"L'ÉCOLE DES CADAVRES" de LOUIS FERDINAND CÉLINE (7ème partie)

Publié le par Zoso


LOUIS–FERDINAND CÉLINE


L'ÉCOLE DES CADAVRES


7eme partie

Heureusement, pour nous faire oublier ces vilains propos, nous trouvons dans une revueanglo-juive Query la déclaration récente d’un véritable expert français, M. Henri de Kérillis. « La France et l’Italie, imprégnées de l’esprit catholique, ont toujours répugné à l’antisémitisme religieux, que les papes ont d’ailleurs toujours condamné à travers les siècles (?). Prenez, par exemple, le dernier article de l’Osservatore Romano qui réprouve la recrudescence d’antisémitisme en Europe Centrale. « Quant au moderne antisémitisme d’inspiration raciste il se peut qu’il trouve un terrain favorable chez ces peuples d’origine barbare, en provenance des hordes primitives, mais il nesaurait s’implanter dans un pays comme la France, constitué par un conglomérat de peuplesabsolument différents les uns des autres. Un Provençal, un Corse, un homme de Narbonne d’origine phénicienne – les Phéniciens étaient les Juifs de la Mer – se trouve au point de vue racial, beaucoup plus près du juif que du breton, du basque ou du flamand. » Et voilà ! La France armée juive ! Tout naturellement ! Par conglomérat ! Combien chaque Phénicien de Narbonne vaut-il de Bretons ? Ça serait agréable de savoir... pour laprochaine pipe ?

Dans ce même numéro du Query nous trouvons encore une étude trèsintéressante (nous semble-t-il !) d’un historien anglais, H. V. Morton, sur le juif dans le monde antique, avant Jésus-Christ. Se référant au portrait que nous ont laissé du juif tous les chroniqueurs et légistes de ce temps, H. M. Morton conclut : « Ce portrait est intéressant parce que c’est le seul que nous possédions du juif tel qu’il apparaissait aux Européens avant l’avènement du christianisme. Les persécutions, dans le sens moderne du mot, n’avaient pas commencé. Le Juif était encore un homme en armes, un soldat qui avait tout frais à son actif cette farouche défense de Jérusalem qui reste un des plus hauts exploits d’endurance, de courage qu’aient enregistré les annales guerrières. Cependant il est clair que le monde, en ces temps reculés, n’aimait pas le Juif. Le Juif apparaissait aux gens de cette époque comme un mystérieux, sinistre misanthrope, arrogant, intolérant. Il était toujours en quête de privilèges, ne cessait d’envoyer des députations en haut lieu pour plaider sa cause derrière le dos des autorités locales et il avait le génie de l’agitation politique. Mais ce qui déconcertait par dessus tout ses contemporains c’était l’exclusivisme qui faisait de lui l’habitant d’une cité, mais jamais un citoyen véritable. C’était un homme qui avait un secret et un secret [212] qui lui était plus précieux que la vie. Le monde antique, dont l’esprit était intensément cosmopolite, découvrait que le Juif était rebelle à tout mélange et, trouvantimpossible de l’incorporer dans les cadres civiques, il le regardait avec méfiance et aversion.Il faut aussi se rendre compte que le Juif, qui n’était pas encore devenu l’opprimé des ghettos moyenâgeux, rendait haine pour haine. « Ainsi nous pouvons constater dans le monde hellénique et gréco-romain des années 300 avant et 100 après Jésus-Christ, l’existence d’une antipathie contre le Juif où l’intolérancechrétienne n’entrait pour rien, l’envie commerciale non plus, fondée, semblerait-il, sur une incompatibilité de tempérament. Peut-être Isaïe l’exprime-t-il par ces quelques mots : Car mespensées ne sont pas vos pensées, ni ma route, votre route. Et ce regrettable manque de compréhension était mutuel. » Ce qui nous prouve que nos très antiques ancêtres étaient beaucoup moins cons que nous. Ils avaient tout compris, tout de suite, admirablement.

Les Français sont bien contents de se rendre ridicules. Vous savez sans doute que sous le patronage du négrite juif Jean Zay, la Sorbonne n’est plus qu’un ghetto. Tout le monde le sait. Mais il existe encore un sous-ghetto, une sorte d’intrait de ghetto, à l’intérieur même de la Sorbonne, que vous entretenez aussi, de vos deniers contribuables, et qui s’intitule (pour les têtards assujettis) « l’École Pratique des Hautes Études ». Une synagogue en surpression ! Le comble des culots juifs ! Le panache de notre insurpassable connerie de
gogos goyes ! « Le juif – nous explique P. Gehen, dans son étude sur l’Université – y règne avec toute l’insolence du faux savant, se diplôme entre coreligionnaires, et se distribue la manneofficielle à raison de mille francs de l’heure. Quant au goïm, il peut travailler dix ans s’il leveut sur quelque ingrat sujet d’érudition, on l’admettra pour faire nombre, toutes ses recherches seront pillées, on recevra narquoisement sa thèse, on fera semblant de l’examiner, mais quelles que soient la forme et la valeur de cette dernière, si l’élève français insiste pour obtenir le diplôme désiré et mérité, il voit immédiatement se dresser devant lui l’arsenal de la perfidie, du mensonge et de l’imposture. Si, sûr de son bon droit et de la justice de sa cause, cet élève veut aller plus loin, on envisage aussitôt de le mettre grossièrement à la [214] porte. » Mais le plus adorable ! Savez-vous qui enseigne dans cet extraordinaire édicule académique le folklore français ? Le juif Marx ! tout simplement et cumulard en plus ! Directeur au Ministère des Affaires Étrangères des Œuvres Françaises à l’Étranger !... Cinquante cours par an à l’École des Hautes Études ! Jamais plus de deux élèves ! « Il reçoit pour chacun de ses cours – nous apprend P. Gehen – une somme très élevée de l’ordre de mille francs l’heure ! » Il faut ajouter que ce Marx ne s’engraisse pas tout seul sur nos impositions. Un Juif n’est jamais tout seul. Il s’est promptement entouré ce Marx nième! dans ce prodigieux bastion de culture, d’autres professeurs, tout aussi français, tout aussi bretons que lui-même, tout aussi frémissants de nous décrasser, de nous élever enfin à la véritable compréhension de nos origines, de nous révéler ce que nous sommes, d’où nous venons, où nous allons, de nousfaire potasser les sources mêmes de notre propre poésie ! ça c’est de l’enculage 100 pour 100 ou je ne m’y connais plus ! Ça vaut quinze défaites à Verdun ! à mon sens ! Quelques noms de ces culottés, invraisemblables professeurs : Messieurs et Mesdames : Maus, Marx encore, Dumézil, Élisser, Grabar, Silvain Lévi, Stoupack (alter ego de MmeBrunschwig), Masson, Oursel, Weill, Puech, etc… Juifs !... Juifs… et contre Juifs ! Le chœur des Français contribuables : « Ah ! Comme ils sont intelligents ! Ah ! Ces professeurs ! Ah ! Ces savants ! Ah ! Ces Juifs ! Sans eux qu’est-ce qu’on deviendrait ? » On finit par se le demander.

