DOUGLAS GORDON'S "THE VANITY OF ALLEGORY" au Guggenheim de Berlin

Publié le par Zoso

"Chere Nancy,

(...)

Quoi qu'il en soit, je viens juste de voir une peinture qui pourrait bien être la clef de voûte de l'exposition dont nous avons discuté pour Berlin en 2005.

La peinture est de Perugino, ou Pietro vanucci, c'est le même, ou peut-être pas. C'est un portrait du 15eme siècle de St Sebastien ( un portrait si beau que je n'ai pu m'en détacher, d'autant plus curieux que la composition était assez originale ), où, contrairement à la plus part des autres portraits du Saint que j'ai vu, le Perugino se concentre seulement sur son torse. C'est comme un détail tiré d'un autre tableau, ou peut-être plus une scène extraite d'un film. Par ailleurs, il n'y a qu'une flèche plantée dans son corps, droite dans le cou du garçon, révélant comme détail insolite, la signature de l'artiste sur le manche de la flêche.

Je ne sais quoi en penser : allégorie ou vanité ?

Demandons au moins au musée de l'Hermitage s'il nous prêtrait le tableau pour notre exposition.

(...)

Salutations,

Douglas"



20 septembre 2003





San sebastian "Perugino"

 San Sebastian au Guggenheim

Moi, je ne sais trop quoi penser de la peinture qui est effectivement présente au Guggenheim (celle qui est au dessus est celle de l'Hermitage). Elle est étrangement inversée, non ?  Je ne me souviens pas de la position exacte du personnage lors de l'expo, donc 2 possibilités. Mon appareil photo a merdé, ou Gordon n'a pas eu le droit de sortir l'oeuvre originale et a inversé le tableau pour bien souligner que ce n'était pas le vrai. Mais alors, quel serait le nom inscrit sur la flèche? L'enquête est ouverte... j'écris au Guggenheim !


La réponse ne s'est pas faite attendre (un grand merci à Silvie Buschmann du Guggenheim de Berlin) ! Effectivement Douglas Gordon n'a pas eu l'autorisation de sortir l'original, il a donc fait une copie en inversant la position de la tête, pour bien signaler que c'était son travail. Le tableau de Gordon se trouve face à un mirroir (sur le mur opposé, détail qui m'avait échappé) et si vous vous retournez, vous devriez donc voir le tableau sous son aspect original. L'inscription sur la flèche reste identique, "Petrus Perusinus pinxit", "paint par Pietro Perugino".




Voici donc "The VANITY of Allegory" de Douglas Gordon. Une toute petite exposition, le Guggenheim de Berlin ne faisant que 500 m2. Mais étant donné le sujet, c'est très bien que ça reste intimiste.  



Quelques oeuvres avec lesquelles Douglas Gordon nous propose de réfléchir sur la vanité et l'immortalité à travers l'auto-représentation...



Douglas Gordon "Staying home" and "Going out"

 


Douglas Gordon ne s'intéressant pas qu'à l'au-delà, nous propose une série de polaroids (100 auto-portraits signés) à 400 € pièce. En vente à la boutique, à côté des parapluies, juste avant les cartes postales.

Douglas Gordon auto-portraits

 .




Douglas Gordon autoportrait en Kurt Cobain en Andy Warhol en Myra Hindley en Marilyn Monroe
 En voici une autre au titre rigolo.



 Mais à ce prix là,

 

 il pouvait effectivement se creuser la tête.






 

 

 Jeff Koons "Louis XIV"

Jeff Koons se voit lui en 

"Louis XIV
 

"Car tu es poussière,

et tu retourneras dans

la poussière."

extrait de la Genèse








Douglas Gordon se sert ici des oeuvres exposées comme autant de ready-made, patchwork hétéroclite de films, photos, textes, peintures qui dessinerait son propre portrait artistique.





Damien Hirst
  Damien Hirst :

 

  deux cubes,

  sans requin, sans vache...

  rien que du formol, qui

  s'évapore lentement...

  Même pas un petit doigt de

  Hirst !




