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Daniel Libeskind n'a jamais voulu que son bâtiment se nomme "musée juif". Il a toujours appelé son projet "between the lines". Et c'est bien de cela qu'il s'agit, lorsque l'on se retrouve confronté à sa vision. De lecture entre les lignes. Rien ici n'est clairement dit et pourtant tout est là. Tentative de visite guidée...
En 1961, la création du mur fait de Berlin Ouest une ile. Le musée de la cité se trouve alors dans la partie Est de la ville et, dès 1962, un nouveau musée voit le jour dans la partie Ouest. En 1969, la collection est transféré dans un bâtiment baroque au 9-14 Lindenstrasse. En 1979 le musée intègre un "département juif" traitant de leur histoire à Berlin. Très vite le manque de place se fait sentir et en 1989 est lancé un concours d'architecture ayant pour but de créer une extension au bâtiment baroque afin d'accueillir le "département juif" au sous-sol et d'autres collections dans les étages. Ce concours est gagné en juin de cette même année par Daniel Libeskind, avec son projet "Between the lines". L'architecte sélectionné est donc juif, mais c'est le fruit du hasard. Son projet a été retenu parmi 188 autres par un jury international qui ne connaissait pas l'identité des architectes.
Jusqu'à la réalisation finale du bâtiment en 1998, de nombreuses dicussions suivront sur le statut du "département juif", son rôle et le concept des expositions. "Le concours officiel portait sur l'agrandissement du musée de Berlin par la création d'un département juif. Mais j'ai insisté pour qu'il n'existe pas d'espace distinct baptisé "département juif", et cette idée a finalement été abandonnée. Les Juifs étaient présents dans le cinéma, le théâtre, la mode, l'art, la littérature, l'économie. On ne doit donc pas pouvoir dire : "J'ai vu le Musée juif. Maintenant, j'irai voir l'histoire de Berlin". Les Juifs doivent être présents partout", expliquait alors Libeskind. L'architecte obtiendra gain de cause, et les collections sur la ville de berlin seront définitivement déménagés pendant les travaux dans l'ancien musée de Berlin Est, le Stiftung Stadtmuseum. Ce qui reste tout de même une autre façon possible de dire "j'ai vu le musée juif, je vais maintenant aller voir l'histoire de Berlin".
En 1997, Michael Blumenthal, récemment nomé directeur du musée, obtient l'accord pour le concept actuel du "musée juif de Berlin". Plus besoin de se focaliser sur la vie des juifs à Berlin, le musée devient national et s'intéressera à la vie des juifs en Allemagne depuis 2000 ans. L'exposition se tiendra dans l'intégralité du bâtiment et pas seulement au sous-sol. Le musée obtient le statut de fondation indépendante en 1999 et sa gestion est transféré de la ville au gouvernement fédéral en 2001. Sa construction à cet endroit précis, bien que partiellement involontaire, est donc éminemment politique. Par ce geste, on démontre que les juifs ont joué un rôle essentiel dans l'histoire du pays à travers les siècles. Que les juifs sont indissociables de l'Allemagne passée, présente et à venir. Pour entrer dans le "musée juif" il faut d'abord entrer dans l'ancien "musée de Berlin" (qui occupait un ancien palais de justice prussien, rien n'est jamais neutre en Allemagne). - Un immense merci à Eva Soederman du "musée juif de Berlin" pour ses éclaircissements sur cette partie historique -
Les bases de la construction du musée posées, intéressons nous maintenant au bâtiment en lui même. La conception d'un musée juif dans la capital de l'Allemagne pose immédiatement la question des limites de l'architecture. Comment construire alors que tout à été détruit ? Comment montrer l'inmontrable, ceux qui n'existent plus, ceux qui n'existeront jamais ? (la même question se pose pour le mémorial de la Shoah d'Eisenman) Voir aussi à ce sujet l'excellent article de Régine Robin sur les réalisations artistiques qui tentent d'inscrire le vide et l'absence comme fondement même de l'oeuvre.
