La réalisation difficile du "mémorial aux victimes de la Shoah" à Berlin

Publié le par Zoso

Il a fallu du temps. Dix-sept ans.

 

Douze pour débattre, cinq pour construire.

L'idée du monument à la mémoire de six millions de Juifs pourchassés, gazés, exterminés, a été lancée par l'historien Eberhard Jäckel en 1988, puis reprit par Lea Rosh, une journaliste de la télévision qui en a fait le centre de sa vie, son obsession. Cette allemande nullement juive, née dans une famille protestante et qui se déclare totalement athée a épousé la cause des victimes de la Shoah.

 

6 millions de juifs pourchassés, gazés, exterminés. mémorial aux victimes de la shoah. référencement google

 

Premier problème et premiers débats : pourquoi construire un tel mémorial alors que les camps nazis constituent déjà, aux alentours de Berlin comme dans toute l'Allemagne, des mémoriaux appropriés ? Deuxième débat, où le construire ? Divers lieux sont évoqués, dont l'emplacement où se dressait le quartier général des SS. L'écrivain Martin Walser, met en garde contre l'idée de "bétonner le centre de la capitale avec un cauchemar". Ce n'est qu'en 1992 que le gouvernement allemand, alors dirigé par le chancelier Helmut Kohl, propose le terrain définitif. Il s’agit d’un emplacement du Berlin historique, en bordure du grand parc "Tiergarten" et à quelques dizaines de mètres de la porte de Brandebourg. Jusqu'en 1945, s’élevaient ici des bâtiments dépendant de la chancellerie hitlérienne. Enfoui sous terre, se dissimulait le bunker de Joseph Goebbels, le ministre de la propagande d'Adolf Hitler, lui-même réfugié dans un bunker similaire, à 200 mètres de là. Après la guerre, le terrain demeura nu, bordé, à l'est, d’HLM et, à l'ouest, du Mur qui coupait la ville en deux.

 
 

plan-du-memorial-the-memorial-to-the-murdered-jews-of-europe-memorial-aux-victimes-de-la-shoah

  

De nouvelles discussions éclatent lors de la définition du projet. Faut-il construire un monument général à la mémoire de toutes les victimes de la solution finale, juifs, Tziganes et homosexuels, ou des monuments spécifiques pour chaque groupe ? C'est cette dernière solution qui est finalement retenue en 1999, à une faible majorité par les députés du Bundestag. La décision de construire des monuments en souvenir de l'extermination des Tziganes et des homosexuels a, depuis, été prise. "Après de longues et douloureuses discussions, nous avons voulu ce monument pour évoquer le massacre des juifs, car ce fut le pire des crimes du national-socialisme", estimait récemment le président du Bundestag. "La tentative d'exterminer un peuple tout entier, c'est cela le point de départ."


Restait alors à choisir le monument qui allait être construit. Un premier appel d'offres fut lancé en 1994. Après avoir examiné 528 projets, le comité de sélection choisit celui d'une peintre berlinoise, Christine Jackob-Marks, qui proposait d'inscrire les noms des 4,2 millions de victimes recensées de la Shoah sur une gigantesque plaque de béton. Mais, quelques jours plus tard, le chancelier Kohl, soumis à la pression du maire de la ville et du président de la communauté juive allemande, mettait son veto à ce projet jugé "trop gigantesque". Débats parlementaires et multiples colloques devaient suivre avant d'aboutir, en juin 1999, après bien des péripéties et un changement de gouvernement, au projet de l'architecte juif américain Peter Eisenman, qui, lui-même, dû plusieurs fois retoucher sa copie. Le projet consiste alors en un champ de 2 700 stèles de béton et s’étend sur deux hectares. Le dédale de stèles de différentes dimensions devant rendre le caractère insensée, unique dans l’histoire de l’humanité, de la programmation scientifique et de la mise en œuvre méthodique, administrative, industrielle de l’extermination des juifs.

 

Le mémorial aux juifs assassinés d'Europe

 

  

    

Un premier scandale éclate en 2001. Une affiche géante, dont le texte détournait des thèmes négationnistes, est enlevée le 10 août, après trois semaines de polémique, du mur qui l'accueillait, au sud de la porte de Brandebourg. L'affiche était l'un des éléments d'une campagne lancée en Allemagne pour financer le futur Mémorial. L'affiche de cette campagne controversée, déclinée également sous forme de cartes postales et d'annonce dans les journaux, montrait un paysage alpestre de lacs et de montagnes barré du message "l'Holocauste n'a jamais eu lieu". Le passant devait faire l'effort de lire un texte écrit en petits caractères en bas de l'affiche pour comprendre qu'il s'agissait en fait d'un message au second degré destiné à recueillir des fonds pour la construction, à Berlin, du Mémorial à la mémoire des juifs assassinés d'Europe. "Ils sont toujours beaucoup à prétendre cela, et ils pourraient bien être plus nombreux encore dans 20 ans. Faites un don pour le monument à la mémoire des juifs assassinés d'Europe ", invitait ce texte signé de la Fondation pour le Mémorial.

