"BAGATELLES POUR UN MASSACRE" de LOUIS-FERDINAND CELINE (2eme partie)

Publié le par Zoso

La même charmante commère sur les pointes jusqu'au milieu du rideau : elle annonce : "Les absents n'ont pas toujours tort... Il s'en faut ! et de beaucoup !... Vous allez voir que tante Odile pense toujours, mélancolique, à sa nièce aimée, la touchante Virginie... Elle a lu, bien relu cent fois déjà, la bonne tante Odile, chaque page du grand roman... du merveilleux récit tendre et terrible... Mais voici bientôt trois années que le "Saint-Géran" fit naufrage... Cela ne nous rajeunit pas... Tristesse est lourde aux jeunes gens... et chaque printemps doit fleurir !... Je vous annonce les fiançailles de Mirella, cousine de Virginie, avec le sémillant Oscar !... Voici Mirella, mutine, délicate et tendre, fraîche rose d'un gracieux destin...-Vous allez voir Mirella, reine du jour, dans le salon de tante Odile !... Chez tante Odile ! au Havre !... Juin 1830 ! Vous allez connaître encore une autre grande nouvelle... Je vous laisse à deviner... Par la fenêtre de tante Odile l'on aperçoit le Sémaphore... Regardez bien !... S'il apparaît un drapeau bleu... C'est un navire ! Je vous le dis !... Le navire !... Entre nous ! Chut !... Chut !...

Et la commère disparaît sur les pointes...

2e Tableau (Le rideau se lève).

L'on aperçoit un salon de l'époque... très cossu... très bourgeois... capitons... sofas... un piano... deux, trois grandes fenêtres... baies vitrées... donnent sur la falaise... le Sémaphore... la mer au loin... très loin... Au début de l'acte, tout le monde va et vient dans le salon. Une jeunesse nombreuse... joyeuse.... pleine d'entrain... danses... duos... quadrilles... etc... cotillons... tout ce que l'on voudra de l'époque... (transposé en ballet).

La cousine Mirella (étoile) avec Oscar, son fiancé... se font mille agaceries... d'autres couples se forment... s'élancent autour d'eux... bouleversent un peu le salon... On saute par la fenêtre... On revient, etc. on gambade mais tout ceci cependant... dans le bon ton !... Elégance... souci de finesse... Au piano... deux vieilles filles, tout à fait caricaturales... Elles jouent à quatre mains... (à deux pianos, ou piano et épinette si l'on veut...) Les petits ballets se succèdent... mais une porte s'ouvre... Les danseurs interrompent leurs ébats... Une dame âgée fait son entrée... fort gracieuse... mais réservée... un peu craintive... effacée... Elle répond très aimablement... aux révérences des danseuses... Mirella et Oscar l'embrassent... d'autres aussi... On l'entoure... on la cajole... Elle ne veut pas troubler la fête... "Oh ! non !... non ! " Elle fait signe que l'on continue... qu'elle Se veut rien interrompre... que tout doit reprendre fort gaiement...

Mirella veut faire danser tante Odile, un petit tour avec Oscar !... Doucement tante Odile résiste... se dérobe... Tante Odile préfère son fauteuil près de ta fenêtre... Qu'on la laisse passer... Sous le bras, elle porte son ouvrage de tapisserie... et puis un gros livre... son chien la suit... Le bon Piram, que Virginie aimait tant... On accompagne tante Odile vers son fauteuil... devant sa fenêtre préférée... Les jeunes couples se reforment... la fête continue... Mirella éprouve, cependant à ce moment, comme une sorte de malaise... vertige... Un trouble... elle préfère attendre un peu... se reposer... avant l'autre danse... Oscar lui offre son bras... Ils se rapprochent tous les deux de tante Odile, à la fenêtre... Tante Odile est encore plongée dans la lecture du beau roman... Mirella... à ses genoux... lui demande de lire le livre tout haut... Oscar tout près... charmant groupe... Les danseurs peu à peu s'alanguissent... ne dansent plus qu'à peine... se rapprochent aussi de tante Odile... Un cercle airs se forme, jeunes gens et jeunes filles... la musique devient de plus en plus douce, mélancolique, attendrissante... C'est le récit de tante Odile... comme un chant... la lumière du jour faiblit... un peu... C'est le crépuscule... Le rêve s'empare de cette gracieuse assistance... Tous les danseurs sur le tapis... sur le plancher... attentifs, mêlés en groupes harmonieux... écoutent tante Odile... (la douce musique...)

Mais, à ce moment, l'on frappe... et l'on flanque la porte-brutalement... Sursaut. Un petit messager, un gamin du port... surgit en dansant... gambade... fait mine d'annoncer une grande nouvelle... tout à travers le salon... En un instant... tous sont debout... Il porte un message à tante Odile... Grand bouleversement aussitôt... Enthousiasme!... Joie de tous !... Par la fenêtre on regarde au loin... Le drapeau bleu du Sémaphore apparaît, monté, hissé... Tous dansent ensemble de joie !... Y compris la tante dans la ronde !... Le petit messager... toute la jeunesse... et Mirella et son fiancé... Farandole !... Tous au port ! Bousculade. On s'habille vite... Manteaux !... capelines !... bonnets !... chichis !... On se précipite !... Piram aussi vers la porte... bondit, jappe !

Envol de tous par les portes et les fenêtres vers- le port... Au plus vite arrivé ! Piram bondit de tous côtés... (Tout cela en farandole.)

3e Prologue :

Le rideau, qui ferme la scène sur le troisième tableau, représente une sorte de formidable véhicule, engin genre diligence-autobus-tramway-locomotive... Un plan coloré d'énorme dimension de cette apocalyptique engin, machine aux roues colossales... Une diligence fantastique... d'énormes moyeux... Une chaudière genre marmite de distillerie... Une cheminée haute, immense... à l'avant... des pistons cuivrés terribles... toutes espèces de balanciers... soupapes... ustensiles inouïs... et puis cependant quelques coquetteries... Dais, guirlandes,... crédences, un mélange de machinerie et de fanfreluches romantiques... En banderole une inscription : "THE FULMICOACH Transport Lt.".