Couvert de Zinc, balafré de 260 ouvertures qui ressemblent plus à des meurtières qu'à des fenêtres, le bâtiment semble nous prévenir : "ne vous attendez pas à une sympathique visite !" Vous n'êtes pas là pour vous reposer. Tout ici a été soigneusement pensé, mesuré, soupesé par un architecte qui est avant tout un théoricien avant-gardiste adepte du déconstructivisme. En effet, pendant les vingt premières années de sa carrière, Daniel Libeskind n'a pas cherché à construire quoi que ce soit. Il a préféré se consacrer au dessin, à l'écriture et à l'enseignement. (Né en 1946 à Lodz en Pologne, Libeskind, après des études de musique en Israël, part aux Etats-Unis où il étudie l'architecture, puis soutient une thèse en histoire et théorie de l'architecture en Angleterre. Il fonde en 1986 à Milan une école d'architecture gratuite, "Architecture Intermedium", qu'il dirige jusqu'en 1989). "Between the lines" est tout simplement son premier bâtiment. Mais quel bâtiment !
une étoile de David, invisible et irrationnelle, qui tente d'éclairer des lieux, que ne peuvent habiter des êtres qui n'existent pas, d’une lumière qui n'a pas de raison de briller.
Vous l'aurez compris, (enfin je l'espère... (je vous avais prévenu, il a beaucoup théorisé avant de se mettre à construire!)) tout ici est affaire de lignes et de vide.
Des lignes et des vides, donc... "Between the lines" associe un axe visible, tortueux et continu, à un autre axe caché, rectiligne et interrompu, symbolisant chacun à leur façon l'histoire des Juifs à Berlin. La ligne visible revêt la forme d'un zigzag, tandis que la ligne invisible (matérialisée en jaune) est ponctuée par les "vides".
Mais reprenons la visite dans l'ordre. Après être entré par le vieux bâtiment baroque, nous voilà immédiatement confronté au premier "vide". Il se situe dès l'entrée (Libeskind l'a donc créé de toute pièce en restaurant l'ancien musée de Berlin), au dessus de l'escalier qui conduit aux fondations de l'ancien bâtiment qui s’étendent sous terre. L'édifice ancien n'est relié au nouveau que par la voie souterraine. En surface, de façon visible, l'autonomie contradictoire de l'ancien bâtiment et du nouvel édifice est conservée. Ceux-ci sont reliés sous terre, de façon invisible, dans la profondeur du temps et de l'espace. On ne s'élève donc pas vers le ciel pour démarrer la visite, Libeskind nous plonge tout de suite dans le vif du sujet par une descente dans les bas fonds de l'humanité.
Aprés avoir laissé une salle d'exposition sur la droite, nous devons faire un choix. Un carrefour se trouve devant nous et trois axes sont proposés.
Au bout le l'axe de l'holocauste se trouve une lourde porte, actionnée par un employé du musée. On entre un par un dans cette tour. C'est une expérience que l'on doit vivre seul (idée reprise par Eisenman dans son mémorial).
La porte se referme immédiatement sur vous. Le lieu doit être sombre. Vous levez instinctivement les yeux vers une minuscule meurtrière par lequel pénètre un mince rayon de lumière. Il fait froid. Quelques bruits de la ville vous parviennent, étouffés. Vous comprenez que vous êtes dehors, tout en étant dedans. Vous ne comprenez plus rien. Vous vous adossez contre un des murs de béton brut et vous regardez. Un "compagnon" entre à son tour. Personne ne parle. Chacun se recueille, en silence.
L'expérience est douloureuse. Le chemin de l'holocauste n'est évidemment pas la bonne solution. S'offre alors à nous le chemin de l'exil. Le long de chaque axe, quelques niches exposent des objets qui tentent de nous rappeler que nous sommes dans un musée. Nous entrons dans le jardin de l'exil.
Ce jardin est composé de 49 piliers de béton, épais et carrés, (l'intégralité de l'intérieur du musée est du même béton brut) de six mètres de haut, arrangés en un carré (chaque face du carré comporte ainsi sept piliers). Ces piliers s’élèvent à la verticale dans un plan qui est lui-même incliné par rapport au sol. Vous avez donc l’impression visuelle d’évoluer sur un plan horizontal habituel (en raison de l’univers orthogonal créé par les piliers), et pourtant, lorsque vous voulez avancer dans ce jardin, votre corps vous révèle que le plan sur lequel vous vous déplacez n'est pas horizontal. C’est ainsi que Libeskind a recréé, à travers les perceptions corporelles du visiteur, le malaise qui envahit l’exilé.
