Le cimetière juif du Prenzlauer Berg à Berlin

Publié le par Zoso

Je pensais qu'il n'y aurait rien à raconter sur ce vieux cimetière juif, qui n'a d'autre tort que d'être signalé par tous les guides touristiques... Un havre de paix et de poésie, un bond en arrière au temps de la boème, un lieu oublié du monde, tout ça, tout ça...

Cimetière juif du Prenzlauer Berg à Berlin

Et bien non, ça ne peut jamais être aussi simple entre l'Allemagne et les juifs.

Le cimetière de la communauté juive fut bati en 1827 sur le projet de Friedrich Wilhelm Langhans, pour remplacer celui de la Große Hamburger Strasse. Le roi Frédérique Guillaume III, dérangé par les cortèges funèbres qui croisaient son chemin vers le Chateau de Schönhausen, a interdit l'accès par la porte principale. Le chemin secondaire, qui va de Metzer Straße jusqu’à Kollwitzplatz prit bientôt le nom de “Passage juif”.


Plan du musée juif du Prenzlauer Berg Berlin

 

Mesurant 400 mètres de long sur 7 mètres de large, il se situe donc entre le mur du cimetière et l’arrière-cour des immeubles d'habitation de la Kollwitzstrabe (en jaune sur le plan au-dessus).


 cimetiere-juif-du-prenzlauer-berg-a-berlin-pierre-tombale-a-terre


Dans les années 1980-90, le Judengang (passage juif) était utilisé par les habitants comme espace de débarras. Il fut alors proposé par l'artiste Esther Shalev-Gerz à ses habitants, d'imaginer devant une caméra vidéo un usage pour ce passage.


installation video sur le judengang du cimetiere juif du prenzlauer berg de Berlin de Shalev Gerz



Ce projet donna lieu à une installation mettant en question le droit à la propriété d'un lieu et de son histoire. Sur ce que j'ai pu en voir en juillet 2005 (c'est sans garantie), le passage a été détruit et l'espace ainsi récupéré, intégré aux habitations voisines (voir la photo ci-dessous, derrière le mur de gauche). 


 cimetiere juif-du-prenzlauer-berg-a-berlin-la-recuperation-du-judengang par le voisinage


Mais ce tranquille cimetière ne devait décidément pas connaitre la paix, puisqu'en 2000, l'artiste Hans Haacke, proposa une autre oeuvre "Der Bevôlkerung", très polémique pour la réouverture du Reichstag. Dans un puit de lumière, au nord de l'édifice, sur un parterre de 21 mètres de long sur 7 de large, l’artiste a inscrit en lettres de plus d’un mètre, la dédicace « A la population » (Der Bevôlkerung), en opposition avec l'inscription qu'avait fait graver  l’empereur Guillaume sur le fronton du bâtiment en 1916 : « Au peuple allemand » (Dem deutschen volke).


Hans Haacke "der bevolkerung" "A la population" Reichstag Berlin 2000      "Au peuple Allemand" fronton du Reichstag à Berlin


Le message était limpide : la terre s’opposerait au sang. Dans un pays qui venait tout juste d’introduire un peu de droit du sol dans son code de la nationalité, autant dire que ça ne s'est pas fait dans la sérénité... (l'artiste a dédié son oeuvre au Mozambicain Alberto Adriano assassiné par des néonazis peu de temps avant, ce qui n'a pas plus aux nationalistes). Des critiques sont aussi venues de la gauche, l'oeuvre rappelant selon eux, les rituels sang et terre, « Blut und Boden », des nazis.


En quoi tout cela concerne-t-il notre paisible cimetière, me direz-vous ?


Hans Haacke avait tout simplement invité les 669 députés allemands à y déposer un demi-quintal de terre de leur circonscription. Le vent, le soleil et la pluie feraient le reste, et l’on verrait bien ce qui y pousserait. Parmis les 200 députés qui ont joué le jeux, le président du Bundestag, Wolfgang Thierse, a apporté de la terre du cimetière du Prenzlauer Berg, révélant ainsi une Allemagne encore hantée par son passé.


le-president-du-bundestag--wolfgang-thierse--apportant-de-la-terre-du-cimetiere-du-prenzlauer-berg

Noble cause, finalement peu problématique ?? Pas si sûr... Le député libéral Dirk Niebel y vu lui, une référence trop flagrante à l’appel lancé par Hitler à tous les athlètes du monde à amener de la terre de leur contrée lors des Jeux olympiques de Berlin en 1936. Pour protester contre cette oeuvre il apporta de l’eau !

Et voilà notre cimetière au coeur d'une polémique néonazi...

Pour en finir avec l'oeuvre de Hans Haacke, sachez encore que deux facétieux députés Verts affirment avoir apporté de la terre ensemencée avec des graines de cannabis, relançant ainsi le débat sur la légalisation de la consommation de drogue douce. Et en plus, les semences seraient d’origine hollandaise et donc génétiquement manipulées (ce qui est inacceptable dans un pays aussi écolo) !



Ils sont vraiment forts pour tout compliquer, ces allemands !!

(voir l'article sur le "mémorial de la Shoah")



cimetiere-juif-du-prenzlauer-berg-a-berlin-2005

 

Et bien évidemment, comme tout cimetière juif "digne de ce nom", celui-ci a malheureusement été victime d'une profanation en 1997.  28 pierres tombales furent endommagées (ce qui, vu l'état général, n'a pas dû se voir beaucoup).

 


 
cimetiere-juif-du-prenzlauer-berg-a-berlin- juillet 2005



Cet article fait partie d'une série consacrée à l'Allemagne et plus précisément à la question du souvenir de la Shoah à Berlin en 2005, avec des articles sur le musée juif et le mémorial de la Shoah.

Publié dans FUITE DE CERVEAU

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Wyattpdn 25/03/2006 11:09


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Yves Duel 08/11/2005 13:39

Oui, je suppose que c'est bien ce cimetierre dans le quel j'ai accompagné ce vieux monsieur qui cherchait des tombes de sa famille...

J'en avais fait un article dans une petite revue des questions allemandes en rentrant à Paris --mais j'ai même réussi à oublier le titre !