(Cet extraordinaire chariot sortira plus tard des coulisses... roulera sur la scène même... dans un grand accompagnement de musique effrayante... au moment voulu de l'intrigue... de tonnerres fulminants.) La même charmante commère... même musique... se glisse doucement sur les pointes vers le milieu de la scène... elle porte un bouquet à la main... de bienvenue... "Ouf !.... elle fait mine d'avoir couru... Je n'en puis plus !... Ah ! Quelle surprise !... Vous avez vu cet émoi ?... Qu'on est heureux de se revoir !... Après tant d'années moroses... passées dans les larmes... Je veux être la toute première à les embrasser... Quelle joie !... Quelle joie !..."

A ce moment, par l'autre côté de la scène... entrent deux... trois... quatre personnages... des ingénieurs de l'époque... pesants... tranchants... discuteurs... redingotes... leurs aides portent divers instruments... d'arpentage... des équerres... des chevalets... L'un des ingénieurs fait des
signes, des calculs sur le sol... La commère va vers lui...

"Monsieur !... Monsieur !... Qu'est-ce que cela ?... Cette énorme horreur... dites-moi ?... Quelle épouvante !...Nous attendons Paul, Monsieur, ne savez-vous rien, ?... Virginie ?..."

L'ingénieur ne répond pas... Il est plongé dans ses calculs... ses assistants mesurent la scène... la mesurent encore... jaugent... estiment... les distances...

La commère s'affaire... s'effraye... Non vraiment cela !... ne comprend plus rien... Enfin les calculs sont terminés... "Elle passera" déclare l'ingénieur fermement... C'est sa conclusion... Les autres répondent en chur : "Elle passera !"... Effroi de la commère... Elle regarde encore le rideau, l'abominable monstrueuse mécanique... la baguette lui tombe des mains... Elle s'enfuit... les autres, les ouvriers, ingénieurs, en se moquant la suivent... la scène est dégagée...

Le rideau se lève...

3e Tableau :

La scène représente les quais d'un port... 1830... très grande animation... Au fond des tavernes... bouges... boutiques... "shipchandlers"... bastringues... portes qui s'ouvrent... se ferment... un bordel... Au coin d'une rue... une pancarte : une flèche désigne la route : PARIS...

Enfants... voyous débraillés... marins ivres... quelques bourgeois... des douaniers...

Tous ces groupes dansent... confusion... cohue... Petits ensembles... trios... infanterie de marine... puis se refondent dans la masse... Successivement aussi d'autres groupes tiennent un moment le principal intérêt du ballet... La foule semble s'organiser autour de ceux-ci... et puis les groupes se dissolvent encore... Filles galantes... soldats... Prostituées en chemise sortent effarées du bobinard...

Débardeurs... soldats... poursuivants... marins... marchands de frites... bistrots... etc. Mais voici un groupe de danseurs plus homogène... Des débardeurs transportant des sacs pesants (genre forts des Halles). Ils avancent à la queue leu jeu... vers la passerelle... (à gauche grimpent au flanc d'un grand navire)... Ils avancent fort péniblement... mais toujours dansant, tanguant, cependant... pesants comme des ours... Ils s'appuient sur de lourdes cannes. Eclate, à ce moment même, au fond du bistrot, la farandole criarde des pianos mécaniques... La farandole dû débardeurs... Fantaisie... (une danse d'ensemble...) Ils grimpent finalement à la passerelle... Ils y parviennent après mille efforts et disparaissent dans les cales... La foule retourne à son désordre... La foule est traversée par des passagers qui débarquent précédés de grosses valises... malles, coffres etc... tous les pays... chacun avec son véhicule typique... Un riche Anglais avec son domestique... Un lord en mail-coach... il demande la route de Paris... On la lui montre... Il est content ! Gigue... Il prend la direction de l'écriteau : Paris... Toute la foule danse un petit moment avec lui... Les gendarmes essayent de ramener un peu de calme... Les douaniers sont débordés, sacrent et menacent... Voici une famille espagnole qui débarque par l'autre côté du navire... Mère solennelle... filles... Senoras... un grand char-à-bancs, des mules... La route de Paris !...

Mais voici d'autres débardeurs... ceux-ci roulant d'énormes tonneaux. Danse autour des tonneaux... autour... entre... sur les tonneaux... Farandole... Voici les "Oiseaux des Iles"... Marchand d'oiseaux... avec des cages, et des oiseaux fantastiques... plein les bras... perchés sur la tête. et des oiseaux (grandeur humaine). Danses... Les filles du port veulent arracher leurs plumes... se les mettre partout... Encore la police doit intervenir... Grande bataille avec les débardeurs qui protègent les filles Plumes des oiseaux... Nuages de plumes... Le commissaire du port... Il est partout à la fois... Il gronde... tempête et les douaniers partout toujours, furetants. Voici des Russes qui débarquent avec leurs traîneaux et leurs ours... Danse de l'ours et de la foule... Les ivrognes du port... dansent avec l'ours. on s'amuse fort... Les marchandes de poissons et les voyous du port... autant de farandoles... et d'autres bêtes à fourrures...

A ce moment, arrive la baleine... une énorme... On lui jette des poissons...Elle danse... Elle rend Jonas et les Esquimaux... Elle s'en va aussi vers Paris... Grande rigolade... Voici l'Allemand qui débarque avec sa famille entière... il demande aussi Paris... il chevauche un tandem avec sa grosse épouse... Tandem tout primitif et un petit panier derrière pour ses nombreux enfants, cinq ou six... Voici l'Arabe et son harem sur un dromadaire... (danse...) Voici le maharadjah avec l'éléphant sacré... Danse de l'éléphant... La foule s'amuse... L'éléphant refuse d'aller vers Paris... On le pousse. Il résiste... C'est la lutte... Grand brouhaha... La folle mêlée... Enfin l'éléphant se décide... Il prend la route...

Mais voici la grande clique des haleuses... du port... dont la grappe arc-boutée sur la corde est précédée par un énorme "capitaine du port" congestionné... apoplectique... Il prodigue... tonitrue ses commandements ses injures... la cadence pour mieux tirer... Ho ! Hiss !... Elles tirent. les haleuses... elles entrent peu à peu en scène à coups d'efforts saccadés, soudées collées en grappe sur le câble... Immenses efforts... Elles sont vêtues de haillons... mégères terribles... et picoleuses... Elles se passent le "rouge" tout en tirant et titubant à la "régalade"... Tout ceci en musique "batelière"...