L'axe de l'exil étant lui aussi une impasse, nous empruntons enfin l'axe de la continuité. Le chemin qui mène vers la lumière, le seul à offrir un avenir (aussi bien aux juifs qu'à l'Allemagne) Avant de monter l'escalier, et d'accéder ainsi aux collections du musée, vous prenez une porte sur la gauche et pénétrez alors dans l'un des "vides" accessibles du bâtiment. Il s'agit du "vide de la mémoire" (memory void) et vous pouvez y découvrir la remarquable installation de Menashe Kadishman
Vous empruntez enfin l'escalier, et vous montez directement au deuxième étage où débute l'exposition. Car, vous l'aviez peut être oublié, mais on est bien dans un musée qui a des collections à présenter. Et c'est un peu là, la limite de l'édifice. Il fait tellement parler de lui qu'il oculte les collections. Le musée devient superflu. Mais c'est aussi grâce à son incroyable aura que 700 000 visiteurs sont venus en 2004. 350 000 les 2 premières années, alors qu'il n'y avait aucune collection.
Depuis son ouverture en septembre 2001, le musée retrace l'histoire des Juifs en Allemagne, de leur arrivée à l'époque de l'empereur romain Constantin, jusqu'à la période actuelle. Les collections sont présentées de façon étonnamment ludique et interactive. Il y a des tiroirs à ouvrir pour accéder aux infos, un livre sur lequel il faut souffler pour faire apparaitre le texte, des espaces "cachette" sous les escaliers pour les enfants et de nombreuses autres trouvailles pour animer la visite. Et bien sûr, pendant toute la visite, on se heurte aux "vides" de Libeskind.
au moment de mon passage, sur les ingénieurs de la "solution finale", "Topf & Sons" qui fabriquaient les portes des fours crématoires.
des oeuvres contemporaines sur le thème de la mémoire. Ici, à travers une carte de l'Europe prise de nuit et où l'on a noircie la surface de l'Allemagne, un artiste propose un hommage aux victimes de la Shoah, par un "silence lumineux" d'une minute. De très bonnes idées donc, et il fallait bien ça pour soutenir la comparaison avec cet incroyable bâtiment. "Je suis convaincu que ce projet architectural pose des questions qui intéressent aujourd’hui toute l’humanité. J’ai donc essayé de créer une nouvelle architecture pour une époque où la perception de l'histoire a changé, où le musée est repensé et où les rapports entre contenu et espace architectural sont redéfinis. Ce musée n’est donc pas seulement une réponse à un projet architectural, mais aussi un symbole d'espoir." Daniel Libeskind Berlin, novembre 1998 Cet article fait partie d'une série consacrée à l'Allemagne et plus précisément à la question du souvenir de la Shoah à Berlin en 2005, avec un l'article sur "Fallen leaves" de Kadishman. |
"C'est sur ce quai-là, au 18, que mes bons parents firent de bien tristes affaires pendant l'hiver 92, ça nous remet loin. C'était un magasin de "Modes, fleurs et plumes". Y avait en tout comme modèles que trois chapeaux, dans une seule vitrine, on me l'a souvent raconté. La Seine a gelé cette année-là. Je suis né en mai. C'est moi le printemps."
LFC
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Merci beaucoup pour cet article, plus que passionant ! Je cherchais des informations dessu pour un exposer d'ATC pour les cours, j'ai trouvé pas mal de choses ! =)
Merci beaucoup encore une fois !
il ne me reste plus qu'à traduire toutes les informations recueillies sur votre fabuleux site...
merci! ^^
et à bientôt!
Je keef trop estelle ! elle est trop bonne
merci pour cette soiré
je t'aiime ma biloute
Merci bcp pour cet article ca ma beaucoup aidé pour mon exposé ! Merci merci je vous aime
vs ete con
Estelle tes Bonneee !
J ' adore le cul d ' Amélie , j ' aime le sucer !
on s'en fou qu'elle soit jalouse alor vien me susser aprés les cours
m'avoir dit ton secret que t t pd mais bon pour la
pipe aprés les cours sa va pas étre possible je v
déja susser gari !!!