ARNULF RAINER et sa COLLECTION D'ART BRUT à la MAISON ROUGE
A quoi ça tient une collection, une oeuvre ? Ainsi, pour Dubuffet, l’art brut désigne “des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythme, façons d’écritures, etc.) de leur propre fonds et non des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode“ Rainer va tout d'abord tenter d'expérimenter différentes techniques pour éprouver certains états de démence, prise d'alcool, de drogue (principalement LSD), hypnose. Il essaye de retrouver "la valeur expressive des gestes schizophrènes, tels que faire des grimaces" et cette recherche aboutira au début des années 70 à la série des "Face farces". Rainer pratique aussi depuis toujours les "recouvrements". Il retravaille soit ses propres oeuvres, soit des productions d'autres artistes. Il s'agit souvent d'oeuvres qu'on lui confie dans ce sens, mais parfois, il achète des éditions originales très rares qu'il recouvre de la même façon. Est-ce une façon de questionner la valeur de l'oeuvre ou la notion d'achèvement ? Lassé de travailler sur sa propre représentation, il trouve matière à dialogue avec les 69 "têtes de caractère" sculptées par Franz Xaver Messerschmidt autour de 1770. Il prend des photos, puis les recouvre. Le fil rouge des trois expositions du moment à la Maison rouge, semble être le dérangeant rapport que peut entretenir le spectateur avec les oeuvres présentées. Chaque fois on ne peut s'empêcher d'éprouver un sentiment d'attirance mêlé de répulsion. Logiquement, Rainer en vient à dessiner sur les créations d'art brut qu'il achète. Puis au milieu des années 1990, il boucle la boucle, en invitant des aliénés à intervenir à leur tour sur ses oeuvres. pour aller plus loin dans la découverte de l'art brut, voici un site très complet sur la question http://www.abcd-artbrut.org. Et ici une galerie d'art brut : http://artelier.hautetfort.com/. Deux autres expositions à la MAISON ROUGE, jusqu'au 9 octobre 2005 : "Le méta Jardin" de Gerda Steiner et Jörg Lenzlinger et surtout à ne pas manquer, "ÉÉN" de Berlinde De Bruyckere
Parfois à pas grand chose. C'est en cherchant à habiller les murs blancs de son atelier, qu'Arnulf Rainer commence sa collection d'art brut qui influencera considérablement son travail. La Maison rouge expose donc jusqu'au 9 octobre 2005 une partie de cette collection, mise en parallèle avec l'oeuvre de Rainer. Le problème de la mise en parallèle, c'est que les oeuvres ne se rencontrent jamais, cela aurait pourtant parfois pu être pertinent.
Cette exposition est la seule du moment (voir le "Meta jardin" et "Eén" ) à respecter la vocation d'origine de la fondation, présenter l'art contemporain par le biais de collections privées. Elle démarre étrangement par les oeuvres de Rainer (qui occupent une bonne moitié de la présentation), je préfère quant à moi commencer par sa collection, puisque, la première question que l'on se pose, est évidemment, c'est quoi "l'art brut" ?
Inventé par Jean Dubuffet en 1945, le concept d'art brut, recouvre l'art fabriqué par des non-professionnels en dehors des normes esthétiques convenues. C'est un art spontané, sans référence à l'histoire de l'art, sans démarche intellectuelle et sans prétention culturelle. La seule influence subit, doit être celle d'une impérieuse nécessité intérieure.
On peut voir que Rainer a une vision beaucoup plus large de l'art brut. Sa collection, contient beaucoup d'oeuvres issues d'hôpitaux pratiquant l'art thérapie (principalement du centre du Dr Navratil à l'hôpital de Klosterneuburg). Mais aussi des oeuvres d'enfant, de prisonniers, des commandes... Quant au travail d'Arnulf Rainer, il ne s'apparente évidemment pas à de l'art brut. Il s'agit d'une appropriation de cet art et principalement, de l'expression de la folie.
La collection d'art brut m'a intéressé, tout simplement parce que je n'en avais jamais vu. Mais après, je ne sais trop quoi en penser... Elle a au moins la qualité de reposer la sempiternelle question : qu'est-ce que de l'art ?
L'oeuvre de Rainer est-elle beaucoup plus troublante et pose beaucoup plus de questions.

