Mais l'énorme bateau résiste... Toute la grappe des batelières est par instant, par sursauts, happée hors de scène... vers la coulisse... Alors les autres personnes viennent à l'aide... Bientôt tous s'y mettent... Débardeurs... truands... soldats... marins... putains... C'est la grande entr'aide. Toujours en flux et reflux... Victoires et défaites... Le bateau cependant est le plus fort... finalement... Il entraîne tout le monde vers la coulisse... la scène se vide !... toute cette foule est pompée à rebours par le navire !... par un retrait soudain du câble. Quelques personnages reviennent peu à peu... des mousses... quelques débardeurs... une ou deux filles et soldats..

Mais voici que surgit la troupe joyeuse des amis de Mirella... avec tante Odile et Piram... Ils arrivent au port tout essoufflés... Ils rencontrent des passagers juste débarqués... et bien malades... Ces passagers nauséeux chavirent, roulent et tanguent encore... allant et venant sur le quai... Ils sont verdâtres et défaits... Ils sortent du mal de mer... Mirella les interroge: "Ont-ils vu Paul ? et Virginie ?" Ils ne savent rien du tout !... Ils veulent aller vers Paris... poursuivre leur voyage... On leur montre l'écriteau... ils s'en vont par là titubants avec leur mandoline...

Mais le "capitaine du port" aperçoit tante Odile... Ses respects... ses devoirs... Il agite fort sa longue-vue... Puis examine l'horizon... Il annonce... Ça y est ! Voici le navire !... La foule se masse tput près du quai... envahit... encombre tout l'espace... Joie !... Joie !... toutes les amies de Mirella portent des bouquets de bienvenue à la main), minute émouvante au possible !

Et voici que gravissent, bondissant quatre à quatre les marches du débarcadère : Virginie !... Paul !... On s'embrasse... on s'étreint !... Triomphe !... On se fête... On se cajole... Des cadeaux... Tout ce qu'ils rapportent des pays sauvages : tapis... animaux étranges... canaris... tout ceci porté par des nègres et des négrillons de la tribu qui les ont accompagnés... Et puis la sorcière qui ne les a pas quittés... On s'esclaffe... on jubile... Tout cela... très vivement... danse et musique... Paul va faire danser ses nègres... pour la bienvenue... Danses heurtées, saccadées, barbares, toutes nouvelles pour tante Odile et les autres... Tam-tam. Toute la foule regarde cette scène insolite, un peu inquiète... jamais on n'avait vu pareilles danses !... Tante Odile est effarée !... Les jeunes filles se blottissent contre leurs cavaliers... La danse sauvage se déroule passionnée... sadique... cruelle (avec des sabres et des javelots). Paul jubile !... Virginie, toute blottie contre sa tante, ne semble pas très ravie par cette démonstration... Elle explique à sa tante qu'elle n'y peut rien... qu'elle est désarmée contre les extravagances de son Paul. La sorcière de la tribu passe avec le flacon maudit... Paul saisit son flacon de liqueur ardente... Il boit... il en est tout ranimé... Les éléments les plus louches, les plus voyous de la foule, les escarpes... les matelots ivres, viennent danser avec les nègres... émoustillés par ce spectacle, se mêlent à la tribu... aux danses impudiques. Tante Odile ne cache plus son indignation... Elle ne comprend plus... Les jeunes gens... les jeunes filles... viennent goûter aussi cette liqueur... maudite... Ils l'exigent de la sorcière... Ils perdent alors toute retenue... aussitôt avalée... leur danse devient extravagante, les classes, les métiers se mêlent... Mélange... chaos... Débardeurs... bourgeois... police... pucelles... tout est en ébullition... tout le port... Mirella abandonne son Oscar, qu'elle trouve trop réservé décidément... dans ses danses... elle étreint Paul qui, lui, est un luron bien dessalé... Paul ravi... Duo lascif, provocant de Paul et Mirella... Paul trouve que Mirella est trop vêtue encore pour danser au nouveau goût... Il lui arrache son corsage... sa robe... la voici presque nue... elle a perdu toute pudeur... La sorcière les fait boire encore... Tante Odile est outrée... Elle essaye de raisonner Mirella... Mais la jeunesse s'interpose déchaînée... On retient tante Odile... Virginie sanglote dans les bras de sa tante... Elle ne peut plus rien pour Paul... Paul est maudit... L'esprit du mal est en lui... Toute la jeunesse... les amis de Mirella tout à l'heure, les mêmes, chez tante Odile, si finement, gracieusement réservés et convenables, sont à présent déchaînés... Ils arrachent leurs vêtements à leur tour... contaminés... s'enlacent... se mêlent aux voyous... aux prostituées... Ils exigent de la sorcière toujours plus de liqueur... Virginie n'en peut plus... Elle va vers Paul, elle essaye de le séparer de Mirella... de le reprendre... Elle lui fait honte... Paul la repousse... et ses conseils... "Tu m'embêtes à la fin... J'aime Mirella ! Elle danse à ma façon !..." Virginie se redresse sous l'outrage... "Ah ! voici le genre que tu admires ?... Il te faut du lubrique !... de la frénésie ! Soit !... Tu vas voir ! ce que moi ! je peux faire ! quand je m'abandonne au feu !..." Elle va brusquement vers la sorcière, elle se saisit de son grand
flacon... le philtre entier... Elle le porte à ses lèvres... Une gorgée, deux gorgées... elle boit tout... Toute la foule est tournée vers Virginie la pudique... à présent narquoise et défiante... La sorcière veut l'empêcher... Rien à faire! Virginie vide tout le flacon... Le délire la saisit alors... monte en elle... elle arrache ses vêtements et elle danse avec plus de flamme encore, plus de fougue, plus de provocation, de lubricité, que tout à l'heure Mirella... C'est une furie... une furie dansante... Jamais encore Paul ne l'avait vue ainsi... Et cela lui plaît, le subjugue... Il quitte déjà Mirella et se rapproche de Virginie... Il va danser avec elle... Mais Mirella, narguée... se révolte... La colère monte en elle... l'emporte... elle ne se tient plus... Tout le monde se moque... Alors Mirella bondit vers un marin, lui arrache son pistolet d'abordage, à la ceinture, vise et tue Virginie... Virginie s'écroule... Epouvante générale... On fait cercle autour de la pauvre Virginie... Paul est désespéré... Silence... Toute douce... la musique douloureuse...