Vous êtes bien d’accord ?... Il n’existe vraiment en ce monde qu’une seule internationale qui fonctionne et qui vaille !L’Internationale bancaire, politique, policière, juive. Le monde n’a vraiment qu’une seule pensée, une seule intelligence : l’Intelligence Service. L’Internationale dite ouvrière, l’Internationale de classe, n’est qu’un leurre, une simagrée, un subterfuge démagogique juif dont les Aryens se saoulent et déconnent, Aryens dopés, toujours en position haineuse, toujours prêts à foncer dans les pires catastrophes, les pirescalembredaines guerrières, révolutions, croisades massacrières. Toute la lyre au “delirium”des démocraties en action. Il n’existe pas “d’Intelligence ouvrière”, il n’existe qu’une docilité hurlante ouvrière, un grégarisme aryen vantard, vociférant, que le Juif amuse, entretient, exploite depuis 2 000 années. Il n’existe qu’une fantastique gigantesque connerie aryenne, mondiale que les Juifsutilisent au mieux de leurs intérêts. Et ils s’y entendent ! Tous nos Trusts sont juifs, les fameux “Trusts”, terreurs des enfants de l’Humanité ! Tous nos journaux (sauf rarissime exception) sont juifs. Tous nos banquiers sont juifs. Le travail seul est aryen. [216] Tous les profits du labeur vont toujours aux Juifs. C’est automatique. Voustravaillez juste pour bouffer, vous autres, pour subsister, tout l’excédent passe aux Juifs, au Pouvoir International juif, à la grande famille juive, aux banksters juifs. C’est classique. C’est comme ça. En fait d’Aryens, dans les grands trusts, les grandes affaires, il n’existe que des prête-noms, des paravents, des alibis, des maçons vendus, des prétextes, des caïds, des juifs synthétiques… Pas plus de 200 familles que de beurre au train, une seule réelle grande omnipotence internationale famille : la famille juive, la grande féodalité juive internationale, qui nous rançonne, nous abrutit, nous détrousse, nous tyrannise, cent et mille fois plus cruellement quetous les marquis, les girons, les arrogants, les Petits Maîtres, les Grands Fermiers, les follesputains del’ancien régime. Aucune comparaison. Les sangsues juives sont mille fois plus avides, corrosives, têtues, massacrantes, goulues, que toutes les vermines chatoyantes, des vieilles monarchies frivoles. D’ailleurs tout était déjà prêt, sous les vieilles monarchies frivoles pour la grandepullulation juive, tous les clapiers en batterie. Tous les clubs, toutes les arrière-Loges, aux ordres du Juif Ximenès, eurent tôt fait d’activer la danse en 89, n’eurent qu’à filer quelques tisons sous la grande tambouille philosophe pour que tout ça prenne fantastique ! barde ! fuse ! vrombisse ! bouillonne ! explose ! gicle ! et tout ! Que ça foire partout dégueulasse ! C’était déjà plein de sortilèges encyclopédiques, maçonniques, fraternitaires, bourré à péter. Ce furent des fameuses bâfrances les grandes journées de 93 ! Ils ont briffé des drôles de choses nos grands ancêtres. Ils
étaient pas superstitieux ! La Bastille du monde actuel infiniment plus redoutable que la piteuse déclassée croquemitainerie 93, c’est la Banqued’Angleterre, la Bastille 38 ! d’un pouvoir autrement tyrannique, autrement mondial, autrement rapace, autrement cruel. Un pouvoir organisateur de toutes nos faillites, de toutes nos détresses, de toutes nos tueries. Un pouvoir d’ennemis absolus, implacables, enragés,anonymes, insaisissables. [217] Ce monde est une société anonyme perpétuellement en faillite dont le Conseil d’Administration est entièrement juif et toujours réélu par les Aryens unanimes,enthousiastes, en dépit de la gestion toujours catastrophique. L’Aryen a le goût du malheur, de la souffrance infinie. Les administrateurs juifs du monde, qui ne foutent rien, sont les seuls qui s’enrichissent, sur la misère des États, à coups de faillites. Leur puissance s’accroît à la mesure des catastrophes. Tout l’or du monde est raflé périodiquement par les Juifs, à coups de crises, d’inflations, de révolutions et de guerres. Toutes les décisions mondiales de guerre et de révolutions sont prises par les Juifs. L’or en démocratie commande tout, les hommes, les gouvernants, les choses, la loi, les arts, la musique, le cul, l’armée, la vie, la mort, les âmes. Pour la grande famille juive nous ne sommes qu’autant de bidoches corvéables, plus ou moins fainéantes, plus ou moins vendables, plus ou moins coriaces, plus ou moins dociles. On va vous vendre aux Juifs, rassemblés en partis de droite et de gauche comme on va vendre un troupeau de vaches, bien mugissantes, au Juif encore, le jour de la foire. Les créateurs d’un Parti, de n’importe quel Parti, de droite ou de gauche, n’ont qu’une idée dans la tête, dès le début de leur aventure. À quel prix que je pourrai les revendre, le moment venu, aux juifs, mes branquignols ? Quand ils beugleront assez fort ? C’est tout. Qu’importe la couleur des pelages ? Rouges, verts, jaunes ou résédas ? C’est pas laquestion. C’est pas les opinions qui comptent, c’est la force des beuglements et le nombre de bêtes. Un bon troupeau politique, bien fanatisé, bien hurleur, c’est de l’or en barre. Le Juif est toujours preneur. Pour le Juif c’est tout de la vache, de l’électeur, du soldat, de la bonne qualité de viande aryenne qui lui donnera jamais de déboires. 

