GEMALDEGALERIE, LA PINACOTHEQUE DE BERLIN
Petite visite à la GEMALDEGALERIE de berlin qui se situe dans le gigantesque Kulturforum.
Ouverte depuis fin 1998, la pinacothèque accueille des peintures du XIIIe au XVIIIe siècle avec notamment des oeuvres de Van Eyck, Bruegel, Cranach, Raphael, Ticien, Caravaggio, Rubens, Vermeer et Rembrandt.
Les présentations étant faites, suivez le guide...
La visite ne sera ni thématique, ni chronologique, mais ludique (et donc bordélique).
Commençons avec la "Fontaine de jouvence" de Lucas Cranach :
Le tableau se lit de gauche à droite. Descendant de leur village dans la montagne, de vieilles femmes viennent se baigner dans la fontaine de jouvence, et en ressortent jeunes et fraiches, prêtent désormais à débuter une nouvelle vie. Faut-il y voir une allégorie sur le paradis ou sur l'amour ? N'est-ce pas Vénus qui plantée sur sa colonne dirige les débats ? "Faites l'amour, vous resterez jeune" semble t-elle nous crier. En tous cas, à cheval, à pied, en voiture, toutes les vieilles peaux de la création, se précipitent dans la fontaine miraculeuse. Cranach ne les a pas épargné.
Nous sommes en 1629 et pourtant qu'elle modernisme ! Quelque part entre l'expressionisme allemand et l'impressionisme français vous trouvez "Malle Babbe" de Frans Hals. Mais 300 ans avant... Hals a vraiment su saisir l'instant ou la nature humaine est a son point culminant, avec ici, un magnifique visage de sorcière.
Dans la catégorie "instant saisi sur le vif", j'aime beaucoup ce tableau de Rembrandt de 1641, "Le Pasteur mennonite Cornelis Anslo lisant la Bible à sa femme". Regardez le visage de la femme attentive au commentaire de son pasteur de mari. Mais c'est surtout le visage de cornelis Anslo qui est remarquable, en tendant l'oreil on pourrait presque l'entendre parler.
Avec "Les proverbes flamands", Pieter Bruegel nous prouve qu'on peut avoir de l'humour dans un style parfaitement classique. Le voici illustrant plus de 100 proverbes de l'époque, à travers la description d'un village un peu fou.
En voici 5 qui m'amusent particulièrement, juste pour le plaisir. Je ne saurais trop vous conseiller la visite de cet excellent site sur Bruegel, qui tente de les recenser tous !

"L'amour vainqueur" du Caravage, 1601.
Le tableau fit scandale et pas besoin d'être très érudit en histoire de l'art pour imaginer quelques raisons.
Il s'agit déjà de la représentation d'un ange, qui traditionnellement est assexué. Celui-ci est pour le moins très séxué ! La construction du tableau est par ailleurs extrêmement explicite. Vous avez une magnifique étoile à 6 branches qui convergent toutes en un point central : le sexe de l'angelot (3 branches sombres : les flèches, l'archer du violon, le bout de l'aile gauche ; et 3 branches claires, le buste et les 2 jambes). Si on a pas compris que pour le Caravage l'amour est avant tout physique, ce n'est pas de sa faute.
Il en rajoute une couche avec le choix du modèle. Un magnifique jeune homme, au corps déjà assez musclé, mais à la bouille angélique à peine sortie de l'adolescence et avec un sexe d'enfant. Le peintre nous assène ainsi, sans vergogne, ses fantasmes pédophiles les plus crus. Le garçonnet a, quant à lui, un air dévergondé et impudique, où malgré son jeune âge, on peut lire une certaine acceptation et compréhension du rôle qu'on lui fait jouer.
Enfin, l'amour est triomphant sur la guerre, mais aussi sur la musique et sur la gloire (il marche sur des instruments de musique, une armure et des lauriers). Le Caravage ne cherchait vraiment pas l'élévation spirituelle, c'est bien ici de sexualité qu'il s'agit.

En 1504, avec le tryptique du "Jugement dernier", Jérôme Bosch est au sommet de son art. Sauf que le tableau présent à la Gemäldegalerie n'est qu'une copie du "Jugement dernier" dont l'original serait à Vienne (le revers des volets est différent et le style des personnages n'est pas celui de Bosch). Cette copie a été attribuée à Cranach, mais on en est pas sûr. Ce dernier se serait par ailleurs inspiré d'une autre version du "Jugement dernier", aujourd'hui disparue. Par ailleurs le tableau qui est à Vienne a été attribué à Bruegel au XVIII ème siècle et on est pas totalement certain non plus que Bosch l'ait peint (en certains endroits on soupçonne le travail d'assistants, le vert du paradis est par exemple dur et uniforme).
En résumé, et pour faire simple, on va dire comme tout le monde, Voici le tryptique du "Jugement dernier" de Cranach d'après une oeuvre de J. Bosch, peint vers 1508-1525.
