|
Plutôt que de se demander si Michel Houellebecq méritait le Goncourt et si l'auto-fiction était bien la thématique principale de la rentrée 2005, je me suis plongé, avec deux ans de retard, et sur les bons conseils de Tania Mouraud, dans l'incroyable recueil de Varlam Chalamov, "Récits de la Kolyma" publié aux éditions Verdier.
Que le pin nain se redresse soudain fin mars et annonce comme un instrument de précision la fin de l'hiver. Qu'on peut déterminer la température de l'air même si le thermomètre est cassé, il suffit de cracher et s'il gèle au vol, la température est inférieure à - 50°. La température étant évidemment essentielle en Sibérie, on ne travaille plus en dessous de -56° (à- 55° c'est encore un jour ouvrable). Que "deux semaines, c’est très exactement le temps qu’il faut pour transformer un homme valide en crevard". Que la plupart des travaux effectués en dehors du camp ne sont même pas surveillés par des gardiens (la situation géographique extrême de la Kolyma au fin fond de la Sibérie suffisant largement à dissuader la majorité des tentatives d'évasions)... etc... etc....
|
- Je viens de finir un livre étonnant !
L'action se passe dans un futur lointain. Il n'y a que quelques milliers de personnes qui habitent seuls de vastes domaines. Il n'y a pas de ville. Ces descendants de l'humanité actuelle ne se rencontrent jamais. Ils communiquent entre eux par un système de visio-conférence. Tout rapport physique est même absolument tabou, tout simplement inimaginable, insupportable. Les naissances sont contrôlées génétiquement. Aucun rapport sexuel n'a jamais lieu. L'idée même de sexualité a disparu...
Malgré une écriture assez modeste, ce roman soulève des interrogations essentielles. Comment évoluent les normes sociales ? Comment les dynamiques démographiques, technologiques, socio-économiques et culturelles déterminent-elles l’évolution des civilisations humaines ?
- Des dynamiques démographiques et culturelles ? Hou, la, la... mais ça parle pas tout de même un peu de double pénétration ???
- Ben, non.
- C'est pas l'histoire d'un type déprimé qui porte un regard désabusé sur le monde ??
- Euh... pas plus que ça...
- Qu'est-ce qui lui est arrivé à Houellebecq ???
- Qui ça ??
- Houellebecq !! T'es con ou quoi ? Tu me parles bien du dernier roman de Michel Houellebecq, "La possibilité d'une île" ?
- Ben non. Je te parles d'un roman d'Asimov de 1957, "Face aux feux du soleil" !
Plaisanterie mise à part, c'est vrai que ça ressemble beaucoup ! Tout du moins sur la partie anticipation qui semble bien être ce qui intéresse désormais Houellebecq.
Peut-on lui reprocher de se renouveler un peu (même si "Les particules élémentaires" parlaient déjà d'eugénisme) ? Peut-on lui reprocher de ne pas parler que d'employés moyens, comptables ou informaticiens dans une tour à La Défense ? Certes non...
Alors c'est quoi le problème ? Le battage médiatique autour de la sortie de son dernier roman ?
Je m'en tape, je l'ai juste vu une fois à la télé. J'ai vaguement aperçu le papier des Inrocks criant au génie mais que penser de l'article d'un magazine qui a obtenu la quasi exclusivité de lecture ?
Son invraisemblable arrogance ? " J'ai décidé d'arrêter d'être faussement modeste, parce que ça se voit de trop. Mon livre est le meilleur de la rentrée, c'est normal qu'il écrase les autres. Je comprends le sentiment de haine et de jalousie qu'il suscite" (de mémoire, d'après l'interview d'Ardisson dans "Tout le monde en parle")
C'est plutôt risible... surtout quand on l'a lu ! D'un autre côté, je ne me suis pas tapé les 700 autres livres de la rentrée, mais si c'est le meilleur, ça ne donne pas très envie.
Bon, alors quoi ?
Rien de spécial en fait. C'est juste que la mayonnaise ne prend pas. Il a beau mélanger énergiquement tous les éléments, ça veut pas s'amalgamer.
Du point de vue anticipation, on a donc lu mieux (même si Asimov c'est limite niais et très mal fichu). Je ne saurais trop vous conseiller le cycle des robots et de Fondation, pour découvrir une vraie vision osée de ce que pourrait devenir l'humanité.
Sociologiquement, "Extension du domaine de la lutte" était tout de même beaucoup plus intéressant. On sent bien que Houellebecq parle de lui et qu'il ne s'est pas foulé en transposant avec un humoriste.
Toute la partie sur les sectes est chiante à mourir. Houellebecq s'est tapé quelques réunions chez des tarés, il transpose de nouveau... Mais ce n'est absolument pas incisif, ni méchant, ni drôle. On ne retrouve pas le recul et l'ironie qui le caractérise, il se contente d'être descriptif.
La fin se veut poético-allégorique, je la trouve juste ennuyeuse. Simplement décevante... Il ne se passe plus rien et c'est voulu ainsi. L'auteur aime les fins méditatives !
Reste tout de même une excellente trame de fond, la vieillesse, la mort, la décrépitude. Le sujet ne me touche pas vraiment, mais c'est enfin là, que l'auteur réussit à être émouvant et méchant à la fois.
Pourquoi ne s'est-il pas contenté de ce sujet ? Il faut parfois savoir rester modeste... Houellebecq trouvait "Plateforme" raté, malgré le succès du livre. Juste un récit, alors qu'il aspire à un peu plus d'éternité. Il a voulu tout compliqué, je trouve qu'il a juste un peu tout gaché.
Pour finir avec le Houellebecq que j'aime, une petite phrase prise au détour du livre :
" En désespoir de cause je finis par parler de moi, c'est à dire d'Esther, c'était à peu près la seule chose qui me paraissait digne d'être signalée dans ma vie dernièrement ; j'avais acheté un nouveau système d'arrosage automatique, aussi, mais je ne me sentais pas capable de tenir très longtemps sur le sujet."
|
Cet été j'avais amené beaucoup de livres en vacances.
Mais je n'ai pas voulu abandonner. Pas de doutes, ce genre de pavé n'est lisible qu'en vacances. A Paris, il n'avait aucune chance. J'ai donc tenu, malgré un style "parlé" assez désagréable et une impressionnante galerie de personnages impossibles à identifier entre eux. Grand bien m'en a pris. Je sais désormais toute "la vérité" sur les amours de John F. Kennedy et de Marilyn Monroe... (la théorie d'Ellroy vaut à elle seule la lecture du livre !)
Le livre commence ainsi...
|


