un racisme de chicane, d’orgueil à vide, de ragots, mais un racisme d’exaltation, de perfection, de grandeur.
Nous crevons d’être sans légende, sans mystère, sans grandeur. Les cieux nous vomissent. Nous périssons d’arrière-boutique.
Vous voulez retrouver l’entrain ? la force créatrice ? alors première condition : Rénovez l’école ! recréez l’école ! pas qu’un petit peu… sens dessus-dessous !...
Tout doit reprendre par l’école, rien ne peut se faire sans l’école, hors l’école. Ordonner, choyer, faire éclore une école heureuse, agréable, joyeuse, fructueuse à l’âme enfin, non point morne et ratatinière, constipante, gercée, maléfique.
L’école est un monde nouveau qui ne demande qu’à paraître, parfaitement féerique, tous nos soins envers ce miracle ne consistent encore à ce jour qu’en brutalités méthodiques, en avortements acharnés.
Le goût du public est tout faux, résolument faux, il va vers le faux, le truqué, aussi droit, aussi certainement que le cochon va vers la truffe, d’instinct inverti, infaillible, vers la fausse grandeur, la fausse force, la fausse grâce, la fausse vertu, la fausse pudeur, le faux bonhomme, le faux chef-d’oeuvre, le tout faux, sans se fatiguer.
D’où lui vient ce goût-catastrophe ? avant tout, surtout de l’école, de l’éducation première, du sabotage de l’enthousiasme, des joies primitives créatrices, par l’empesé déclamatoire, la cartonnerie moralistique.
L’école des bourrages ressassages, des entonnages de fatras secs nous conduit au pire, nous discrédite à jamais devant la nature et les ondes…
Plus d’entreprises de cuistreries ! d’usines à rogner les coeurs ! à raplatir l’enthousiasme ! à déconcerter la jeunesse ! qu’il n’en réchappe plus que noyaux, petits grumeleux rebuts d’empaillage, parcheminés façon licence, qui ne peuvent plus s’éprendre de rien sauf des broyeuses-scieuses-concassières à 80 000 tours minute.
Ô pions fabricants de Déserts !

 



La 4eme partie du pamphlet de Céline "LES BEAUX DRAPS"

se trouve ICI

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PRZYSIUDA Stéphane 13/11/2009 17:05



Pour ma part je suis surpris que tu puisses mettre les pamplets en ligne sans t'attirer les foudres des autorités qui veillent aux droits des auteurs. Néanmoins, ne boudons pas notre plaisir,
cela permet aux gens intéressés par la question du CELINE pamplétaire de se faire leur propre opinion.
Après avoir lu la totalité de ce qui est en ligne, j' en suis arrivé à être d'accord avec philippe MURAY. J'ai l' impression que les pamplets en question expriment une passion
rasciste qui a longtemps été enfouie chez l'auteur; laquelle ne peut aparaître (ou alors seulement en infime partie) dans une oeuvre ayant une forme romanesque. De ce fait le pamplet est
idéal pour exprimer l antisémitisme et toute autre passion raciste.
Ensuite, je constate que CELINE, dans les pamphlets, a totalement changé de position par rapport à celle qu' il adopte dans les romans. En effet, du témoin annonciateur d'un monde ou toute forme
de civilisation est promise à la violence, ou la moindre intéraction (sauf quelques exceptions) entre deux individus n'est que de la médiocrité en puissance vouée à l'echec, il passe à
celle de sauveur, de guerisseur qui détient une solution qui permettrait éventuellement un salut. Cette solution on la connaît, il n'y a pas besoin d'insister là-dessus. Enfin, je dois
bien admettre que certaines choses (qui participent au changement de position de l'auteur) sont troublantes comme le discours sur l'école, l'urbanisme ou encore les 35 heures qui mettent
bien en avant le côté visionnaire de l'auteur.
Bref, je te remercie d'avoir satisfait ma curiosité car pour pouvoir lire cette partie de l'oeuvre de CELINE c'est très difficile. Néanmoins, j'espère que que la mise en ligne
des pamplets ne participera pas à la satisfaction de l'extremisme politique. Cela est incontrolable et je pense que tu en as
conscience.