Mais voici un boucan énorme !... fantastique !... de la droite des coulisses... Un bruit de locomotive... de pistons... de vapeur... de cloches... de trompette... de chaînes... de ferrailles... tout cela horriblement mélangé... Les ingénieurs de tout à l'heure repoussent la foule... se frayent un chemin... Un gamin les précède... avec un drapeau rouge et une cloche qu'il agite... Qu'on s'écarte... qu'on s'écarte ! Place !... L'engin terrible... rugissant, soufflant, vrombissant... apparaît peu à peu sur la scène... C'est le "Fulmicoach", le phénoménal ancêtre de tous les véhicules automobiles... L'ancêtre de la locomotive, de l'auto, du tramway, de toute la mécanique fulminante... Engin énorme, fantastique, effrayant... Il a sa musique, genre jazz en lui... La foule se tourne vers le monstre... déjà la foule ne pense plus à Virginie morte... étendue au premier plan...

Seul Paul est à genoux auprès d'elle... pleure... Pauvre tante Odile ne peut supporter tant d'émotions à la fois... elle devient folle... elle se précipite du quai dans l'eau... Elle se noye...

La machine infernale avance toujours peu à peu... Un homme sur l'avant du châssis, là-haut, joue de la trompette (genre mailcoach), l'émotion dans la foule est à son comble... L'enthousiasme aussi... Des vélos entourent le monstre... les cyclistes tirent du pistolet, une farandole autour du monstre... Faire du bruit !... On aperçoit à présent tout cet énorme ustensile qui avance tonitruant et majestueux... On fête le monstre vrombissant... on se passionne... Tout au sommet de la cheminée le drapeau américain... L'engin vient d'Amérique... Les touristes américains vers Paris... Le " Fulmicoach" va disparaître... La foule ne peut s'empêcher de suivre le Fulmicoach"... fascinée... l'extraordinaire véhicule... la foule s'engouffre en coulisse... derrière le "Fulmicoach"... Reste Paul seulement, auprès de Virginie... pas longtemps... Des jeunes filles, toutes émoustillées, effrénées, bondissantes, reviennent sur leurs pas... semoncent, entraînent Paul, lui font comprendre qu'il perd son temps !... que la vie est courte !... qu'il faut aller s'amuser plus loin... toujours plus loin... qu'il faut grimper dans le "Fulmicoach"... qu'il faut boire et oublier... Elles le relèvent, l'obligent à se relever... à boire encore du flacon maudit... oublieux Paul !...

Il est debout à présent... Il titube... Il ne sait plus... Il suit la foule endiablée... Il se détourne encore un peu... La farandole l'entraîne... Il disparaît...

Il ne reste plus sur la scène que Virginie morte... dans une tache de lumière... et puis Piram, le bon chien, seul aussi à présent... le seul ami qui reste... Il se rapproche de Virginie... Il se couche, tout à côté d'elle...

C'est tout. Rideau.

 

 

Gutman est revenu de l'Exposition, quatre jours plus tard... la tête horriblement basse morveux, de la grimace aux talons Il n'avait remporté que des échecs

-- C'est encore plus juif, Ferdinand, que je l'avais imaginé !

Il m'avouait, dans les sanglots, qu'il avait partout rencontré des Juifs d'un racisme effrayant tout bouillonnants de judaïsme dix par bureau trente par couloir

-- C'est tout ce que tu trouves à m'apprendre ? dis donc granuleux ? Rien pour les Français alors ? Rien pour les enfants du sol ? Rien que des gardeschiots ? des vestiaires ?

Je l'aurais désarticulé, je lui aurais retourné les yeux (globuleux, juifs).

-- J'en aurai jamais des danseuses alors ? J'en aurai jamais ! tu l'avoues. C'est tout pour les youtres ! Gueule donc! traître !

-- Toutes les mignonnes, Ferdinand, veulent toutes se taper les youtres. Pour elles, les Juifs, c'est tout l'avenir

Il dodelinait de la tête comme ça, comme un veau sans mère Il secouait ses oreilles immenses. Il se délectait de me faire souffrir ! Il était sadique, forcément...

-- Tu veux savoir l'effet que tu me causes ? tu veux savoir ? dis. vampire ?

Il ne voulait pas que je lui explique. Il a su quand même

-- Je vais te le dire, tiens, je connais un homme, moi, un homme qu'est des plus instruits un agrégé de philosophie ! C'est quelque chose ! Tu sais pas comment il se marre ? comment il s'amuse ? Avec des chiens ?

Non, il savait pas.

-- Il s'en va comme ça sur le soir, le long des murailles dans les fortifications Il appelle un clebs de loin, un gros il le rassure, il le caresse d'abord, il le met bien en confiance... et puis il lui tâte les burnes... comme ça... tout doucement... le gland... et puis alors il l'astique... Le clebs il est tout heureux, il se rend, il se donne... il tire la langue... au moment juste qu'il va reluire... qu'il est crispé sur la poigne... Alors, tu sais ce qu'il lui fait ?... Il arrache d'un coup le paquet, comme ça, wrack !... d'un grand coup sec !... Eh bien toi ! tiens ! dis donc, ravage ! tu me fais exactement pareil avec tes charades... Tu me fais rentrer ma jouissance... Tu m'arraches les couilles... Tu vas voir ce que c'est qu'un poème rentré !... Tu vas m'en dire des garces nouvelles ! Ah ! fine pelure de faux étron ! Ah ! tu vas voir l'antisémitisme ! Ah ! tu vas voir si je tolère qu'on vienne me tâter pour de rien !... Ah ! tu vas voir la révolte !... le réveil des indigènes !... Les Irlandais, pendant cent ans, ils se sont relevés toutes les nuits pour étrangler cent Anglais qui leur en faisaient pas le quart de ce qu'on supporte, nous, des youtres ! Officiel ! Chinois ! Officiel !