 …Il devient très vite le champion très ardent de toutes les causes qu’il embrasse… Le paquebot sur lequel il avait pris passage devait faire escale à New-York pendant cinq jours. Ayant à ce moment grand besoin de repos, il fit connaître au commissaire du Bord qu’il se refusait absolument à tout interview, qu’il ne voulait pas être photographié, qu’il n’apparaîtrait en public à aucun prix. Mais il comptait sans sa propre passion. Le premier reporter sut trouver son point faible. « Vous devriez nous dire quelques mots, Monsieur le Professeur
Einstein, quelques paroles de vous pourraient aider grandement la cause du Sionisme… » Avant que le navire eût quitté la quarantaine, Einstein avait déjà promis un speech pour un déjeuner de gala, un autre discours pour un dîner, une conférence pour la radio, etc… Ses cinq jours à New-York ne furent qu’un tourbillon d’activité pour la cause du Sionisme. Edwin MULLER : Étude sur la vie d’Einstein(The Nation, Septembre 1938)

Wendel ! Wendel ! Rigolade ! Petit Sire ! Diversion miteuse ! (D’ailleurs, tenu, Wendel en parfaite obédience par son propre Conseil juif.) Wendel n’est qu’un insignifiant, le bouc qui pue, le Lustucru qui fait peur aux enfants del’Humanité… Mais les autres, comment qu’ils s’appellent ? L’Humanité ne les nomme jamais, toujours Wendel ! Ça fatigue ! On a bien encore un roi tout de même ! Et joliment puissant,ma parole ! De la grande dynastie mondiale ! Louis XVI quelle fragile pelure ! Mais Rothschild quel monarque ! Maurice ? Arthur ? James ? Cunégond ? Comment qu’on l’appelle ? Lequel de ces Messieurs ? Ah ! Comme il serait agréable qu’on nous le présente au cinéma, très souvent, qu’on nous en cause à la radio, soir et matin, qu’on nous rassure qu’il a vraiment bien déjeuné… qu’on nous donne de ses nouvelles… qu’il a bien dormi… qu’il a bien fait ses petits besoins… Mais jamais rien… que du lugubre silence… Le protocole impitoyable… Et nos Princes, nos potentats de la grande satrapie sémite ? les personnages de Sa Cour ? nous vou-220)lons aussi les connaître ! officiellement !... Toujours Wendel ! C’est fastidieux ! Crochet ! Nous voulons les Princes authentiques !... Pas les frimes ! Les faux-semblants ! Nos DucsLazare ! nos Ras Dreyfus ! C’est à peine si nous les entrevoyons… Quelle cruauté ! Nos Sterns, nos Bollacks, nos Blochs, nos Baders, nos Péreires nous manquent… devant les yeux… là tous les jours… Nos Émirs Foulds, Cohens, Empains, on nous les oublie !... On nous mène donc en bateau !… C’est autre chose que des Wendels !... L’Huma n’en parle jamais cependant… Félonie ! Ni même de ce Rothschild, Louis, qui pourrit là-bas dans les geôles viennoises, sous les verrous de l’ami des capitalistes, l’Hitler. Comme tout ceci est fort étrange ! Suspect !... Le Popu, l’Huma tromperaient-ils leurs lecteurs ? Leurs rédactions seraient-elles juives ? Elles nous cacheraient le principal ? Lesprincipaux ? Nos plus splendides omnipotents seigneurs de France, tous sémites, tous admirablement dotés des plus fantastiques apanages, des plus gigantesques privilèges, tous juifs, tous de branches cousines… Hum ! Hum !... Des potentats quasi-divins ! Pas détenteurs de courants-d’air ! de châteaux en Gascogne, de vermoulues à pignons, de rendez-vous à fantômes ! Non ! Non ! Non ! Des Trusts en plein fonctionnement qu’ils sont les maîtres, qu’ils superordonnent, ces Nom de Dieu de Puissants !... Des forces qui comptent, qui vous assoyent, qui vous foudroyent… Des vraies personnes surnaturelles qui nous tombent directes de l’Olympe, sur les os, irrésistibles, qui nous affament comme elles veulent, qui nous fontvoter comme elles veulent, qui nous font périr comme elles veulent, où elles veulent, quand elles veulent, sans même rien nous expliquer. Juste deux ou trois grognements farouches pour fouailler la meute, les bestiaux baveux, et hop ! d’autor c’est engagé, la guerre commence !... Ou bien c’est la révolution ! La chute de toutes les monnaies ! L’écrabouillage d’un continent ! Ça dépend… Comme ça, tout à leur bon vouloir, très absolument ! Selon leur caprice ! Vous existez pas.