 

                                             L'holocauste n'a jamais eu lieu

 

 

 

 

Plusieurs membres de la communauté juive allemande demandèrent le retrait de ces affiches qui, en banalisant le négationnisme, desservaient l'effort de mémoire sur le génocide des juifs. Pour Paul Spiegel, président du Conseil central des juifs en Allemagne, cette campagne a servi involontairement la cause de l'extrême droite. "Même si cela n'était pas leur intention, l'organisation a provoqué un soulèvement bien au-delà de ses objectifs". En effet, le dirigeant néo-nazi Manfred Röder détourna la campagne en installant aux côtés d'affiches collées près de la porte de Brandebourg, une banderole sur laquelle on pouvait lire : "Et la Wehrmacht n'a pas commis de crimes non plus." En Europe, une pétition contre cette campagne appelle à une nouvelle réflexion sur la manière dont il convient de faire connaitre le mémorial : «Avec cette phrase scandaleuse, les responsables de cette campagne […] jouent avec le feu »

L'Association de citoyens pour le mémorial, initiatrice de la campagne, cédera et choisira en remplacement une affiche plus sobre proclamant que "L'avenir a besoin du souvenir. Participez à la construction du Mémorial pour les juifs d'Europe".

 

 issue de secours du centre d'information du mémorial

 

 

 


Après un énième débat, Eisenman doit modifier ses plans d’origine, qui ne prévoyaient qu’un champ de stèles de béton, pour ajouter un espace servant de centre d’information. L’architecte voulait un mémorial brute et ne pas être rattraper par les contingences des constructions modernes. Il est vrai que les issues de secours détonnent soudainement avec le principe d’extermination implacable. En effet, en sous-sol, dans le coin sud-est du mémorial, l’abstraction se concrétise avec des informations de fonds et le récit de destins individuels. Ainsi, dans la «salle des noms», les noms et les dates des victimes sont projetés sur les murs, des haut-parleurs déclinent en allemand et en anglais leurs brèves biographies. «Nous voulions redonner leur nom aux millions de morts». Le mémorial de l’Holocauste Yad Vashem à Jérusalem a mis à la disposition de l’initiative, et ce pour la première fois en-dehors d’Israël, sa base de données qui rassemble depuis plus de 50 ans le nom des victimes. «Dans un geste qui n’a rien d’évident», soulignait Wolfgang Thierse, le président du Bundestag.


                                                    Zyklon B fabriqué par la firme Degussa. mémorial aux victimes de la shoah

 


 

Un deuxième scandale, en octobre 2003, devait à nouveau illustrer la difficulté de l'entreprise, quant il apparut que le produit destiné à protéger des graffitis les stèles du mémorial était fabriqué par la firme Degussa, dont l'une des filiales, durant la guerre, fabriquait le zyklon B, utilisé dans les chambres à gaz. La polémique fut particulièrement vive. Les travaux furent arrêtés près d'un mois, la polémique s’insinuant cette fois, entre le concepteur, qui soutenait Degussa, et les membres de la fondation gérant le projet du mémorial. Les survivants n’acceptant pas qu’une telle firme participe à un projet de commémoration de la Shoah. La firme mise en cause affirma que, « le Degussa d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec le Degussa de l’époque nazie », et que nombre de ses employés étaient juifs. De plus, elle contribuait au fonds d'indemnisation des travailleurs forcés et elle finançait elle-même les chercheurs indépendants autorisés à examiner ses archives. Avi Primor, ancien ambassadeur d’Israël en Allemagne, estima lui aussi qu’il n’y avait pas de raison « rationnelle » d’écarter cette entreprise.

Rationalité, efficacité, et sensibilité se mêlèrent en un mélange détonnant. Cette affaire relança une fois de plus en Allemagne l’épineux cas de conscience des entreprises ayant collaboré avec les nazis, et la manière dont elles doivent assumer leur passé.

Peter Eisenman qui avait dû faire front à bien d’autres controverses sur ce même projet, déclara pourtant cette fois, qu’il ne se serait plus associé à un projet mené dans un tel esprit « politiquement correct » appartenant au passé...

 

Les travaux reprirent…

 

Deux ans plus tard, le mémorial était enfin inauguré, le 10 mai 2005, 2 jours après le soixantième anniversaire de la fin de la guerre. Ce champ de stèles de 19 000 m2 est un lieu à l’écart en plein milieu de la ville. Vus d’en haut, les 2711 parallélépipèdes de béton suggèrent un champ de pierre mouvant, comme balayé par les vents. Chaque stèle mesure rigoureusement 95 cm de large sur 2m68 de long, seule la hauteur varie, de 30 cm à 5 m. Le passage est étroit (identique à la largeur des stèles, 95 cm) entre les blocs qui se penchent imperceptiblement. On ne peut passer que seul, chacun pour soi. La surface lisse des parallélépipèdes est froide. C’est un lieu du souvenir qui déstabilise, l’abstraction d’une horreur que l’on ne peut exprimer avec des mots. Une sculpture dans laquelle on déambule. Peter Eisenman, souhaitait que le mémorial soit un lieu de silence. «Il doit être aussi silencieux qu’un prisonnier à Auschwitz», expliquait-il. "Beaucoup de gens ressentent le besoin de chercher à quoi cela ressemble. Pour ma part, je n'ai jamais vu des tombes comme ça. Quand vous marchez sur ce site, vous ne vous sentez pas dans un cimetière"