                                                          * * * * *

C'est pas d'aujourd'hui, tout compte fait, que je les connais, moi, les Sémites. Quand j'étais dans les docks à Londres, j'en ai vu beaucoup, des youpis. On croquait les rats tous ensemble, c'était pas des yites bijoutiers, c'était des malfrins terribles... Ils étaient plats comme des limandes. Ils sortaient juste de leurs ghettos, des fonds lettoniens, croates, valaques, rouméliques, des fientes de Bessarabie... Tout de suite ils se mettaient au gringue, ils avaient ça dans le grelot... à faire du charme aux bourriques... aux policemen de service... Ils commençaient la séduction, pour se faufiler dans leur Poste... Je parle des docks de "Dundee" pour ceux qui connaissent... où ça débarque les matières brutes, surtout des filasses et puis aussi la marmelade... Les "Schmout" ils se fendaient du sourire... Toujours plus près du policeman... c'était la devise.. Et puis que je te le flatte... que je l'amadoue... Et que je lui dis qu'il est fort... intelligent !... qu'il est admirable, la brute !... Un cogne c'est toujours Irlandais... Ça prend toujours le coup de mirage. C'est fat comme tous les Aryens... ça se bombe... Très vivement il est bonnard, le guignol, il se mouille d'une saucisse pour les youtres... à la pitié... il les invite... un coup au poêle !... une tasse de thé...

Les Juifs, ils rentrent dans la guitoune, ils sont plus dehors... Dans la truanderie c'est eux qui se placent les
premiers... Tout ça se passe sous une lance ! des cordes comme des bites ! au bord de la flotte jaune des docks... à fondre tous les navires du monde... dans un décor pour fantômes... dans la bise qui vous coupe les miches... qui vous retourne les côtes...

Le Juif il est déjà planqué, les blancs ils râlent sous les trombes... Ils s'engueulent tous comme des chiens... Ils sont dehors, ils hurlent au vent... Ils ont rien compris... Voici comme ça se passe les débarcadères... Le bateau s'annonce... il approche du quai... il accoste... Le "second" monte à la coupée... comme juste les filins viennent aux bornes. Le rafiot cale dans les "fagots"... Tous les frimands sont tassés, une horde en bas... qui la grince je vous garantis... Ils attendent le "nombre"... la grelotte !... Il en faut cinquante ! qu'il annonce...

Alors, c'est un tabac féroce... les premiers qu'arrivent, oh hiss ! là-haut ! de la bordée, sont les bons... ceux qui peuvent foncer, grimper dans l'échelle... Tous les autres, tous ceux qui retombent, ils peuvent crever... Ils auront pas le saucisson... le "shilling" et la pinte.

Y avait pas de pitié, je vous assure... C'est au canif que ça se règle... à la fin, pour les derniers... Un coup dans le fias... Fztt ! tu lâches la bride... la grappe s'écroule dans l'interstice... entre le bord et la muraille... dans la flotte ça s'étrangle encore... Ils s'achèvent dans les hélices...

Dans le fond du hangar, l'agent de la puissante compagnie, le "Soumissionnaire", il attend que ça soit prêt, que ça finisse le tabac, en patientant il casse la croûte, posément, sur une caisse à la renverse...

Je le vois toujours, jambon... petits pois... celui qu'on avait... dans une grosse assiette en étain... des petits pois gros comme des prunes... Il quitte pas sa cloche, sa pelisse, sa grosse serviette aux "manifestes"... Il attend que tout se tasse... que le pugilat cesse... il bronchait pas... Il ne pressait jamais les choses. Il se régalait jusqu'au bout...

-- Ready. Mr. Jones ? qu'il interpellait à la fin... quand le calme était rétabli...

Le Second répondait :

-- Ready Mr. Forms !...

Les youtres ils parvenaient toujours après la bataille à rentrer quand même dans les soutes... à s'infiltrer dans les cales avec les "papiers", avec le cogne de service... Ils se ménageaient un petit afur autour des treuils, à tenir le frein... Ça grince... ça hurle... et puis ça roule... Et l'Angleterre continue !... Les palans montent et gravitent. Et les plus cons ils sont retombés entre la muraille et le cargo avec une petite lame dans le cul...

                                                          * * * * *

 

Parlons un peu d'autre chose...

Vers la fin de cet été, j'étais encore à Saint-Malo... je reprenais, après un dur hiver, le souffle... J'allais rêvant,
méditant au long des grèves. Je revenais, ce jour-là, tout pensif du "Grand-Bé". Je cheminais lentement à l'ombre du rempart, lorsqu'une voix... mon nom clamé... me fit tressaillir... une dame me hélait... de très loin... les jambes à son cou... elle fonce... elle arrive... un journal flottant au poing.

-- Ah ! dites donc !... venez voir un peu !... Regardez donc mon journal !... comme ils vous traitent !... Ah ! vous n'avez pas encore lu ?...

Elle me soulignait le passage du doigt... Ah ! comment ils vous arrangent ! Elle en était toute jubilante... heureuse au possible...

-- C'est bien vous Céline ?...

-- Mais oui... mais oui... C'est mon nom de frime... mon nom de bataille !... C'est le journal de qui ?... le journal de quoi ?... que vous avez ?...

-- Lisez ! ce qu'ils écrivent d'abord !... mais c'est le Journal de Paris ! le journal "Journal"... "Renégat !..." qu'ils vous intitulent... Ah ! c'est bien écrit noir sur blanc... Renégat !... comme un André Gide, qu'ils ont ajouté... comme M. Fontenoy et tant d'autres...

Cinglé ! mon sang ne fait qu'un tour ! Je bondis ! Je sursaute !... on m'a traité de mille choses... mais pas encore de renégat !...