Avant la guerre le peuple au fond il comprenait rien du tout au grand sens des mots terribles Capitalisme… Exploitation… Conscience ouvrière… Trusts… Syndicalismerénovateur… C’était que des mots pour la gueule avant la guerre… On le faisait hurler, bien sûr, le peuple… On l’a toujours fait hurler… N’empêche qu’il y comprenait goutte aux brûlantes questions sociales. C’était du chinois… Y croyait pas beaucoup… Il était pas encore conscient des souffrances horribles de son état d’opprimé martyr, de crucifié des fabriques, de forçat tordu des labours. Tout ça n’est venu que plus tard avec l’or des grandes propagandes, l’or russe en particulier, extrait par d’autres bagnards, des tourbières glacées là-bas vers l’Amour. Le Monde est petit. L’ouvrier d’avant la guerre, bien sûr qu’il avait des accès de très légitime révolte, des bouffées de fièvre vinasseuse, avec crises mélodramatiques “à la Zola”…C’était entendu, classique, ça survenait comme l’urticaire : une fièvre toute rouge après trop d’importants discours, vers la fin des élections, et puis ça lui remontait encore au premier mai, pour le grand drame des Barricades, rien que pour emmerder les bourriques, faire [222] sortir tous les cuirassiers, que ça scintille plein les boulevards. Le grand triomphe prolétarien à cette époque de damnés simples, ça consistait en mitraillades, à toute volée, à coups de culs de bouteilles, en furieuses rafales, plein les écransde cavalerie lourde, que les tessons éclatent horrible, plein les casques, plein les aciers, que çatranche les croupes des gayes, fende les cuirs, que ça foute une pagaye affreuse dans les escadrons. C’était le triomphe prolétaire. J’ai été souvent de la noce au contact des émeutiers, très bien placé pour me souvenir. Il fallait que la grive radine au pas de gymnastique. Çaarrangeait tout de suite les choses. Elle toujours, tout de suite populaire, l’infanterie, bien blairée, en toute occasion sympathique, baïonnettes dardant des éclairs, fringantes au fusil. C’est tout ce qu’elle demandait la foule, qu’on remplace les cuirassiers par de l’infanterie.Elle pouvait pas blairer les chevaux. Immédiatement s’engageaient les parlotes, ça se tassait. Ça finissait en quiproquos, fraternisations scandaleuses, controverses, cafouilleries, canettes et recanettes, rancards, pelotages, litrons encore, à pleins paniers. C’était pas long que ça s’élève autour des troufions, des pires violentes engueulades entre civils et connaisseurs. Ils en arrivaient aux coups, il se défiaient de tous les noms, à propos des menus détails, qu’ils étaient pas du même avis sur les équipements… les manières… la fantaisie dans les cravates… la prestance des officiers, les formes extérieures du respect, les36 portions, paraît-il, qu’il avait le droit le colonel… les traditions régimentaires… la valeurdes troupes en campagne… les progressions si difficiles en terrains meubles découverts. Des véritables stratèges et passionnés pire que Turenne qui se révélaient au contact, pour les manœuvres d’infanterie et le service des forteresses… La foule venue pour mutiner tournait sur place réserviste. Elle avait pas le ferme propos des revendications sociales la foule. Elleoubliait tout son programme à la seule vue des pioupious. C’était pas des foules sérieuses… Mais quand elle est revenue de la pipe !... Ah ! Elle en savait des trucs ! Des machins, tous les secrets formidables ! La [223] foule de foule ! Comment qu’ils s’étaient affranchis les troubadours ! Méconnaissables ! Éclairés ! Fallait voir comme ! « Et que je dis ! Terrible ! Capital ! Le capital ! Les capitaux ! Les Trusts ! Formidable ! Oui que je te dis ! Et que je tecasse ! » Plus rien que des vraies terreurs du Capital ! des Terreurs de Vent ! C’est tout ce qu’elle avait pu retenir des grands abattoirs 14, la masse de masse : un mot ! Capital !Maintenant elle en a plein la gueule de son mot ! Elle peut plus causer d’autre chose ! Capital ! C’est tout ! Elle peut plus comprendre autre chose ! C’est fini ! Jamais qu’une idée à la fois !... Jamais qu’un mot à la fois !... Mais alors vraiment à mort !... Il faut qu’elle en crève ! Capital ! Elle peut plus causer d’autre chose ! Capital ! Et deux cents familles ! Jamais qu’une idée, unehaine à la fois ! Le Vampirisme capitaliste ! Les pressurations de la misère humaine !... Tout l’accessoire du guignol démagogique… L’énorme dégueulasse jérémiade qui ne répond plus àrien en Europe… Les foules démocratiques, cabotines, sournoises, présomptueuses, pourries d’encens, pourries d’encre, archi-pourries, tout empuantées, enfientées par les propagandes, les mensonges juifs et maçons,
dressées par les Juifs et les loges à la muflerie, à la mesquinerie matérialiste, à la revendication éternelle, à l’éternel chantage mandigot sont condamnés à mort. Toute l’Épinalerie des haines absurdes, vaines, qui ne peut s’effacer qu’au sang. Depuis que le peuple est souverain il a jamais changé son disque : Capital ! Capital ! Capital ! Ca ! Ca ! Pi ! Pi !... C’est un monstre à tête d’épingle le peuple, juste de quoi retenir dans son rétriqué cassis une seule rengaine, une seule faribole à la fois. Et c’est marre. C’est toujours la même qu’il rabâche, qu’il ânonnait avant 14, déjà. Jamais qu’une haine à la fois… apprise avec des tels efforts, des telles douleurs infernales qu’il peut plus s’en séparer. Il l’adore à mort sa rengaine. C’est seulement qu’après la prochaine qu’on l’entendra, s’il en reste ça serait du miracle ! hurler quelque chose de nouveau. [224] « Mort pour les Juifs ! Aux chiots les Loges ! Debout les Aryens ! » Mais sans doute qu’il sera trop tard. Ce sera fini les risettes. C’est toujours trop tard quand il s’affranchit le trèpe, trop tard de cinq, dix, vingt années de guerre, de cinq, dix, vingt millions de morts. Le reste du temps qu’est-ce qu’il fabrique le peuple bibineux, pêcheur d’ablettes ? Entre les déluges ? Rien ! Il s’écoute causer, roter, il se fait reluire avec des conneries, comme des vraies gonzesses, des futilités, des babioles. Il compte les verres sur la table… jamais il parle du fond des choses. Jamais. C’est une vraie affaire pour la Mort, le peuple. Un coup de clairon, il s’apporte, y a pas besoin de lui expliquer. Il est toujours là. Il attend.

Pourquoi on la fait pas la guerre ? Tout de suite ? Que ça traîne ? Pourquoi donc Français, petites têtes folettes, petits grelots insoucieux, petits turlupins jacasseurs on vous laisse comme ça au rabiot ? Que vous avez pas encore rejoint tous vos dépôts du sacrifice ? Une bonne fois pour toutes ? Le 4ème, le 202ème, le 624èmeBarbaque ? Hein ? Vous trouvez ça très normal ? De pas être encore en pipe devant Vezoul ? Épinal ? En train de vous faire dépecer sur la frontière espagnole ? En train de soulever les montagnes avec vos tripes dans les Abruzzes ? Ça vous est dû les sursis que vous iriez dire pour un peu !... Perdez donc cette illusion avant de perdre toutes les autres. Si vous êtes encore en vie, c’est pas de votre faute, ni de la mienne. C’est à cause d’une hésitation de l’Intelligence Service. Depuis le moi de Mai déjà que vous devriez être au sport, en train de bouleverser la “Siegfried”, d’écraser les hordes germaniques. Vous perdez rien pour attendre. Si les Anglais tergiversent c’est à cause du ravitaillement des Îles Britanniques. Uniquement. Ils gardent un très mauvais souvenir du dernier blocus. Il faut qu’ils importent la clape ou qu’ils crèvent de faim les Anglais. Ça les agace rien que d’y penser. Rien ne pousse à bouffer sur leurs Îles. Les sous-marins ont bien failli la dernière fois réussir… Il s’en est fallu d’une pichenette. L’Angleterre ne se nourrit [226] qu’à la cuiller, par cargos, il faut que les cargos lui arrivent, lui montent jusque dans la bouche… Qui coule ses cuillers gagne la guerre… L’Angleterre coule sans falbalas, de faim… C’est le danger, le seul, en ce moment, qui fasse encore réfléchir les gouvernements anglais, qui laisse un petit peu perplexe l’I.S… Pour “cargos contre sous-marins”, le problème est résolu, paré, étalé. On a compris. La défense est à la hauteur. Mais “cargos contre avions” ? et surtout contre avions en escadrilles ?... C’est l’inconnu, on ne sait rien… Pas grand’chose… Aucune expérience valable, aucune certitudes. Voilà le hic, le seul. Le Gésier de la vieille Albion se contracte à l’idée… Rien à bouffer dans ses Îles, sauf du charbon. Cargos contre avions en groupe ? L’Aventure ! les experts de l’I.S. se tâtent… Quand ils croiront avoir très raisonnablement résolu ce terrible problème : Protection des convois entre les Açores et Bristol, alors Français, mes petits pères, vous pourrez dire que vos pommes sont cuites, que vous allez sauter dare-dare parmi les mousqueteries folles, les conflagrations à n’en plus finir, les rougeoyantes fascinations. Tout de suite des débris plein la chambre, des cervelles partout !