 

 

 

 

Mémorial aux juifs assassinés d'Europe 

 

 

Censé représenter la culpabilité des Allemands, ce mémorial suscite toujours autant la controverse.
"Semblable à une crypte,  cet espace veut donner une vision d'ensemble de la Shoah et présenter le destin de quinze familles juives d'Europe. Il risque aussi de faire doublon avec le Musée juif." estime le directeur du musée juif de Berlin, Michal Blumenthal : "Ce n'est pas un monument pour les juifs, ni un monument des juifs, pas plus un monument sur les juifs. C'est un monument des Allemands sur un terrible événement de leur histoire".

Il est difficile de prévoir les réactions que suscitera le mémorial auprès du public appelé à le visiter. Le monument doit prouver qu'il peut s'intégrer à la ville qui l'entoure, garder vivace et rendre acceptable le souvenir qu'il évoque, sans provoquer l'agressivité ou susciter l'indifférence. "Il n'est pas évident pour un peuple de se souvenir, au centre de sa capitale, des pires crimes qu'il a commis", expliquait récemment le président du Bundestag.

 

Une rose blanche sur une stèle de béton


Cet article fait partie d'une série consacrée à l'
Allemagne
et plus précisément à la question du souvenir de la Shoah à Berlin en 2005, avec deux autres articles sur le mémorial

Publié dans FUITE DE CERVEAU

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Laurent Arrondeau 29/07/2013 15:25


Le peuple Français ne ce trouve pas être le peuple juif; Et les français en ont marre d'avoir à subir toutes ces commémorations répétitives sur le souvenir de la Shoah. Que les juifs quittent
donc la France au plus vite, car ce n'est pas pour rien que ce peuple a acquis un Pays au Moyen Orient! 

Michelle Goldstein 24/05/2007 14:38

Bon boulot
On est sur le même bateau
Amitiés

Mahida 30/04/2006 14:15

Mahida Ahmed
 

Photographe Artistique
 

Chercheur sur Shoah au Monde
 

Président de l'office de Tourisme Mascara Algérie
 

B.p 659 Baba-Ali
 

Mascara (29000)
 


Algérie
 

Tel : 00213051931664
 

Email : MAHIDADZ@YAHOO.FR
 



 


 

A tous le Personnel du Forum]
 


 

Mme,Mr.
 

 
 

1- Je  veux vous dire qui je suis ? Et que je suis intéressé de mes ouvrages aux mois prochains …..? si possible d'une invitation  votre Forum ?
 


 

 MAHIDA Ahmed....................
 

Personne ne me connaît...............
 

Je suis né en 1962 à Mascara Algérie dans les bras d'une Juive qui s'appelle  Adania Shibli
 

Père de famille, avec 04 enfants.
 

Sauf l'humanité, la Francophonie et deux associent mon fils Louafi et mon Appareil photo.
 

Pourquoi des préfaces? Pour permettre au chômeur de faire un papier sur un livre sans l'avoir  lu personne ne lit jamais un livre au delà des (prière d'insérer) et préface. Pour que le livre ait accès aux journaux ou le  préfacier travaille.
 

La préface sert au journaliste pour répondre aux questions suivantes:
 

D'ou sort ce bouquin ? De quel bordier journalistique?
 

de quelle clinique d'édition ? Pourra t- il me renvoyer l'ascenseur ?
 

*nous somme coulé comme des petits
 

*canaux dérivent d'un fleuve
 

*comme une prise d'eau arrosant un jardin de plaisance
 


*nous disons nous arrosons notre jardin.
 



 


 


 


 


 


 


 


 

2- Et voila exactement mes textes ?
 


 

 Publication de mon livre historique de 156 pages,
 

 (Mahida et Les Juifs) pour l'occasion de la Mémoire de Shoah 2006
 

Il existe un devoir de mémoire à respecter sans oublions……..
 

1- Mahida et Les Juifs
 

2- L’histoire de Joseph Bloch (Rabbin)
 

3- l’histoire Ernest Weill (Rabbin)
 

4- l'histoire Jacob Caplan
 

5l'histoire -Ignat Bubis
 

6- l’histoire Cardinal Duval
 

7-l'histoire Jules Huon
 

8- Expositions des Photos
 


 

Ginisty 14/04/2006 13:12

Très impressionant la tour de l'holocauste ! ça calme...

jeanphi 03/04/2006 20:24

ça a l'air très impressionnant. Je ne l'ai malheureusement pas vu terminé.