Dimanche 17 juillet 2005

Ce monument n’a rien de monumental. Ce n’est d’ailleurs pas un monument. Rien ne l’indique, on peut passer devant en voiture sans le voir. Dans un premier temps il ne s’impose pas. Il ne s’impose jamais de l’extérieur. Il faudra accepter d’y entrer, il ne viendra pas à vous. Ce qui choque au premier abord, c’est l’impossibilité de l’appréhender dans sa totalité.

Vous cherchez un angle d’attaque, un sens à ce fatras de blocs. Mais rien… Il semble qu’il manque quelque chose, mais vous ne sauriez dire quoi. Des enfants jouent à cache-cache, les couples poussent leurs poussettes, comme devant tous les monuments de Berlin. Vous y entrez sans crainte particulière, un peu comme dans un jeu, dans un labyrinthe.

Quelques roses blanches de ci de là sont posées sur les blocs de béton.Vu de l’extérieur, toutes les stèles ont à peu près la  même hauteur. On s’aperçoit rapidement qu’il n’en est rien.


 

 

Le sol s’affaisse, et vous voilà rapidement submergé de part et d’autre. On ne rentre pas dans cette place on s’y enfonce.
 L’infini des pierres symbolise l’infini de l’extermination et son non sens. Comme dans le jardin de l’exil, les pierres monumentales et le sol jouent à vous faire perdre l’équilibre et les repères. A la fois on se demande ce que l’on fait là et à la fois on n’a pas envie d’en sortir. Vous êtes seul dans une allée sans fin, et au détour d’un bloc, l’éclat de rire d’un couple qui s’amuse à se perdre et à se retrouver, vous rappelle au monde.

Il fait frais et sombre. Vous avancez encore un peu, prenez quelques photos. Vous essayez de recentrez votre esprit sur l’holocauste. Les blocs de bétons lisses, sont un appel à la caresse, d’une rare sensualité. Vous ne pouvez vous empêcher de les toucher.
  

Vous ressortez enfin. La lumière vous éblouie. Il fait chaud. La place est bruyante. La vie est là, grouillante. Vous avez honte et vous vous demandez bien de quoi… Honte d’avoir consommé ce mémorial comme on consomme un lieu touristique ? Honte d’être encore vivant ? Honte d’être monté sur les blocs pour prendre des photos ? Honte qu’il fasse beau aujourd’hui ?

 

 Le soleil vous éblouie toujours, la tête vous tourne légèrement. Vous vous retournez, espérant mieux comprendre ce monument. Vous ne comprenez toujours pas. Vous êtes dehors, vous ne pouvez plus comprendre. Seuls ceux qui y sont encore peuvent savoir. Il n’y a rien à comprendre dans l’holocauste. Ah si, vous comprenez une chose, ce qui vous manquait au début. Les gens, c’était les gens qui vous manquaient… Si vous êtes dedans, vous n’existez plus pour le monde extérieur.  

   

 

Tout cela vous semble irréel. Pourtant vous n’avez pas rêvé. Votre main est noire, elle a gardé la trace du béton. Un enfant au loin, saute de bloc en bloc. Personne n’y trouve rien à redire et c’est très bien ainsi. A voir cet enfant jouer et ces couples s’amuser à se perdre, on pourrait penser que les allemands se sont appropriés ce mémorial tant controversé. Rien n’est moins sûr, aucun tag n’est encore venu éclaircir la masse gris foncé des stèles. Preuve, peut-être, que les allemands sont encore en souffrance avec leur mémoire ou que l'entreprise qui
fabriquait le Zyklon B fabrique désormais très bien un produit anti-tag

 

Cet article fait partie d'une série consacrée à l'Allemagne et plus précisément à la question du souvenir de la Shoah à Berlin en 2005, avec deux autres articles sur ce mémorial.

Par Zoso - Publié dans : FUITE DE CERVEAU
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PENSÉE DU JOUR

"C'est sur ce quai-là, au 18, que mes bons parents firent de bien tristes affaires pendant l'hiver 92, ça nous remet loin. C'était un magasin de "Modes, fleurs et plumes". Y avait en tout comme modèles que trois chapeaux, dans une seule vitrine, on me l'a souvent raconté. La Seine a gelé cette année-là. Je suis né en mai. C'est moi le printemps."

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