"PEINDRE OU FAIRE L'AMOUR" d'Arnaud et Jean-Marie LARRIEU

Publié le par Zoso

"Peindre ou faire l'amour", le film d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu, est un film oscillant.


A l'instar des personnages du film, les réalisateurs semblent avoir avancé dans le noir, dans l'inconnu.

Tout d'abord, par l'utilisation d'un casting de stars "banquables". Ensuite, par la réalisation d'un film dans les Alpes et non plus dans les Pyrénées, avec une mise en scène impressionniste. Enfin, par un propos émoustillant, qui pouvait pour une fois ratisser large.

Mais il faut bien reconnaitre, qu'ils nous avaient déjà préparé, avec leur précédent film "Un homme, un vrai", à un casting plus "parisien" (Mathieu Amalric, Hélène Fillières). Si nous ne sommes pas dans les Pyrénées, nous sommes toujours à la montagne. Et, s'il s'agit bien d'une histoire d'échangisme, le propos du film tourne avant tout autour d'un de leur thème récurrent, le couple.



Peindre ou faire l'amour



Ainsi, avant même le générique de début, le spectateur est confronté à l'idée de choix et de prise de risque. Le film va osciller sans cesse, sans jamais choisir où tomber :

  • - malaise ou quiétude,
  • - jour ou nuit,
  • - abandon ou maîtrise,
  • - naïveté ou finesse,
  • - pluie ou beau temps, 
  • - démonstration ou timidité,
  • - sensualité ou pudeur,
  • - province ou exotisme,
  • - sociologique ou anecdotique,
  • - vie active ou retraite,
  • - comique ou sensible,
  • - été ou automne,
  • - tentations ou regrets,
  • - grand public ou "art et essai" (Cannes c'est quoi ? La reconnaissance artistique du meilleur du cinéma grand public ou la part grand public du cinéma d'art et d'essai?)

 - peindre ou faire l'amour ?


D'ailleurs il ne tombe pas. Jamais le film ne décide pour nous. Jusqu'au bout on est balancé entre le comique des dialogues/situations et la sensibilité de la mise en scène et du propos. Jusqu'à la fin, les personnages hésitent entre l'aventure et la tranquilité. A peine une scène a t-elle installée le spectateur dans un certain confort, qu'un énième rebondissement (saugrenu mais pas trop) vient le tirer de sa torpeur.


Peindre ou faire l'amour



Le film joue ainsi sur l'équilibre ou plus exactement sur le déséquilibre. Tout "est" et à la fois "est son contraire".

Les chansons à texte, illustrant les propos du film sont à la fois culottées et grotesques ("Les marquises" de Brel pour illustrer ... les marquises). Une scène de noir absolu pour symboliser la capacité de l'aveugle à sentir mieux ou autrement dans certaines circonstances (naïf ou sublime ?). Le bonheur du couple Azéma-Auteuil qui n'est jamais très loin du sentiment de malaise (on les sent à la fois très proche et sans aucune complicité). Des scènes à la fois sensuelles (Amira Casar s'offrant nue à la vue du peintre) et des scènes d'amour assez sèches (Daniel Auteuil est visiblement mal à l'aise avec son corps).  Adam et Eva, avec Eva qui introduit l'idée de pêcher dans le couple + l'idée du feu purificateur + le paradis terrestre (allégorie ou facilité ?).


Peindre ou faire l'amour, finalement, c'est quoi ? Le choix entre la reproduction figée de ce qui existe, ou le risque de la remise en question par un acte vivant et éphémère ? Mais si la peinture fige, elle n'en est pas moins une prise de risque et faire l'amour, même avec son voisin, est-ce encore vraiment subversif en 2005 ?
 

Peindre ou faire l'amour


Au bout d'une heure trente-huit dans le noir, la lumière se fait de nouveau, et il faut bien admettre que l'on ne s'est cogné nul part. C'est à la fois la force et la faiblesse du film, on se déplace de façon extrêmement fluide entre des aspérités que jamais on ne heurte. Le film nous démontre de façon magistrale la "plausiblité" d'un couple de cinquentenaire devenant naturellement échangistes, sans jalousie, sans déchirure. C'est à la fois superbement maîtrisé et à la fois, un peu anecdotique. Chacun penchera du côté qu'il veut (qu'il peut ?).


Je me suis laissé guider, faites de même, et allez voir

"Peindre ou faire l'amour".

Publié dans LA NUIT AMÉRICAINE

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