-- Renégat moi ?... Renégat qui ?... Renégat quoi ?... Renégat rien !... Mais j'ai jamais renié personne... L'outrage est énorme !... Quelle est cette face de fumier qui se permet de m'agonir à propos du communisme ?... Un nommé Helsey qu'il s'appelle !... Mais je le connais pas !... d'où qu'il a pris des telles insultes ?... D'où qu'il sort, ce fielleux tordu ? C'est-il culotté cette engeance ?... C'était bien écrit en pleine page et gras caractères... y avait pas du tout à se tromper... elle avait raison la dame...

"L'opinion des renégats n'a, bien sûr, aucune importance, les Gides, les Célines, les Fontenoys... etc. Ils brûlent ce qu'ils ont adoré..." Il est soufflé, merde, ce cave !... De quel droit il se permet, ce veau, de salir de la sorte ?... Mais j'ai jamais renié rien du tout ! Mais j'ai jamais adoré rien !... Où qu'il a vu cela écrit ?... Jamais j'ai monté sur l'estrade pour gueuler... à tous les échos, urbi et orbi : "Moi j'en suis !... moi j'en croque !... j'en avale tout cru !... que je m'en ferais mourir !..." Non ! Non ! Non ! J'ai jamais micronisé, macronisé dans les meetings !... Je vous adore mon Staline ! mon Litvinoff adoré ! mon Comintern !... Je vous dévore éperdument ! Moi j'ai jamais voté de ma vie !... Ma carte elle doit y être encore à la Mairie du "deuxième"... J'ai toujours su et compris que les cons sont la majorité, que c'est donc bien forcé qu'ils gagnent !... Pourquoi je me dérangerais dès lors? Tout est entendu d'avance... Jamais j'ai signé de manifeste... pour les martyrs de ceci... les torturés de par là... Vous pouvez être bien tranquilles... c'est toujours d'un Juif qu'il s'agit... d'un comité youtre ou maçon... Si c'était moi, le "torturé" pauvre simple con d'indigène français... personne pleurerait sur mon sort... Il circulerait pas de manifeste pour sauver mes os... d'un bout à l'autre de la planète... Tout le monde, au contraire, serait content... mes frères de race, les tout premiers... et puis les Juifs tous en chur... "Ah ! qu'ils s'écrieraient, dis-donc ! Ils ont eu joliment raison de le faire aux pattes le Ferdinand... C'était qu'un sale truand vicieux, un sale hystérique emmerdeur... Faut plus jamais qu'il sorte de caisse... ce foutu vociférant. Et puis qu'il crève au plus vite!..." Voilà ce qu'on dirait pour ma pomme... le genre de chagrin éprouvé... Moi je suis bien renseigné... alors j'adhère jamais rien... ni aux radiscots... ni aux colonels... ni aux doriotants... ni aux "Sciences Christians", ni aux francs-maçons ces boys-scouts de l'ombre... ni aux enfants de Garches, ni aux fils de Pantin, à rien!... J'adhère à moi-même, tant que je peux... C'est déjà bien mal commode par les temps qui courent. Quand on se met avec les Juifs, c'est eux qui revendiquent tout l'avantage, toute la pitié, tout le bénéfice; c'est leur race, ils prennent tout, ils rendent rien.

Mais puisqu'on reparle de ce voyage, puisque le Journal me provoque, il faut bien que je m'explique un peu... que je fournisse quelques détails. Je suis pas allé moi en Russie aux frais de la princesse!... C'est-à-dire ministre, envoyé, pèlerin, cabot, critique d'art, j'ai tout payé de mes clous... de mon petit pognon bien gagné, intégralement: hôtel, taxis, voyage, interprète, popote, boustif... Tout!... J'ai dépensé une fortune en roubles... pour tout voir à mon aise... J'ai pas hésité devant la dépense... Et puis ce sont les Soviets qui me doivent encore du pognon... Qu'on se le dise!... Si cela intéresse des gens. Je leur dois pas un fifrelin!... pas une grâce! pas un café-crème!... J'ai douillé tout, intégralement, tout beaucoup plus cher que n'importe quel "intourist ”... J'ai rien accepté. J'ai encore la mentalité d'un ouvrier d'avant guerre... C'est pas mon genre de râler quand je suis en dette quelque part... Mais c'est le contraire justement... c'est toujours moi le créancier... en bonne et due forme... pour mes droits d'auteur... et pas une traduction de faveur... ne confondons pas!... Ils me doivent toujours 2.000 roubles, la somme est là-bas, sur mon compte à leur librairie d'Etat!... J'ai pas envoyé de télégramme, moi, en partant, au grand Lépidaure Staline pour le féliciter, I'étreindre, j'ai pas ronflé en train spécial... J'ai voyagé comme tout le monde, tout de même bien plus librement puisque je payais tout, fur à mesure... De midi jusqu'à minuit, partout je fus accompagné par une interprète (de la police). Je l'ai payée au plein tarif... Elle était d'ailleurs bien gentille, elle s'appelait Nathalie, une très jolie blonde par ma foi, ardentes toute vibrante de Communisme, prosélytique à vous buter, dans les cas d'urgence... Tout à fait sérieuse d'ailleurs... allez pas penser des choses!... et surveillée! nom de Dieu!...

Je créchais à l'Hôtel de l'Europe, deuxième ordre, cafards, scolopendres à tous les étages... Je dis pas ça pour en faire un drame... bien sûr j'ai vu pire... mais tout de même c'était pas "nickel"... et ça coûtait rien que la chambre, en équivalence : deux cent cinquante francs par jour ! Je suis parti aux Soviets, mandaté par aucun journal, aucune firme, aucun parti, aucun éditeur, aucune police, à mes clous intégralement, juste pour la curiosité... Qu'on se le répète !... franc comme l'or !... Nathalie, elle me quittait vers minuit comme ça... Alors j'étais libre... Souvent j'ai tiré des bordées, après son départ, au petit bonheur... J'ai suivi bien des personnes... dans des curieux de coins de la ville... Je suis entré chez bien des gens au petit hasard des étages... tous parfaitement inconnus. Je me suis retrouvé avec mon plan dans des banlieues pas ordinaires... auxpetites heures du matin... Personne m'a jamais ramené... Je ne suis pas un petit enfant…J'ai une toute petite habitude de toutes les polices du monde... Il m'étonnerait qu'on m'ait suivi... Je pourrais causer moi aussi, faire l'observateur, le reporter impartial... je pourrais aussi, en bavardant, faire fusiller vingt personnes... Quand je dis : tout est dégueulasse dans ce pays maléfique, on peut me croire sans facture... (aussi vrai que le Colombie a essuyé des petites rafales de mitrailleuses en passant devant Cronstadt, un beau soir de l'été dernier)...