Il ne faudrait pas croire non plus que ça va suffire désormais d’une méchante petite blessure, un, deux litres d’hémorragie pour vous éloigner des combats ! Ah ! pas du tout ! Des clous ! Vous serez requinqués sur place, refilés “pronto subito” dans l’impétueuse aventure,jusqu’à l’éventrage final : À la gloire de la corrida ! Ça va plus être une excuse d’avoir pissé le sang à glouglous pour se trouver pâle, exemptde sarabande. Ah ! mais pardon ! Mais non ! Mais non ! Tout est prévu ! Et la Science alors ? Et le Progrès ? Ça serait pas la peine… Et la Chirurgie aux Armées ? Et les transfusions d’urgence ? Vous connaissez pas le tout dernier mot de la Science “transfusionnante” ? L’animal humain aux combats, grâce auxtechniques très récentes de transfusions rationnelles, presque instantanées, sur les lieux mêmes de la bataille, a presque plus de raison de mourir. Non. On lui en remet immédiatement du sang, comme ça, sur le tas, la blessure encore ouverte, sang vivant ou sang “de conserve”, selon l’heure, les conditions, l’état du cadavre. On le fait revivre pour combattre. Le rendement de la soldatesque se trouve grâce à cette découverte, formidablementamélioré. Ça va barder les corps à corps ! 10, 20 fois mieux qu’en 14 ! Grâce aux transfusions ! 50 fois plus que sous [228] l’Empire ! N’importe quel soldat pourra survivre désormais à de bien plus terribles blessures, de bien plus grands délabrements qu’en 14, des arrachements, des épanchements d’une gravité surprenante, des hémorragies qu’autrefois on aurait tenues pour fatales. Les services de Santé, qu’une vigilance extrême, seront toujours à point donné avec leur sang “de conserve”, en bonbonnes stérilisées pour remettre du jus dansles veines. Le remède toujours à côté du mal. Les déperditions de forces combatives par hémorragies seront réduites au minimum. Plus de ces massacres empiriques, de ces hécatombes au petit bonheur, de ces boucheries très grotesques comme à Charleroi par exemple, où tant de petits soldats furent éliminés, exsangues, beaucoup trop tôt, qui auraient très bien pu tenir, repompés, encore trois, quatre et cinq jours, sous les avalanches de mitraille. Lacunes de technique ! Impréparation ! Ça n’arrivera plus ! À l’avenir on combattrajusqu’à la dernière goutte de sang, de son propre sang, de sang “injecté”, de sang des autres, de sang d’autres vivants, de sang d’autres morts. Ah ! “le Service des Injections compensatrices” jouera parfaitement son rôle sur les champs de bataille. La guerre est un sport comme un autre. On nous l’a assez répété. On a fini par comprendre. Très bien ! Bravo ! Rappelez-vous la natation… Avant le crawl… après le crawl… Ce fut un monde commedifférence. Le jour et la nuit. Rendement, vitesse, endurance, décuplés ! La transfusion ça fera de même pour la guerre, ça bouleversera tout. Ça sera un miracle. La prolongation du soldat à travers les pires épreuves, comme on aurait jamais cru. Quatre, cinq fois la durée normale. Il suffira qu’on vous remonte avec une injection de sang, dès que vous aurez perdu, du vôtre, trop abondamment. Question d’organisation, c’est tout. C’est simple. Comme on repompe un pneumatique dès qu’il commence à s’affaisser. À chaquefuite : un litre de sang ! Et hop ! Un coup de pompe ! Et ça refoncera de plus belle, la viande à bataille ! C’est fini les excuses faciles, les virées vers les hôpitaux pour une petite nappe de répandue… l’embrochage d’une artère quelconque… le classique broyage des tibias… [229] c’était bon aux temps romantiques, ces petits trucs sentimentaux… les tragiques pérégrinations de ces “blessés très pitoyables pour populations larmoyeuses !” Assez ! Y auramaintenant de la pudeur et de l’efficience aux armées. L’arrière ne voyant plus rien ne pleurnichera plus… Toute la cuisine conservatrice des “saignants” se fera dans les zones des armées, sur les lieux mêmes, à l’économie, à la dernière ampoule, au dernier globule, au dernier soupir. On utilisera tous les restes, impeccablement, toute la viande, le jus, les os, les rognures du soldat, on gaspillera pas un troufion. L’envers vaut l’endroit ! On recoud, ça tient, on injecte, c’est marre. Bonhomme comme tout neuf ! On vous fera durer jusqu’au bout, c’est bien le cas de le dire, vous et votre sang bondisseur, badin, fantasque, gicleur, éclabousseur, à la première écorchure. On arrangera tout ça quand même, on vous remplacera le morceau tout entier (chirurgie Carrel). On vous fera complètement, méconnaissable, mais suffisant, on vous remplacera le sang aussi, et vous refoncerez dare-dare, couper les moustaches à Hitler, clouer les mitrailleuses ennemies. Tous les “Services transfusionnistes” sont parés pour la grande épreuve. Écoutez, c’est un vrai plaisir ce que déclare à ce propos de DrTzanck, hématologiste très distingué, dans le très celtique Paris-Soir : « On ne peut de toute évidence envisager de se servir des combattants (comme donneurs de sang) ce serait les affaiblir, car un donneur de sang doit être un sujet favorable, mener uneexistence tranquille et suivre un régime sain. Faute de mieux, on se résignera au sang “de conserve”, car malgré tout la meilleure manière de conserver le sang humain consiste à le laisser à l’homme. Mais les inconvénients d’un pareil système sont nombreux… etc… » Voilà, n’est-ce pas, de quoi bien vous rassurer ? Vous aurez tout le temps pour conquérir vos citations, à la Brigade, au Corps d’Armée, peut-être même la Médaille, avant qu’on vous relève complètement mort. Et puis ça sera pas fini !... Vous aurez encore de l’espoir ! On vous repompera… Vous pourrez recharger encore… aller reprendre d’autres drapeaux !... [230] Ça devient vraiment trop facile avec des progrès pareils de se tenir héroïques des mois… des mois… des années… Y aura plus de raison que ça finisse.