Je supose que l'on doit se rapprocher du travail de Hirst sur la mort, comme par exemple son célébrissime, "L'impossibilité physique de la mort dans l'esprit d'une personne vivante".





Matthew Barney "Drawing Restraint"
 
  Matthew Barney

  qui se met en scène

  dans chacun de ses films,

  photos extraites de

  "Drawing Restraint"






Un mirroir occupe tout un mur de la salle, doublant ainsi visuellement l'espace d'exposition. Le mirroir est un leitmotiv dans le travail de Gordon. Ici, les spectateurs peuvent se voir entrain de regarder les oeuvres, qui sont donc ainsi regardées deux fois (voir mes 2 auto-portraits à la fin). Pour amplifier cet effet, Gordon fait fonctionner le travail de certains artistes (Gordon, Barney, Horn, Gober) par pair.

 



auto-portrait d'Andy Warhol


 Un auto-portrait d'Andy Warhol,

 auquel Douglas gordon

 doit donc beaucoup !














portrait de Marcel Duchamp par Man Ray

  Un portrait de Marcel Duchamp

  par Man Ray.

  Duchamp et Warhol ont,

  à l'instar de Douglas Gordon,

  créé un personnage public

  qui faisait partie intégrante

  de leur oeuvre.










Une salle de cinéma au fond de la salle d'expo projetait "Orange Mécanique" !! Ces films sont sensés éclairer l'exposition et il faut bien admettre que ce n'est pas toujours évident : Les damnés, Peter Pan, Joseph Beuys in Scotland, Pierrot le fou, Théorème, Apocalypse Now, le portrait de Dorian Gray.... Avec aussi des conférences et des lectures-déjeuners qui ne vous laisserons pas sur votre faim avec des thèmes tels que "la narration allégorique au cinéma" ou, "l'alter-égo, auto-portraits de Douglas Gordon".


"Il y avait moi, c'est à dire Alex..." "Orange mécanique" de Kubrick





Pour en finir, et dans une quête d'immortalité,

voici deux auto-portraits :


 Auto-portrait devant une proposition pour un portrait posthume de Douglas Gordon sous l'oeil suspicieux d'un gardien de salle M. Alexander tente de me prévenir que mon auto-portrait au côté de Jeff Koons travesti en Louis XIV, intrigue décidément les gardiens de salle


Où se termine l'allégorie ?


Où commence la vanité ?






"Cher Douglas,


Merci beaucoup pour ta lettre.


(...)


La signature sur la flèche peut vouloir dire beaucoup de choses ( depuis l'étroite frontière entre la violence et l'érotisme ( la flèche-signature pénètre le sujet ) ) jusqu'au possible narcissisme de l'artiste.  Ce pourrait-il que cette peinture ( qui esthétise l'extase et sexualise la religion ) soit réellement un auto-portrait déguisé du Perugino ? Pour quelle autre raison aurait-il placé sa signature de façon si visible et si agressive ? Perugino proclame ainsi clairement sa paternité, mais, dans le même temps, son rapport avec le sujet en devient étrangement intime.  Comme tu l'as fait remarqué, il est difficile de dire où se termine l'allégorie ( au sujet du martyre, du salut de l'âme, de la mort )  et où commence la vanité (ou pourrait-il y avoir une autre explication ? )

Donc, maintenant nous avons le point de départ, même si nous n'arrivons pas à sortir le tableau. Penses-tu proposer une exposition de divers oeuvres qui éclaireraient les sujets très liés de la vanité, de l'auto-représentation, et de la déception ? Cela pourrait laisser apparaitre à travers le thème de la vanité, une méditation allégorique sur le caratère éphémère de l'existence terrestre. Mais, après tout, l'auto-représentation, n'était-elle pas une quête d'immortalité ?
(...)



A bientôt,

Nancy"


30 septembre 2003




Cet article fait partie d'une série consacrée à l'Allemagne avec de nombreuses autres expositions à Berlin en 2005

Publié dans EXPOs

Commenter cet article