NATACHA NISIC "ÉFFROI" au MUSÉE ZADKINE

Publié le par Zoso

Le musée Zadkine consacre une exposition à Natacha Nisic, du 8 juin au 2 octobre 2005, "Éffroi".


De quoi ça cause ?


En 2003, Natacha Nisic, vient visiter une première fois le camp d'Auschwitz-Birkenau. Elle est confrontée comme tout le monde, sans doute plus en tant qu'artiste, à la question de la matérialisation de la Shoah. Comment montrer ce qui n'est pas, n'est plus ? Comment témoigner de ceux qui ont disparus, exterminés ou qui ne sont simplement pas nés ? (voir entre autre à ce sujet mes articles sur le musée juif de Berlin et sur le Mémorial des juifs assassinés d'Europe)


Pendant la visite, elle est donc confrontée au vide (il n'y a rien à photographier à Auschwitz qui puisse réellement témoigner de ce qui s'est passé) et s'en sort grâce à une rencontre fortuite avec un crapaud !



"Effroi" de Natacha Nisic

 


Dans le camp de Birkenau, en voulant photographier une fosse qui servit à recueillir les cendres des corps calcinés dans les fours crématoires, Natacha Nisic entend un bruit. C'est celui d'un crapaud qui se tient au bord de l'eau. Elle prend un cliché et aperçoit plus tard, au développement, qu'un deuxième crapaud surgit à ce moment précis du fond de l'eau et apparaît, comme par magie sur la photo (en haut à gauche). Elle y voit l'image d'un squelette émergeant de l'eau, une tête de mort, des doigts décharnés, comme si le cadavre d'un des morts d'Auschwitz surgissait du fond de l'histoire...


S'engage ainsi toute une réflexion sur le visible et l'invisible et la valeur de preuve d'un document.... Il parait que l'artiste a mis des mois à s'en remettre et qu'elle a fait un second voyage pour exorciser le premier !

 
Franchement ?


J'aime beaucoup le thème abordé (comment montrer l'inmontrable) et le sujet (le camp de concentration d'Auschwitz) m'a toujours passionné. Mais là, je trouve que c'est un peu facile et pour tout dire, à la limite du foutage de gueule.


Le reste de l'exposition (3 photos, 2 vidéos !) est à l'avenant. Une photo de la Vistule coulant non loin du camp de concentration. Une vidéo de gens à la fenêtre de leur immeuble. Une autre du fleuve. Encore un cliché du bassin. Avec le crapaud, sans le crapaud... Le temps qui passe, la mémoire, l'indifférence, tout ça, tout ça...

 

vidéo "EFFROI" Natacha NISIC Photo de la vistule "EFFROI" Natacha Nisic



Natacha Nisic nous explique ainsi son travail, dans sa note d'intention : "Comment l’invisible est rendu visible lorsque la trace photographique dépasse l’impression rétinienne. L’image se situe dans cet interstice entre ce que l’on a cru voir, et ce que l’on croit voir, dans un champ compris entre l’interprétation symbolique et le document."


Tout cela ressemble un peu à du triturage d'esprit gratuit. Ou, pour le dire autrement, à un sauvetage de voyage où l'on a pas eu la moindre bonne idée.


Pour être un peu positif, il y a tout de même une bonne idée. C'est la mise en parallèle avec les oeuvres de Zadkine.



détail de "La prisonnière" de Zadkine 1943  détail de "La prisonnière" de Zadkine 1943



Comment, en effet, ne pas voir dans "La prisonnière" (bronze où plus plusieurs femmes sont enfermées dans une cage étroite), une représentation de la cellule n°22 de la prison d'Auschwitz I ? (4 petits compartiments d'une superficie de 90x90 cm où l'on enfermait 4 prisonniers debouts, qui ne pouvaient se coucher ni même s’asseoir et étouffaient à cause du manque d’air). Pourtant, la sculpture date de 1943 et le rapport ne peut-être que fortuit.


Au final, le sentiment d'Effroi est plus provoqué par les statues de Zadkine que par l'installation de Natacha Nisic, qui est donc, vous l'aurez compris, tout à fait évitable.



Zadkine      ZADKINE

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alessandra 18/06/2009 20:31

Excusez moi, qui est l'auteur de cet article? je voudrais le citer dans une bibliographie que je suis en train de compiler sur l'artiste Natacha Nisic. Merci beacoup! (pardonnez mon francais, je suis italienne)

claire 04/11/2005 22:08

cette vidéo avec le crapaud était...étrange, je suis restée pour la revoir...à part ça, courte l'expo, je m'attendais à mieux

systool 18/09/2005 15:48

j'ignorais l'existance de cette expo... d'après ce que tu dis, pas top d'ailleurs...
Lors de mon séjour à Berlin, je suis allé au camp de Sachsenhausen, c'était terrible. Je ne l'oublierai jamais

Véro 18/09/2005 09:11

Je retiens de cette visite, le crapaud "tête de mort", étonnant en effet et les sculptures de Zadkine que je venais de découvrir la semaine passée. V.

kaori 15/09/2005 19:18

Bonjour!
Je voulais aller cette expo, j'espère que ce n'est pas fini encore...
A propos, puis-je mettre un lien sur mon blog? (mais attention! c'est en japonais...)