Euh, ben non, parceque pour finir de vous embrouiller, les reproductions ci-dessous sont celles du tableau de Vienne. Elles sont de bien meilleur qualité que celles que j'ai pu trouver du tableau de Berlin (mes photos étaient impossibles) et aucune différence n'est perceptible sur une photo à cette échelle (les "détails" proviennent eux du tableau de Berlin).
Nous voici en plein délir mystique, avec un bestiaire composé des plus étranges créatures possibles et autres machineries diaboliques. Le moyen-âge s'achève tout juste et pourtant...
Toutes les perversités, et toutes les horrreurs de l'humanité sont ici proposées par le peintre. Sur le panneau gauche, une représentation du paradis, sur celui de droite, celle de l'enfer. Dans le panneau central, le Christ entouré d'anges et de saints juge les hommes et leurs actions selon la prédiction des saintes écritures :
"Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous ses anges, il prendra place sur son trône glorieux. Tous les peuples de la terre seront rassemblés devant lui. Alors il les divisera en deux groupes - tout comme le berger fait le tri entre les brebis et les boucs. Il placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche. Après quoi, le roi dira à ceux qui seront à sa droite :
« Venez, vous qui êtes bénis par mon Père : prenez possession du royaume qu'il a préparé pour vous depuis la création du monde. Car j'ai souffert de la faim, et vous m'avez donné à manger. J'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire. J'étais un étranger, et vous m'avez accueilli chez vous. J'étais nu, et vous m'avez donné des vêtements. J'étais malade, et vous m'avez soigné. J'étais en prison, et vous êtes venus à moi. »
Alors, les justes lui demanderont : « Mais, Seigneur, quand t'avons-nous vu avoir faim, et t'avons-nous donné à manger ? Ou avoir soif, et t'avons-nous donné à boire ? Ou étranger et t'avons-nous accueilli ? Ou nu, et t'avons-nous vêtu ? Ou malade ou prisonnier, et sommes-nous venus te rendre visite ? »
Et le roi leur répondra :
« Vraiment, je vous l'assure : chaque fois que vous avez fait cela au moindre de mes frères que voici, c'est à moi-même que vous l'avez fait. »
Puis il se tournera vers ceux qui seront à sa gauche :
« Retirez-vous loin de moi, vous que Dieu a maudits, et allez dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Car j'ai souffert de la faim, et vous ne m'avez rien donné à manger. J'ai eu soif, et vous ne m'avez rien donné à boire. J'étais un étranger, et vous ne m'avez pas accueilli chez vous. J'étais nu, et vous ne m'avez pas donné de vêtements. J'étais malade et en prison, et vous n'avez pas pris soin de moi. »
Alors, ils lui demanderont à leur tour :
« Mais, Seigneur, quand t'avons-nous vu souffrant de la faim ou de la soif ; quand t'avons-nous vu étranger, nu, malade ou en prison, et avons-nous négligé de te rendre service ? »
Alors il leur répondra :
« Vraiment, je vous l'assure : chaque fois que vous n'avez pas fait cela au moindre de ceux que voici, c'est à moi que vous avez manqué de le faire. »
Et ils s'en iront au châtiment éternel. Tandis que les justes entreront dans la vie éternelle."
Saint Matthieu, chapitre XXV, versets 31 à 46
En fait, la construction du tableau n'est pas si logique que ça.
Le volet gauche représente non pas le paradis, mais l'expulsion du paradis. On peut y voir successivement, la chute des anges rebelles (en haut) puis en repartant du bas, le Christ tenant Eve par la main devant un Adam assoupi, Adam et Eve tentés par le serpent, enfin Adam et Eve chassés du paradis.
Le panneau central ne semble pas plus jouer son rôle. Il y a bien jugement par le christ, mais toutes les actions décrites par le peintre sont de la plus extrême bassesse. Au premier regard on ne voit même aucune différence avec l'enfer. Même couleur rouge sombre dominante, même machines et diableries. Les cadavres sortent de terre pour être immédiatement conduits là où leurs actions doivent les mener.
Le volet droit représente clairement l'enfer, avec des monstres de toutes sortes qui accueillent les malheureux condamnés.
Alors, point de salut ? Le royaume des cieux existe bien, mais seule une quinzaine d'heureux élus, autour du Christ, à droit à la vie éternelle.
Le Christ n'a que vilenies à juger, l'enfer déborde, le paradis est vide, la vision de Bosch de l'humanité était bien sombre.
Pour finir, je vous laisse en compagnie de quelques détails, glanés de-ci de-là dans la pinacothèque :
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Ce qui m'a principalement marqué, c'est la place du religieux dans la peinture, aussi omni-présente à l'époque, qu'absente aujourd'hui.