Quand je lui donne tort, il m’insulte. Quand je lui donne raison, il me congratule. Je ne peux pas considérer Monsieur Maurras comme un véritable antisémite. Emmanuel-Eugène BERLQu’on me pardonne ! Qu’on me lapide ! Mais où veut en venir Maurras ? Je ne comprends rien du tout aux finesses, aux dosotages, aux magnifiques chèvres et chouteries de sa latinissime doctrine. Que préconise-t-ilfinalement ? Une latinité parfaite ? Une alliance avec l’Italie ? Mais certes ! Nous en sommes !Avec Franco ? Mais pourquoi pas ! Et puis alors ? On ne sais plus… tout subsiste ? tout est à refaire ? Latinité par-dessus tout ? Tous félibriges ? Hurrah Vaucluse ! Vive Pétrarque ! En avant Mistral ! Un ban pour Virgile ! Horace à l’action ! Le latinisme je peux pas le souffrir, mais je conçois qu’on l’adore. « Sunt verba et voces, praetereaque nihil » (Horace et pages roses). Peut-on réconcilier l’Europe ? L’unir pour l’amour du latin ? Tout est là. Je ne crois pas. Il faut des raisons plus solides, des raisons de force, d’armées, de foi nouvelle, de race pour unir. Le latinisme est un lien lycéen, un lien de narcissisme académique, de mutuelle admiration pour brillants lauréats du Concours général. L’Allemagne s’est toujours tenue hors du latinisme. Elle s’est terriblement privée ! Elle n’a point participé à la merveilleuseenculerie par les hautaines armées romaines, par les athlètes en rhétorique, prélude à [232] l’autre adorable enculerie par les conjurés déchaînés juifs. Voilà surtout ce qu’on lui reproche à l’Allemagne, nous les nations favorisées sous le rapport “humanisme”, la France, l’Angleterre si hautement civilisées, si admirablement enculées. La Barbarie Germanique ! L’Allemagne nation de proie ! La bête enragée de l’Europe ! La Barbarie teutonne ! que César n’a jamais pu mettre ! Varus non plus ! Teutobochus le Boche ! « Monstrum horrendum informe ingens ! » (Virgile et page roses). Ça le gêne énormément Maurras. Il reprend les crosses de César. Il peut pas quitter le lycée. Il s’y est toujours trouvé trop bien. C’est un lycéen enragé. Il fait de la “retenue” volontaire depuis quarante ans. « Ni Berlin ! ni Moscou ! » Il est très fier de cet adage. Il y tient comme à ses prunelles.Ça vous prend un petit air catégorique… Un petit air seulement… Il ne dit pas notre pétrarquiste la moitié des choses… Il faut tout dire Maurras !... Il faut tout dire !... Ce n’est pas « ni Berlin ni Moscou »… C’est « Avec les Juifs ou contre les Juifs »… Par les temps qui courent celui qui est contre Berlin est avec les Juifs, c’est pur, c’est simple. Maurras vous êtes avec les Juifs en dépit de vos apparences. Ni Berlin, ni Moscou, ça ne veut rien dire ! mais belet bien « Washington-Londres-Moscou » contre « Berlin-Rome-Burgos ». C’est à prendre ou à laisser ! Il faut choisir ! C’est la minute ! c’est l’instant ! Point de marchandages latins. Çaporte pas beaucoup à choisir les “Humanités”, ça porte à circonlocuter, à digresser pompeusement, à s’admirer tout ronronnant dans l’ordonnance d’un beau vide. « Abyssum abyssum invocat. » (L’abîme appelle l’abîme ; David : P. XLI. 8.) Toujours en garde contre l’Allemagne, “nation de proie”, nous retombons, c’est fatal, sous le joug anglais, sous la judéocratie anglaise, dans le célèbre “équilibre”, l’admirable,astucieux “équilibre” que nous payons, bon siècle mauvais siècle, d’une bonne dizaine debanqueroutes, de dix ou quinze millions de cadavres (et demain bien davantage) de tout un infernal surcroît de divagueries, démocratisme épileptique. La folle suiciderie permanente ! [233] L’équilibre européen pour nous, c’est ça, une permanence aux abattoirs. Il est pas difficile, Maurras de trouver le truc très ingénieux, précieux, providentiel, recommandable. Salut ! La Paix par le Désert ! « Ubi solitudinem faciunt pacem appellant » (Tacite). Que veut-il Maurras ? La France toute seule ? toute indépendante ? ne se compromettantavec nul ? seule défenderesse désormais de son irradiante culture gallo-romanique ? de son génie pétrarquisant, rabelaitique, moliéresque, Jeanson de Saillyteux, mazarien, maurrassien pour tout dire ? c’est pas très facile non plus… Ça serait le rêve, mais c’est idiot comme rêve. Nous ne sommes plus sous Louis XIV. Les pets de Monsieur Lebrun ne font plus tressaillir l’Europe. Ils ne font même plus rire personne, ce sont des pets vraiment pour rien. « Cuncta supercilio movemens » (Qui ébranle l’univers d’un froncement de sourcils ; Horace id.) La France toute seule c’est une promenade… Avec l’Italie et l’Espagne ça ne change rien aux conditions, nous pouvons que retomber, une fois de plus, sous l’Angleterre, sous le joug judéo-britannique. C’est tout. Les dignités les plus pointilleuses, les plus respectables, ne changeront rien aux fatalités du fameux équilibre. LaFrance seule ou plus latine encore, par alliance, retombe quand même dans les fontes diplomatiques anglaises. Et nous savons ce que cela signifie. Le monde est actuellement beaucoup plus vache qu’au temps de Louis XIV sur toutes les questions matérielles, alimentaires, ravitaillements, mines, industrie, matières premières. Les États qui ne possèdent sur leurs territoires, en propre, bien à eux, ni pétrole, ni cuivre, ni bois, ni phosphate, ni coton, ni mines d’or, ni même assez de blé pour étaler par tous les temps,n’avoir jamais besoin de personne, et surtout des bateaux de personne, doivent drôlement et en vitesse s’unir, se confédérer, faire peur aux États riches ou disparaître, crever d’épuisementà force d’être rançonnés, pillés, tondus de plus en plus court par les États opulents, périr dans l’esclavage, dans la honte, dans la guerre des tarifs, dans la guerre tout court, dans toutes les révolutions, les calamités, les catastrophes à n’en [234] plus finir. C’est comme ça : c’est pas autrement. Pourquoi crânouiller ? Pourquoi pas l’avouer, les États sans pétrole, sans cuivre, sans coton, sans or, ne s’appartiennent pas. L’indépendance pour eux c’est un mot. Ce sont, ceseront toujours des états esclaves, des états prolétaires, voués corps et âmes à l’exploitation sans limite par les États Riches, naturellement dotés, privilégiés en cuivre, en blé, en coton, en pétrole. Et puis voilà, et puis c’est tout. L’Angleterre au tout premier rang de ces états vautours, l’État vautour et comment ! par excellence ! Il n’existe pas plus d’équilibre durable européen qu’il n’existe de conflit éternel franco-allemand. Ce qui existe c’est un éternel intérêt de la judéocratie anglaise à nous entretenir en perpétuel conflit franco-allemand, par tous les moyens, de siècle en siècle, moyens formidables, bêtes comme chou mais merveilleusement efficaces, la preuve ! « Felix qui potuit rerum cognoscere causas… » (Heureux celui qui a pu pénétrer les causes secrètes des choses ; Virgile et toujours pages roses). Les Aryens d’Europe n’ont plus trente-six cartes dans leur jeu, deux seulement ! La “carte anglaise”, et ils cèdent une fois de plus à l’Intelligence Service, se jettent une fois de plus dans le massacre franco-allemand, dans la plus pharamineuse, fulgurante, exorbitante folle boucherie qu’on aura jamais déclenchée dans le cours des siècles (peut-être pour la dernière fois ! les jaunes sont aux portes !) Ou bien ils jouent la “carte allemande”, se révoltent,s’unissent, se lèvent contre l’Angleterre, la somment, la sonnent, l’abattent, la rasent. On n’en parle plus. C’est à prendre ou à laisser. Pas trente-six cartes, deux seulement ! « Video cartas et lupos ! » Exclamation très latine (pas dans les pages roses). « Je vois les cartes et les loups ! » Maurras il a pas les page roseschez lui. Il travaille tout de mémoire. “Ad memoriam”.

