JEPPE HEIN "LABYRINTHE INVISIBLE" au centre POMPIDOU
L'intérêt de l'oeuvre de Jeppe Hein, "Labyrinthe invisible", est aussi sa limite. Tout son travail repose sur le principe selon lequel le spectateur de l'oeuvre est aussi acteur et qu'il peut, par sa participation, la modifier. Il faut donc venir à beaubourg avec une réelle volonté de jouer, au risque de se trouver fort déçu par l'installation, ce qui, je vous le dit tout de suite, fut mon cas.
Jeppe Hein, ardent pratiquant de l'art conceptuel et minimal nous propose dans l'espace 315, au dessus de la librairie, un labyrinthe sans mur. L'espace est absolument vide et le spectateur est invité à l'entrée à se couvrir d'un casque à infra-rouge qui lui signalera la présence des murs par une petite vibration. De plus, un plan de chaque labyrinthe (un différent chaque jour) est affiché à l'entrée. C'est un vrai problème le samedi, jour où j'ai visité l'installation, car le labyrinthe est simplement en forme de coquille d'escargot et est donc extrêmement simple à mémoriser et à suivre.
Résultat, au bout de dix mètres, vous vous demandez quel peut bien être l'intérêt de longer les murs d'une salle vide, en sachant qu'au bout de la ligne droite ... vous êtes de toutes façons obligé de longer le mur à gauche (vous n'allez pas traverser le mur de la salle, qui lui n'est pas du tout virtuel ?) et puis vous serez à nouveau obligé de relonger le grand mur d'en face ..... Tout cela apparait vite comme un peu vain !
Evidemment, vous essayez rapidement de tester les limites du bidule. Vous coupez donc les murs virtuels et votre casque vous informe par une ridicule vibration que vous êtes en train de faire fausse route. C'est une autre limite de l'oeuvre de Hein, le signal est totalement insipide. Je suis probablement sadique ou maso ou les deux à la fois mais j'aurai vraiment préféré un véritable choc (décharge électrique ou autre) obligeant le spectateur/acteur à ôter son casque pour sortir du labyrinthe, s'il refuse de jouer le jeu. Là, vous errez, sans trop savoir. Sans savoir si vous allez continuer jusqu'au bout. Sans savoir si les autres jouent le jeu. Sans savoir si tout cela est bien un jeu et quel peut-en être le sens.
De plus, l'opposition, omni présente dans l'art contemporain, entre représentation et signification du sujet, commence sérieusement à me lasser (Voir Koons ou Berlinde de Bruyckere par exemple). Hou, la, la, comme c'est original ! Un labyrinthe où il n' y a aucune contrainte visible, où le visiteur se crée lui même sa propre épreuve, son parcours initiatique.
Rapidement donc, l'oeuvre cesse d'exister faute de participant. Les visiteurs partent dans tous les sens et, eux qui devraient matérialiser les murs de la prison, ne réalisent finalement aucune forme concrète.
En conclusion, le "Labyrinthe invisible" est à éviter le samedi, surtout si vous n'êtes pas d'humeur à jouer. La véritable installation surprenante, le week-end dernier, était en fait sur le parvis de Beaubourg.