La misère russe que j'ai bien vue, elle est pas imaginable, asiatique, dostoiewskienne, un enfer moisi, harengs-saurs, concombres et délation... Le Russe est un geôlier-né, un Chinois raté, tortionnaire, le Juif l'encadre parfaitement. Rebut d'Asie, rebut d'Afrique... Ils sont faits pour se marier... C'est le plus bel accouplement qui sera sorti des enfers... Je me suis pas gêné pour le dire, après une semaine de promenades j'avais mon opinion bien faite... Nathalie, elle a essayé, c'était son devoir, de me faire revenir sur mes paroles, de m'endoctriner gentiment... et puis elle s'est mise en colère... quand elle a vu la résistance... Ça n'a rien changé du tout... Je l'ai répété à tout le monde, à Leningrad, autour de moi, à tous les Russes qui m'en parlaient, à tous les touristes que c'était un pays atroce, que ça ferait de la peine aux cochons de vivre dans une semblable fiente... Et puis comme ma Nathalie elle me faisait de l'opposition, qu'elle essayait de me convaincre... Alors je l'ai écrit à tout le monde sur des cartes postales pour qu'ils voyent bien à la poste, puisqu'ils sont tellement curieux, de quel bois je me chauffe... Parce que j'avais rien à renier moi !... J'avais pas à mettre des mitaines... Je pense comme je veux, comme je peux... tout haut...

On comprend mon indignation, elle est naturelle, dès qu'on me traite de renégat !... J'aime pas ça... Cet Helsey il gagne son boeuf en salissant les gens de bien... Je l'ai dit à la personne qui m'avait fait lire cet écho... Qu'est ce qu'il est capable de faire d'autre ce plumeux ?... Il déconne aujourd'hui comme ça sur le Communisme... Demain il bavera sur les Douanes... un autre jour sur la Stratosphère. Pourvu qu'il débloque... il s'en fout... C'est un grelot !... pourvu que ça se vende !... C'est toute sa technique... Enfin c'étaient les vacances... alors j'avais des loisirs... Je me dis : "Tiens, je vais les emmerder!" Je saisis ma plume étincelante et j'écris une de ces notes ! au directeur du Journal... qu'était rectificative... je vous le garantis... J'ai attendu l'insertion... J'ai recommencé encore une fois... deux fois... Pas plus de rectification que de beurre en bouteille... C'est la pourriture de la Presse... On vous salit... c'est gratuit... J'aurais pu envoyer l'huissier pour me venger mon honneur !... Il m'aurait dit c'est tant par mot... J'étais encore fait... Ça vaut combien "Renégat" au prix de l'Honneur ?... Si je tuais l'Helsey, au pistolet, c'est encore moi qu'irais en caisse... Et puis il existe peut-être pas le Helsey !... Enfin... de toutes les manières ils ont pas dit la vérité dans le "Journal", journal de Paris... Je suis en compte, c'est un fait... Ils me doivent des plates excuses... C'est pas tellement agréable des excuses de gens comme ça.

                                                          * * * * *

  

 " Le Seigneur tient ses assises parmi les nations remplies de cadavres, il écrase les têtes dans les contrées tout autour. "

                                                                                                  (Bible, psaume 110)

 

En toute candeur, il me paraît bien que tous ceux qui reviennent de Russie ils parlent surtout pour ne rien dire... Ils rentrent pleins de détails objectifs inoffensifs, mais évitent l'essentiel, ils n'en parlent jamais du Juif. Le Juif est tabou dans tous les livres qu'on nous présente. Gide, Citrine, Dorgelès Serge, etc. n'en disent mot... Donc ils babillent... Ils ont l'air de casser le violon, de bouleverser la vaisselle, ils n'ébrèchent rien du tout. Ils esquissent, ils trichent, ils biaisent devant l'essentiel : le Juif. Ils vont jusqu'au bord seulement de la vérité : le Juif. C'est du fignolé passe-passe, c'est du courage à la gomme, y a un filet, on peut tomber, on se fracture pas. On se fera peut-être une entorse... On sort dans les applaudissements... Roulement de tambours !... On vous pardonnera, soyez sûrs !...