« Pour abattre Hitler, il faut d’abord écraser Staline. » DORIOT Liberté du 12 octobre1938 Avec quoi, il va abattre Hitler, Doriot ? Avec les régiments français à fils uniques ? Avec quels alliés ? La France n’a plus d’alliés. Elle est bien trop déconfite, galeuse, branleuse, avancée dans les gangrènes, contagieuse, pour qu’on s’acoquine avec elle. Salut. Pendant la grave dernière crise la Belgique a mobilisé contre nous, pas contre l’Allemagne. L’Italie, il ne se passe pas de jour qu’elle nous fasse très nettement comprendre combien nous la dégoûtons, qu’elle en a marre de nos allures, que tout en nous lui répugne, qu’elle attend qu’une occasion pour nous corriger, pour nous montrer ce qu’elle peut faire avec nos os de pourris… Nos nationaux veulent pas comprendre, ils persévèrent dans leurs efforts de séduction… de plus en plus bas putassiers. Alors avec quoi il va l’abattre Hitler, Doriot ? Avec les Juifs de son parti ? Il veut écraser Staline en même temps ? Brave petit gars ! Pourquoi pas ? D’une pierre deux coups ! Et youp !là ! là ! c’est gagné ! Nous sommes en pleine loufoquerie, en plein crânouillage loufoquecreux, venteux, bien français ! Cocorico ! Cocorico ! Les prémices de la paralysie générale, la folie des grandeurs ! Aussi absurde que du Maurras, du Kérillis, ou du Péri, vraiment des raisonnements d’hurluberlus à interner. Vous [236] voyez donc pas que vous êtes en l’air ? Que plus rien vous retient au-dessus des précipices ? Que l’Europe toute entière (y compris les Anglais) attend que de vous voir basculer ? Le plus tôt possible ? À quoi riment toutes ces jactances ? toutes ces proclamations bravaches ? Cesprovocations de piteux, perclus, malthusianistes rentiers ? On se le demande ? Le Vésinet en folie ! À nous faire prendre pour encore un peu plus cons, plus bouffis, plus inconscients, inconsistants, hystériques, présomptueux, gâteux, vétilleux que nous le sommes déjà ?... Et puis aussi la muflerie de tous ces cartels ! Remarquez ! muflerie très typiquementfrançaise ! Mais Doriot ! Mais Maurras ! Faudrait tout de même en rabattre ! de ces plastronnades ! Mais c’est Hitler qui vous a sauvés tous les deux de Staline et de ses bourreaux juifs ! Ni plus ! Ni moins ! C’est pas vos petites grimaces ! Vous lui devez une fière chandelle à Hitler ! Vous seriez déjà fusillés tous les deux (avec tous les Aryens qui causent) depuis belle lurette ! s’il avait pas l’atroce Hitler nettoyé l’Allemagne en 28 ! Y a de beaux jours que sans Hitler c’est les Juifs du Comintern qui feraient la loi par ici, les Prévôts, à Paris même, avec leurs tortionnaires mastards. Vous seriez servis ! Vous auriez plus beaucoup la chance d’installer sur les tréteaux ! Ingrats ! Non ! Certes ! Vous parleriez aux radis par les temps qui courent. Ça serait fini les grands airs, les poses plastiques terrifiantes. C’est grâce à Hitler que vous existez encore, que vous déconner encore. Vous lui devez la vie. « Je vas vous désosser, moi, barbares ! Je vas vous abattre bêtes enragées ! atroces Teutons ! Je vas vous retourner les naseaux, moi ! Je vas vous mettre en poudre ! Moi ! Je ! Moi ! Moi ! Je ! » À force de défier comme ça… de vous rendre insupportables… comme sivous étiez en état… Vous allez voir un de ces jours… la purge… Tous les spectateurs de l’Europe ils sont prêts à se fendre la pipe… Les vantards quand on les dérouille ça fait plaisir à tout le monde. Tout le monde est heureux. C’est un cas [237] sans espoir, le vôtre ? Vous avez perdu toute mémoire tellement que vous êtes abrutis ? ou c’est encore la suffisance ? Vous pouvez plus vous souvenir combien qu’elle aurait duré la France de 14, rien qu’elle, toute seule, devant l’Allemagne ? Quinze jours maximum. Vous vous saoulez à l’eau de la Marne à présent ? C’est complet… Cocorico ! Cocorico ! Cocorico !

Sauvés ! On discute !

Les Juifs.


