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"Je suis chrétien et c'est ma croix" me chantait mon père, en me regardant dépité, quand j'avais fait une connerie. Je ne sais pas si le père de Berlinde De Bruyckere avait le même humour décalé que le mien mais c'est bien de cela qu'il s'agit ici, de rédemption par la souffrance.
A y regarder de plus près, il n'y a pas un mais deux corps imbriqués l'un dans l'autre. L'exposition se nomme d'ailleurs "Eén" ce qui signifie "UN" et tourne donc autour de la thématique ... du double.
Dans la même salle, se trouve la seule sculpture de cette expo, "Aanéén", ne représentant pas un corps humain. Deux corps de chevaux, travaillés à la façon d'un taxidermiste, sont imbriqués/mélangés l'un dans l'autre. Ici encore, le corps exprime la douleur et l'on retrouve l'opposition entre la douceur de la matière et le tragique de la posture. Le système peut paraitre identique à celui des sculptures de cire mais le travail de couture s'apparente plus à de la réparation/soin/chirurgie. Le musée d'Ypres (ville belge détruite par des bombardements) lui ayant commandé une oeuvre sur le thème de la guerre, l'artiste s'est inspirée de photos de chevaux tués pendant les combats et abandonnés sur la route. Ici, il y a bien des têtes mais aucun orifice n'est visible. Ces grosses peluches n'en sont que plus effrayantes. Encore une fois, tout s'oppose dans son travail. La lourdeur de l'animal avec la grâce du mouvement. Le poids mort qui pourtant semble s'élever dans les airs. L'aspect peluche avec le thème de la guerre. RÉPULSION ET PITIÉ. On retrouve toujours cette dualité qu'elle tente désespérément de réunir en "UN".
Quant à la sculpture "Aanéén" ("Vers un") comment ne pas y voir la naissance d'Eve du flanc d'Adam ? Deux corps sont ici en lutte. Pour se séparer ? Pour survivre ? Pour se rejoindre ? On notera une fois encore, le remarquable travail sur les pieds. La position est aussi naturelle de loin, que douloureuse et tendue de près. Ces sculptures de mutants, mi-homme, mi-animal, évoquent aussi une oeuvre détruite en apparence. Comme un clein d'oeil à la fameuse statue grecque d'aphrodite, la "vénus de Milo".
Depuis 1994, les couvertures, toujours usagées et donc chargées d'histoire, sont un matériau récurent de l'oeuvre de Berlinde De Bruyckere. Elles font référence à la protection, au secours. Mais comme toujours, c'est aussi un symbole de dualité. Si la couverture peut réchauffer, elle peut aussi étouffer. Si elle protège du monde extérieur, elle vous isole des autres.
Le travail d'opposition est plus que jamais présent. La pitié et la crainte qu'évoque cette femme. La douceur des couvertures et la froideur de la sculpture (couleur cadavérique). L'utilisation de matériau hétérogènes : cire, bassine, couvertures. Les couvertures qui protègent mais font ployer la femme. Comme souvent, ce sont les pieds qui nous sont donnés à voir. Des pieds bleuis par le froid où les veines transparaissent sous la peau.
Voici donc une exposition qui ne peut vous laisser de marbre et qui sera au choix, source d'angoisse, d'attirance, de répulsion ... ou tout ça à la fois.
avec deux autres expositions : Arnulf Rainer et sa collection d'art brut "Le méta Jardin" de Gerda Steiner et Jörg Lenzlinger |
"C'est sur ce quai-là, au 18, que mes bons parents firent de bien tristes affaires pendant l'hiver 92, ça nous remet loin. C'était un magasin de "Modes, fleurs et plumes". Y avait en tout comme modèles que trois chapeaux, dans une seule vitrine, on me l'a souvent raconté. La Seine a gelé cette année-là. Je suis né en mai. C'est moi le printemps."
LFC
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