La seule chose grave à l'heure actuelle, pour un grand homme, savant écrivain, cinéaste, financier, industriel, politicien (mais alors la chose gravissime) c'est de se mettre mal avec les Juifs. -- Les Juifs sont nos maîtres -- ici là-bas, en Russie, en Angleterre, en Amérique, partout!... Faites le clown, l'insurgé, l'intrépide, l'anti-bourgeois, l'enragé redresseur de torts... le Juif s'en fout ! Divertissements... Babillages ! Mais ne touchez pas à la question juive, ou bien il va vous en cuire... Raide comme une balle, on vous fera calancher d'une manière ou d'une autre... Le Juif est le roi de l'or de la Banque et de la Justice... Par homme de paille ou carrément. II possède tout... Presse... Théâtre... Radio... Chambre... Sénat... Police... ici ou là-bas... Les grands découvreurs de la tyrannie bolchévique poussent mille cris d'orfraies... ça s'entend. Ils se frappent au sang la poitrine, et cependant jamais, jamais ne décèlent la pullulation des yites, ne remontent au complot mondial... Etrange cécité... (de même potassant Hollywood, ses secrets, ses intentions, ses maîtres, son cosmique battage, son fantastique bazar d'international ahurissement, Hériat ne décèle nulle part l'uvre essentielle, capitale de l'Impérialisme juif). Staline n'est pourtant qu'un bourreau, d'énorme envergure certes, tout dégoulinant de tripes conjurées, un barbe-bleue pour maréchaux, un épouvantail formidable, indispensable au folklore russe... Mais après tout rien qu'un idiot bourreau, un dionosaure humain pour masses russes qui ne rampent qu'à ce prix. Mais Staline n'est qu'un exécutant des basses-oeuvres, très docile, comme Roosevelt, ou Lebrun, exactement, en cruauté. La révolution bolchévique est une autre histoire ! infiniment complexe ! tout en abîmes, en coulisses. Et dans ces coulisses ce sont les Juifs qui commandent, maîtres absolus. Staline n'est qu'une frime, comme Lebrun, comme Roosevelt, comme Clemenceau. Le triomphe de la révolution bolchévique, ne se conçoit à très longue portée, qu'avec les Juifs, pour les Juifs et par les Juifs... Kérensky prépare admirablement Trotzky qui prépare l'actuel Comintern (juif), Juifs en tant que secte, race, Juifs racistes (ils le sont tous) revendicateurs circoncis armés de passion juive, de vengeance juive, du despotisme juif. Les Juifs entraînent les damnés de la terre, les abrutis de la glèbe et du tour, à l'assaut de la citadelle Romanoff... comme ils ont lancé les esclaves à l'assaut de tout ce qui les gêne, ici, là-bas, partout, l'armature brûle, s'écroule et les abrutis de la glèbe, de la faucille et du marteau, un instant ivres de jactance, retombent vite sous d'autres patrons, d'autres fonctionnaires, en d'autres esclavages de plus en plus juifs. Ce qui caractérise en effet le " progrès " des sociétés dans le cours des siècles, c'est la montée du Juif au pouvoir, à tous les pouvoirs... Toutes les révolutions lui font une place de plus en plus importante... Le Juif était moins que rien au temps de Néron, il est en passe de devenir tout... En Russie, ce miracle est accompli... En France. presque... Comment se recrute, se forme un Soviet en U. R. S. S. ? Avec des ouvriers, des manuels (à la deuxième génération au moins) bien ahuris bien Stakhanovistes, et puis des intellectuels, bureaucrates juifs, strictement juifs... Plus d'intellectuels  blancs! plus de possibles critiques blancs!... Voici l'ordre majeur implicite de toute Révolution communiste. Le pouvoir ne peut demeurer aux Juifs, qu'à la condition que tous les intellectuels du parti soient ou pour le moins furieusement enjuivés... mariés à des juives, mâtinés, demi, quart de Juifs... (ceux-ci toujours plus enragés que les autres...). Pour la forme, quelques figurants aryens bien larbinisés sont tolérés pour la parade étrangère... (genre Tolstoi) tenus en soumission parfaite par la faveur et la pétoche. Tous les intellectuels non juifs, c'est-à-dire ceux qui pourraient n'être pas communistes, juifs et communistes sont pour moi synonymes, ont tous été traqués à mort... Ils vont voir au Baikal, à Sakhaline si les fraises sont mûres... Il existe évidemment quelques méchants Juifs dans le nombre, des " Radek "... quelques traîtres pour la galerie... des Serge Victor, Judas d'une variété nouvelle... On les maltraite un peu... On en fusille quelques douzaines... on les exile pour la forme... mais la farouche entente du sang subsiste, croyez-le... Litvinoff, Trotzky, Braunstein ne se haissent que devant nous... Les rares Aryens survivants, des anciens cadres officiels, les anciennes familles en place... les rares échappés aux grandes hécatombes, qui végètent encore un peu dans les bureaux... les ambassades... doivent donner les preuves quotidiennes de soumission la plus absolue, la plus rampante, la plus éperdue, à l'idéal juif, c'est-à-dire à la suprématie de la race juive dans tous les domaines : culturels, matériels, politiques. Le Juif est dictateur dans l'âme, vingt-cinq fois comme Mussolini. La démocratie partout et toujours, n'est jamais que le paravent de la dictature juive.

En U. R. S. S., il n'est même plus besoin de ces fantoches politiques " libéraux ". Staline suffit... Franchement youtre, il serait peut-être devenu la cible facile des anti-communistes ou du monde entier, des rebelles à l'impérialisme juif. Avec Staline à leur tête, les Juifs sont parés... Qu'est-ce qui tue toute la Russie ?... qui massacre ?... qui décime ?... Quel est cet abject assassin ? ce bourreau superborgiesque ? Qui est-ce qui pille ?... Mais Nom de Dieu ! Mais c'est Staline !... C'est lui le bouc pour toute la Russie !... Pour tous les Juif ! Faut pas se gêner comme touriste, on peut raconter tout ce qu'on veut à condition qu'on ne parle pas des Juifs... Flétrir le système communiste... maudire ! tonitruer... Les Juifs s'en foutent fantastiquement ! Leur conviction elle est faite ! et foutrement faite ! La Russie toute cauchemardement dégueulasse qu'on puisse la trouver, c'est quand même une mise en train et très importante pour la révolution mondiale, le prélude du grand soir tout juif ! du grand triomphe d'Israël ! Vous pouvez saler tant que ça peut, des tonnes et des tonnes de papier sur les horreurs soviétiques, vous pouvez émettre, crever, foudroyer vos pages, tellement votre plume fonce et laboure de l'indignation, ça les fera plutôt rigoler... Ils vous trouveront de plus en plus aveugles et cons... Quand vous irez clamer partout que l'U. R. S. S. c'est un enfer... c'est encore du bruit pour rien... Mais ça leur fera moins plaisir quand vous irez en plus prétendre, que c'est les Juifs qui sont les diables du nouvel enfer ! et que tous les goymes sont damnés. Mais tout se rattrape cependant, soyez-en certains par la propagande colossale... (et les mines de l'Oural sont pas encore fatiguées)... C'est un peu plus compliqué quand on vend la mèche, la mèche juive. Enfin, c'est un peu plus coûteux... Voilà tout...

                                                        

 La 3eme partie de "BAGATELLES POUR UN MASSACRE"

de LOUIS-FERDINAND CELINE est ICI

et ICI ses autres pamphlets

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jjbusino@gmail.com 07/02/2017 15:27

J'adore Céline, c'est un immense écrivain et un connard incroyable. La veuve de 104 ans fait bien de ne plus publier ces textes qui sont de très mauvaises factures. Un paranoïaque délirant, sans verves ni forces... Des textes tristes et sans ampleur

cém 12/04/2006 20:13

Coucou c'est moi, j'arrive.