Je trouve l’antisémitisme italien tiède, pour mon goût, pâle, insuffisant. Je le trouve périlleux. Distinction entre les bons Juifs et les mauvais Juifs ? Ça rime à rien. Les Juifspossibles, patriotes, et les Juifs impossibles, pas patriotes ? Rigolade ! Séparer l’ivraie du bon grain ! Tout de suite nous retombons dans les fines discriminations, les scrupules libéraux, les nuances, les mesures “équitables”, les trouducuteries, les avocasseries, les rhétoriques, les pines de mouche, en plein “latinisme”. Maurras est ravi. Donc pratiquement c’est inepte. Le Juif gagne toujours dès qu’on lui entrouvre la porte des fins dosages, des justifications dialectiques… C’est son métier la dialectique. Un Juif a toujours raison. C’est le principe.
Il aura toujours raison, cent mille raisons, cent mille excuses, toutes meilleures les unes que les autres pour demeurer chez vous, pour attendre, attendre encore, et puis un jour, tout oublié, vous foutre vous dehors, dans
deux ans, dix ans, vingt ans… Toute l’Histoire des Juifs hurle ce principe : « Tout compromis avec les Juifs se termine par le triomphe des Juifs et parl’écrabouillement des Goyes. » C’est classique. Vous n’y couperez pas. On veut se débarrasser du juif, ou on ne veut pas s’en débarrasser. Qui veut la fin veut les moyens, et pas les demi-moyens. [239] Le chirurgien fait-il une distinction entre les bons et les mauvais microbes ? Ceux qu’il entend laisser mijoter dans le champ opératoire, les microbes tranquilles, les “dénués de virulence”, les inoffensifs saprophytes et puis les germes qu’il doit éliminer tout de suite, faire bouillir, détruire inexorablement, sous peine des plus graves pépins, des septicémies mortelles ? Non. Cette attitude serait inepte, désastreuse. Il passe à bouillir tous ses instruments avant d’opérer et pas pendant, mais vingt bonnes minutes sous pression, extrêmement scrupuleux. A.B.C. de l’Art chirurgical. Tout est mystérieux dans le microbe comme tout est mystérieux dans le juif. Un tel microbe si gentil, un tel juif si louable hier, sera demain la rage, la damnation, l’infernal fléau. Nul ne peut se porter garant de l’avenir d’un microbe, pas plus que de l’avenir d’un Juif. C’est la bouteille à encre. Les vagues de virulence passent sur l’espace et puis c’est
tout, comme elles veulent, quand elles veulent. Saprophytes inoffensifs, Juifs inoffensifs, germes semi-virulents, virulents seront demain virulissimes, foudrouyants. Ce sont les mêmes Juifs, les mêmes microbes, à divers moments de leur histoire, c’est tout. Personne n’a le droit de se risquer seul, c’est tout. Personne n’a le droit de se risquer d’introduire un seul microbe, un seul juif dit inoffensif, dans le champ opératoire. Personne ne sait ce que deviendra, ce que futautrefois, comment va tourner le microbe ou le Juif le plus bénin d’apparence. Tous les adversaires de Pasteur n’étaient pas incurablement, irrévocablement crétins, ou de mauvaisefoi. Certains d’entre eux firent même de très honnêtes efforts pour appliquer dans leur chirurgie les nouvelles méthodes pasteuriennes. Ils ne demandaient pas mieux que de stériliser leurs instruments avant d’opérer. Ils croyaient en toute probité les avoir stérilisés parfaitement, leurs instruments, de très bonne foi, quand ils les avaient bouillis au préalable quelques minutes, comme un œuf à la coque, un-deux-trois minutes, dix minutes au maximum. Lesrésultats étaient effroyables. « Monsieur Pasteur est un charlatan ! Son antisepsie n’est qu’une farce. Je les ai fait bouillir, moi, mes bistouris ! Selon sa fameuse méthode ! [240] Mes statistiques démontrent que la méthode Monsieur Pasteur n’est qu’une faribole de maniaque. Rien ne change par sa méthode ! Même infection ! Même mortalité ! Les microbes ! Ses microbes ! Quelle duperie, quel battage ! » À cette époque l’infection post-opératoire enlevait à peu près 95 pour 100 des opérés. Pasteur eut toutes les peines du monde (dix ans de parlotes furieuses) à faire comprendre à ses adversaires qu’ils étaient tout de même, eux, responsables de leurs échecs opératoires, pas sa méthode. Les découvertes pasteuriennes furent formellement niées en France, banniespendant dix ans, et par les plus grands savants français de l’époque. Les méthodes pasteuriennes n’acquirent droit de cité que grâce à Lister, après un long exil en Angleterre. Ces petits démêlés tout à l’honneur du fameux esprit français, tout de lumière, de lucidité, de logique, de cartésianisme, de narcissisme. Bref, Pasteur dut renoncer pendant dix ans à faire admettre aux savants de la Race la plus intelligente de la Terre qu’entre une ébullition de troisminutes et une ébullition de vingt minutes, il existait un abîme, un monde, qu’une stérilisation de trois minutes demeurait imparfaite, donc absolument inutile (plutôt nuisible), tandis qu’une ébullition de vingt minutes, scrupuleuse, stérilisait véritablement, parfaitement, les instruments opératoires, supprimait tous les germes (et leurs spores), et par conséquent toute possibilité d’infection. Pour ces éminentes cervelles latines le mot “stérilisation” suffisait. Elles avaient eu le mot !Elles avaient eu la chose ! Ébullition ? N’est-ce pas ? Très bien ? Antisepsie ? Alors ? Deux ! Dix ! Vingt minutes ! Qu’est-ce que ça pouvait bien foutre toutes ces histoires de minutes ? Des échappatoires ! Des alibis ! Des faux-fuyants ! Des chichiteries ! ces minutes ! Quelle différence ? Y avait bien eu tout le mot : ébullition ? On avait bien fait bouillir ? Alors c’était l’essentiel ! Pasteur était condamné devant l’Académie de Médecine française, latine, verbale, puisqu’il avait prononcé le mot ! Il était foutu. Ils avaient tous répété, les quarante académiciens, le mot. Alors c’était suffisant. Si ça marchait pas c’était tant pis pour sa gueule !Les latins, les latinisants [241] sont conifiés par les mots, toujours, ce ne sont pas eux quiconduisent les mots, ce sont les mots qui les conduisent. Ils croient aux mots, ils ne croient qu’aux mots. Ils pensent que le monde est un mot, que le juif est un mot, que la stérilisation est un mot, que tout peut s’arranger avec des mots, avec un mot, avec un mot juste, avec unmot heureux. Ils raffolent des solutions verbales, dites heureuses, ils n’en reconnaissentjamais d’autres. Si les événements comme à Munich viennent bousculer leurs petites solutions verbales, vous les voyez longtemps, longtemps encore, demeurer tout déconfits, malheureux, ne reconnaissant plus le monde, leur monde, qui est un monde essentiellement de mots. À force de tout arranger, de tout trancher avec des mots, ils finissent par croire forcémentque tout est arrivé. Et en avant ! Et en avant les mots ! Nous possédons maintenant en France le plus soufflé brelan de vaniteux crétins pontifiants imaginables, les plus grands rhétoriciens, raisonneurs de travers de la Planète, les plus fieffés culottés épouvantables grands moralistes à faux de l’univers. Revenons à nos juifs.


LA 8eme PARTIE DE "L'ÉCOLE DES CADAVRES"

de LOUIS FERDINAND CÉLINE EST ICI

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